‹ Mémoires de Louis-Auguste Le PelletierChapitre 26 sur 49 · Ministre de la guerre et maréchal de France en · texte numérisé non relu

Ministre de la guerre et maréchal de France en

De Yolmeisen nous marchâmes sur Wolfhagen; de là nous retournâmes au camp d'Essein, près de Stadlberg, puis à Warbourg. Pendant ce tems là M. de Broglie s'empara de Cassel que le prince Ferdinand abandonna, mais se retournant sur sa gauche il vint attaquer la réserve du chevalier du Mûy, qui ctoit de 18 000 hommes, avec toute son armée, qui étoit de près 100 000 hommes.

Nous ne nous y attendions guère; tout à coup le matin on battit la générale; nous n'eûmes que le tems de monter à cheval. Je me portay bien vite au parc, je trouvai l'artillerie attelée, je me mis à la teste et allay la placer en avant de la ligne d'infanterie, par différentes divisions. Mais il fallut aussitost changer les positions; l'ennemi, extrêmement supérieur en nombre, nous tournoit par notre gauche.

Après une grande résistance et un assez long combat, pressés aux deux ailes et en nombre extrêmement inférieur, nous fûmes obligés de faire notre retraite du costé de Volmeisen, en passant la Diemel, qui étoit guéable. Nous tînmes assez longtems pour que nos vivres et nos bagages ne fussent pas pris, et si nous eussions tenu plus longtems, les ennemis auroient eu le loisir de nous couper et de nous entourer avec leurs multitudes. Nous pûmes dire que nous en fûmes quittes à bon marché.

De Yolmeisen nous allâmes à Wolfhagen et formâmes la réserve de la gauche de l'armée de Broglie; sur la fin vie la campagne, nous vinmes camper sous Cassel où M. de Broglie avoit son quartier général. Je passe les mouvements que nous fîmes jusqu'au tems qu'on apprit que l'armée du prince héréditaire de Brunswick fesoit le siège de Wesel. Notre réserve eut ordre de marcher au secours sous les ordres de M. le marquis de Castries. Il y avoit loin de Cassel à Wesel; nous fûmes 17 jours à faire notre marche forcée, sans séjours, perdant tous nos chevaux tout le long du chemin, extrêmement embarrassés pour les remplacer par des bœufs ou des che-

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vaux t|ir<)ii ari'afhoil aux paysans, (|Mi alloiciil les (•.•nlicr <Ians les I'oitsIs cl eux avec.

[Nous rcroiMiiAinos notre aniirc cl ariillcricà Xciiss, où nous scjoiirii;'inics, puis nous niar(li;\iucs à la rcnconl l'c de l'cniicnii, (|ui poussoil le sic^c^ de WCscl cl (|ui \inl au ijcsanl de nous.

Nous allAnics camper (Icrrici'c un canal près de l'abhayiî de Clostercanip, où on envoya les volonlaires de Fischer. On (il l'ace au canal et on s'embarrassa j)cu de rcconnoistre notre gauche, quoyque arrivés de bonne heure au camp.

Nous dormions 1res Iratupiillcnicnl, lors(pie à la pclile pointe du jour on enlendil sur la gauche une fusillade assez vive. On ballil la générale; les soldats se jeltèrenl sur leurs armes cl, à peine habillés, on marcha aux ennemis, (jui, aïani surpris les Fischer, arrivoient sur la gauche en ordre (\c bataille, sans prescjue être aperçus. On leur fit face et on se fusilla vivement.

J'allay promptement au parc d'artillerie, où l'on atteloit les chevaux. A peine y fus-je arrivé qu'un boulet de canon des ennemis vint mettre le feu à un caisson chargé de cartouches, qui sauta en l'air et pensa mettre le feu à tout le parc, qui étoit fort serré. Une division où étoient M. de Thiboutot et M. de Meyry avoit déjà gagné la teste vis-à-vis du régiment d'Auvergne commandé par M. de Rochambeau, qui y fit des merveilles et contribua beaucoup au gain de la bataille, car on fut poussé et repoussé plusieurs fois des maisons d'un village qu'on occupoit.

