GUKRRE DE SEPT ANS INSPECTIONS GÉNÉRALES
Campagne de 1759 à l'armée du Bas-Rhin commandée par le comte de Sainl-Gerniain. — AfTairc de Corback. M. de Saint-Germain se retire. Le chevalier du Miiy. — Canonnade de Volmeisen. Défaite de War bourg. — Marche forcée de dix-sept jours pour secourir Wesel. — Bataille de Clostercamp; le régiment d'Auvergne; M. de Rochambeau. — Les recrues mettent le désordre dans l'artillerie. — Le Pelletier est fait lieutenant général des armées (1161). 11 est présenté au roi et à la reine. — 11 est envoyé en Bretagne. — Projet impraticable du duc d'Aiguillon pour reprendre Belle-Ile. — Inspections générales en Languedoc et Roussillon, et en Alsace. — Mort du chevalier Le Pelletier. Réponse du roi à cette occasion.
Le 17 décembre IToO, il se fit une promotion de lieutenants généraux. J'étois le plus ancien et fus oublié; je me Irouvay à Versailles au commencement de 1760 pour porter mes plaintes, et dis à ^L le mareschal de Belle-Isle, alors ministre, que puisqu'on ne vouloit pas me compter le service des costes, je demandois à servir en Allemagne sous mon frère, et je loblins.
Le tems que mon frère avoit été à Metz commandant en chef de l'École luy avoit procuré toute la faveur du mareschal de Belle-Isle, qui, dès qu'il fut ministre, luy fit commander en chef l'artillerie à l'armée d'Allemagne, et M. de Vallière s'élant retiré pour sa santé ou par mécontentement, mon frère devint
rofficier le plus accrédité. La bataille que gaigna le mareschal duc de Broglie (à Bergen) luy procura le grade de lieutenant général et ensuite le cordon rouge. Il avoit la confiance du mareschal, il venoit de commander 5 années de suite l'artillerie en chef à larmée, quelque cabale qui se fit pour le déplacer. — Mais le mareschal aïant été disgracié, mon frère perdit son commandement, et resta à estre inspecteur général comme les autres, par les mesmes intrigues des protégés de M. le prince de Soubise, qui avoit remplacé le mareschal de Broglie.
Je gaignai Neuss où étoit notre quartier d'assemblée; j'avois mon fils aisné avec moy, qui me servoit d'aide de camp et de sous-aide-major. Notre armée s'appeloit l'armée du Bas- Rhin et celle de M. de Broglie l'armée du Haut-Rhin. Mon équipage ne fut jamais rejoint à celuy de mon frère.
Ce fut d'abord M. le comte de Si-Germain qui commanda notre armée; il comptoit reprendre Munster et faire d'autres conquestes et par là obtenir le bâton de mareschal de France. Il n'en fut rien.
J'allay à Dusseldorf pour prendre les ordres de M. de Saint- Germain; je le trouvay fort triste de ce qu'il avoit commandement du mareschal de ne pas suivre la route de Munster et de Wesel et de s'approcher successivement de l'armée du Haut- Rhin.
Le mareschal de Broglie et les ennemis étant en présence à Corback, il y eut ordre à M. de Saint-Germain de rejoindre en toute diligence. L'on étoit ce malin là au fourrage. M. de St-Germain partit seulement avec quelques brigades et régiments et s'y trouva: Le bien qu'il fit fut oublié, on luy reprocha de s'être trop arresté en chemin, malgré l'attirail qui le suivoit et dont on profita bien à la grande armée qui en avoit grand besoing.
Après l'affaire de Corback, notre armée se jetta sur sa gauche et à quelques jours de là, lorsque nous y songions le moins, notre général nous quitta clandestinement et nous apprîmes
GUKRRK DE SEPT ANS. I2:t
le londoniMin (|iril s'en ('loil rcloiiriir ;'i Dusscldorr, ville ;'i réioflour l*ali»lin, puis (luclinic Icms après <iiril jivoil passé au s(M*vice du Roy de Danemark.
Ou envoya à sa place le chevalier du Miiy, lieulenanl général. Il se [)orla par une niîirche j'orcée sur Volmciscn. Le général Lukner ' ()ccu|)()il ce posle (pii éloil en deçà de la rivièr'c; il d(''cani|)a hicii \ ilc poiu" se poilcr sur la liauleur de Taulre coslé de la rivière. Ou força \'olineisen en lii'anl quehjues coups de canon dans les porles. Lesenneniisavoienl placé de l'autre costé de celle ville du canon sur une petite bulle, .l'eus ordre de les déloger; avanl <le })lacei' mon ailillerie, j'essuyai des coups de canon (jui me luèrenl (|uel([ues hommes, mais mon canon placé, nous délogeâmes celuy de l'ennemi, qui le replia en loule diligence. Pendant ce lems là, M. de (-habo ' avec les Iroupes légères prenoit les ennemis sur leur liane droit et repoussoit leurs Iroupes avancées. J'allay rendre compte à M. le chevalier du Mïiy ^ que les ennemis n'avoient plus de canon sur cette butte.
Il fut longtems à délibérer, on resloit dans l'inaction. Notre général me dit enfin qu'il falloit pousser mon artillerie et la placer de l'autre costé de la rivière. Je dis que cela éloil facile, mais qu'il falloit donc y porler aussy des troupes pour nous soutenir; que si l'armée n'altaquoit pas en mesme tems, l'affaire se passeroit dans une canonnade peu fructueuse, et qu'il n'y avoit pas un moment à perdre si on vouloit donner la bataille, le jour baissanl. Bref, on resta dans l'inaction, el les ennemis qui avoient M. le comte de Broglie sur leur gauche décampèrent heureusemenl pour eux pendant la nuit. Ainsy on manqua une très belle occasiou.
1. Luckner (Nicolas, baron de), né en 1722 en Bavière, fut d'abord au service du roi de Prusse Frédéric II, pendant la guerre de Sept Ans, passa au service de la France peu avant la paix de 1"63, maréchal de France en 1791, guillotiné en 1794.
2. Le comte de Chabo, mousquetaire en 1733, colonel en 1743, brigadier le 29 mars 17oS, maréchal de camp le 20 février 1761, lieutenant général le 25 juillet 1762.