Quant au parc d'artillerie, tous les chevaux et charretiers prirent l'épouvante, ainsi que les détachements de soldats de recrues qu'on nous avoit donnés la veille, pour remplacer 200 canonniers qu'on nous avoit pris, pour jeter dans W esel, et qu'on avoit embarqués sur le Rhin. De sorte que j'eus tout le mal possible, et les officiers, de courir après ces hommes et chevaux et de les ramener de force dans la plus grande confusion, mais assez tôt, pour envoyer quelques brigades

sur la droite, où il en étoit nécessaire. Enfin la bataille fut gaignée et la batterie de Thiboutot, qui prenoit les ennemis en flanc, contribua beaucoup à déterminer leur retraite. Nous les poursuivîmes jusqu'à Wesel et ils en levèrent le siège.

Je fus fait lieutenant général de la promotion du 20 février 1761. J'ay toujours cru en avoir l'obligation à M, le marquis de Cremilles, qui étoit depuis quelques années Directeur général et comme Ministre de l'Artillerie. Celte distinction d'estre le seul qui fut fait lieutenant général, ne fit beaucoup d'honneur et répara mes disgrâces passées. M. de Cremilles vouloit que je continuasse de commander l'équipage du Bas- Rhin ; je l'en remerciay, luy faisant remarquer que je n'aurois que du chagrin et des désagrémens avec M. le prince de Soubise, qui venoit d'être nommé commandant de cette armée, et dont les créatures me procureroient mille déplaisirs.

.J'étois content d'estre lieutenant général, car le soir que la promotion se fit, je fus présenté au Roy, avec mon fils aisné et mon troisième, comme il sortoit de la faire, avec M. de Choiseul, et de ces seigneurs qui disent sçavoir tout, assuroient qu'il n'avoit pas fait d'officier général de ce grade. Mais le lendemain mes fils apprirent la nouvelle au château. La reine, à qui je fus présenté, me gracieusa beaucoup en me disant que je remarque bien que je l'avois été tout seul.

M. le marquis de Cremilles, Directeur général, qui me vouloit beaucoup de bien, me nomma en 1761 à Vinspectioii de Vartillerie en Bretagne, pour me faire commander ce corps à l'expédition qu'on croyoit faire pour reprendre Belle-Isle que les Anglois assiégeoient et faire la conqueste des îles de Jersey et de Guernesey. C'étoit M. le duc d'Aiguillon qui s'étoit proposé toutes ces choses ; il vouloit estre mareschal de France, et pour cela tenter à tout prix quelque entreprise.

J'étois allé en tournée à Saint-Malo, puis à Nantes, lorsqu'on apprit que le chevalier de Sainte-Croix, qui comman-

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(loil :'i Hcllc-Isic, ;i\(»il rlô oldi^r (l(^ se \cndvv à la sccon(l(^ (IcsciMile ([uo liivnl les Aii^lois. .l'allay aussilôl au Port-Louis, où rloil lo duc (rAi^niillon ; il ordonna do loul préparer pour faire nue descciile à licllc-islc cl ensuite le sic}^(^ : il nie j^arda trois mois à l*orl-i.ouis |)our Ions ces pi-é|)aralil"s. J'avois un |)elil corps <rarlillerie desliné à celle opération; je ["(îsois faire tiuantil('' de fascines, saucissons, «gabions, etc., cl y apporter les j)ièces et munitions nécessaires. Jo Iravaillois de concerl avec M. de Fourcroy ingénieur. Je fis mes étals l)our un équipage de siège et un de campagne, je les présenlay au Duc, (pii y relranchoit conlinuellemenl, quelque représentation (juc nous luy fissions M. de Fourcroy et moy, que nous riscpiions de man(|ucr noire opération, si l'on nous relranchoit toujours. A cela il répondoit que nous n'avions de bateaux do transport (juc pour porter ce à quoy il me réduisoit.

Son projet étoit d'attendre un vent favorable, qui fût si violent qu'il contraignît la flotte angloise qui étoit en panne devant Belle-Isle de s'écarter, et que le mesrae vent violent nous porteroit sur l'isle, avec tous nos petits bâtiments de pêcheurs de sardines, que nous ferions notre descente en une ou deux fois 24 heures et avant que la flotte angloise eût pu reprendre sa place pour nous canonner sur le rivage; que dans ces 24 ou 36 heures on débarqueroit tout, et que ce qui ne pourroit pas être débarqué seroit jeté à la mer pour le repescher à la marée basse. Je luy présentay un mémoire où étoit le poids de toute mon artillerie à débarquer et la quantité de monde qu'il falloit pour cette opération, et par là il voyoit clairement que n'ayant que li 000 hommes, il n'en avoit pas assez pour faire rentrer en mesme tems les ennemis qui étoient dans l'isle au nombre de près de 12 000 hommes, s'emparer de tous les forts le long des costes et faire son débarquement d'artillerie et de munitions. Cela le metloit de mauvaise humeur. Bref, après trois mois de séjour au Port- Louis, et tout l'équipage étant prêt, je luy demandai la per-

mission, en attendant que le vent impétueux souhaite nous arrivât, d'aller achever mon inspection à Brest et autres places où j'étois nécessaire, étant là à portée de le rejoindre au premier courrier.

Je passay par les places de la coste et restay à Brest jusqu'à l'arrière-saison ; je demanday alors un congé à la Cour, qui me l'accorda à condition que le duc d'Aiguillon y consentît, ce qu'il fit avec répugnance, en m'éçrivant cependant très poliment que c'étoit à condition que je viendrois le rejoindre sitost qu'il se présenteroit une occasion de passer à Belle-Isle dans une saison plus favorable, et qu'en ce cas il auroit besoing de mes conseils; ce qui me sembla plutost politesse qu'envie de les prendre. Bref, je ne lay reveu jusqu'à ce jour, et à la fin la Cour n'a plus écouté ses projets.

Le commencement de l'année 1762 fut aussy désagréable que possible à mon frère. M. le mareschal de Broglie et son frère furent disgraciés et le commandement de l'armée donné à M. le prince de Soubise et à M. le mareschal d'Eslrées. Mon frère étoit trop attaché au mareschal de Broglie et en étoit trop chéri, pour qu'à la fin ceux qui avoient déjà tenté de le faire déplacer ne profitassent de cette occasion. Il avoit commandé en chef l'Artillerie de la grande armée avec toute la distinction possible pendant 5 années de suite, aux batailles et dans toutes les occasions, et vivant avec beaucoup de dignité

Il fut d'abord nommé pour continuer le commandement en chef comme à l'ordinaire, et M. le duc de Choiseul luy avoit dit d'en remercier les marescliaux d'Estrées et de Soubise et d'aller prendre leurs ordres. Mais, trois jours après, on luy dit que ce n'étoit plus luy. On l'assura qu'on le dédommageroil et qu'on le destinoit à passer avec une armée en Angleterre ; on ne luy tint rien de ce qu'on luy avoit promis, et il alla en Flandre sans grande occupation. C'étoit toujours la mesme

INSl'KCTIONS GKNKUALKS. \l\i

cal)iil(^ (jiii m'iiNoil (Irplac:' (;l. \o. priiKM^ de Soubisc; la soiilciioil.

Aii<5iislivL()uis-Mich('K mon lils aisnr, coiilimia à cslri; (Mnployr «huis ri'llal-iiiajor tli* rAilillcrit' tic raiiurc <lii l'as- Uhin, «M il obliiil la croix «k; Sainl-Louis ' à roccasioii <le lafl'airc ([uc M. li; prince de Condé gaj^iia sur le prince liérôdilairc de Brunswick (Johannisberfi^, 17G2). Le prince en demanda deux pour le Corps, et mon fils en eut une, avant son ran<i^ d'ancienneté, M. de Sainl-Auban, commandant l'Arlillerie,y contribua, «juoyque peu de nos amis.

Pour moy on m'envoya l'aire l'inspection de rArtilleric du Languedoc, des Cévennes et du Roussillon. Je ne fus pas fasché de voir ces belles provinces; j'allay à Perpignan, Collioure, Montlouis, Montpellier, où je restay (juelque lems comme à Perpij^nan, où Gréaume ^ étoit Directeur.

La paix se fit à la fin de celte année (1762) et mon fils aisné vint passer son quartier d'hiver avec nous au Soupiseau. IVIon troisième fils, le chevalier de Glatigny, fut fait officier cette année là dans la brigade d'Artillerie alors de Loyauté \ où étoit aussy son frère. Il avoit l'avantage de se trouver à Metz, avec son oncle le Chevalier et sa famille. Heureuse rencontre pour luy ; mon frère y étoit établi depuis longtemps et y avoit achepté une maison \ Il avoit alors avec lui ses quatre fils, fesant la plus aimable famille, bien tous de figure et avec la plus belle éducation qu'il fût possible d'avoir.

En 1763, je demanday et obtins l'Inspection d'Alsace; mon frère eut celle des Trois-Eveschez. Les appointements des Inspecteurs généraux étoient de 12 000 livres.

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