PELLISSON LOUE LE R(H EN 1667. GLXI
< Il faat que je vous fasse fouiller un peu plus avant dans mon cœur, et que je vous dise quelque chose de ce qui s'y est passé, outre ce que je dois à ma réputation et à ma gloire, à la Reine, à mon fils et à mon État ^. »
Nous tenons à constater que ce morceau , qu'il ait été écrit ou non à la suite d'une conversation à laquelle l'auteur se serait trouvé en tiers, s'il estdePellisson, est une pièce isolée, étrangère aux Mémoires du Roi composés pour l'instruction du Dauphin. Laissons à Pellisson l'honneur de l'avoir écrit. Tout en conjecturant que c'était une lettre adressée à la Sapho du Marais, nous pensons bien que cette pièce d'éloquence historique, si flatteuse pour le Roi, « dont on fait voir les vertus dans leur source » ne resta pas enterrée dans la petite rue de Beauce chez la vieille et aimable mademoiselle de Scudéry. Celui dont la réputation et la bravoure militaire étaient louées avec tant d'emphase pouvait seul récompenser dignement la dépense d'esprit faite par Pellisson. U se trouve toujours à la cour un marquis de Dangeau pour présenter au Roi les beaux discours et les beaux vers dont il est l'objet. La rencontre heureuse dont avait profité Boileau en 1665 s'est sans doute offerte à Pellisson en 1667. Louis XIY avait grandi depuis l'éloge qu'avait fait de lui Boileau.
Dangeau qui, dans le rang où notre Roi t*appell6. Le voit toujours orné d*une gloire nouvelle. Et plus brillant par soi que par Téclat des lis. Dédaigner tous ces rois par la pourpre amollis,
l. Ibid., p. 425-4 ÎC.
Cixtl DE LÀ COMPOSITION DES ÏHËMOIIIES.
Fair d*Qn hontetix loisir là douceur lîfapdttune, A ses sages conseils assei'Vir la fortune, El; dé tout son boîibéur ùe devatit rien (]u*à soi, Montrer k Tunivers ce que c*eèt qii*être roi.
La tirade de Peliisson répondait assez bien à l'idée que Louis XIV voulait que le moade prît de lui. L'encens n'était pas tro|) grossier puisque Féloge était justiflé par l'éclat et la rapidité des derniers succès. Le totimôme de ces compliments ne devait pas déplaire ; les rédsicteurs des Mémoires du Roi, empruntant les faits et le foùd des réflexions à son Journal, se servaient dans ce temps-là à peu près du môme style, sous ses yeux et avec le contrôle de la plume royale.
Louis XrV avait rencontré dans Peliisson un écrivain, un historien de son goût. Il Taccueille quand celui-ci sollicite rhonneur de raconter la guerre contre les Espagnols. Il ne s'agit pas d'instruction pour le Dauphin ; c'est uniquement un monument historique à la gloire du Roi, On en peut juger par le Projet qui fut soumis à Sa Majesté. Quel fut l'intermédiaire entre Peliisson et le roi? L'éditeur des Lettres historiques de Peliisson (1729), qui a publié ce Projet parmi les œuvres diverses à la fin du troisième volume, suppose qu'il a été adressé à M. Golberl. Trente ans environ après cette publication, la Bibliothèque du Roi ' recevait de M. le maréchal de Noaillcs (le 6 de septembre 1758) divers manuscrits, les uns écrits
1. Bibl. imp. Mac. g. I^r. 2282, in-4<*, 2 vol. mar. rouge avec fil. dorés. Les cahiers de cet portefeuilles sont brochés seuieroent. On a bien fait de ne pas leur bire subir, comme aux Mémoires de Louis XiV^ le double suppliée de la reliure et de la rognure.
PROJET D*HIStOIRE DU KOH PAR PELUSSON EN 1G68. CLXlll
de la main de Pellisson; d'àotrèâ co{)léâ d'âîprés Itfi; au nombre des pièces figure le Projet, sans aucune indication relative àti tout-puissant niinistre successeur de Fouquet. On sait (Jùe Colbert était en quête d'une main exercée qtii pùi célébrer dignement les grandes choses du règne : Tampuiilé Varîllas, qui n'avait pas beaucoup d'amour pour la vérité, s'était offert un des premiers; plus tard on songea au savant Baluze, le bibliothécaire du ministre, au moins pour découvrir et interpréter certaines pièces délicates de diplomatie. Il y avait alors tant de médiocres écrivains honorés du titre d'historiographes da roi ! Une pension Suivait quelquefois le titre: il n'était pas nécessaiire qu'elle fût gagnée.
Pellissori pt-erid au sérieux son nouveau rôle d'Historien : il trace sa méthode de travail dans le Projet. Aussi croyons-nous utile de reproduire ce morceau , quoiqu'il ait déjà été publié. Nous en empruntons le texte à la copie manuscrite déposée, il y a cent «ins, par le maréchal de Noailles à la Bibliothèque du Roi. Ces pages ^ sont d'une belle écriture de copiste, avec des caractères ronds, serrés et courts ; il n'y a de la main de Pellissou que le titre: «Premier Project quele Roy a desjaveu.»
Le dëâsehi doiSt yal eu Phônnear d^ vous parler, quoique assez cônfasément, serait d*écrîre toute celte guerre.
Je u'euteùdràië paë que c6 fût en fôriue de journal, ni de relaliiODi et de simpres mémoire^, ni d^éloge ou dé paué^rique, qui sont fous cafâtàtëres et styles différents qu'il faut bien distinguer.
1. Ibid., t. il, in-f" de quatre pages, dont troii sont écrites.
CLXIT DE LA COMPOSITION DES MÉNOIRES.
Ce serait comme ane grande histoire ù la manière de Tîtc- LiTe, de Poljb« et des autres anciess.
Il faudrait représeoter dès l'enlrée l'état de toute l'Europe, el panicullèrement celui des deux rojaumes de Fraoce et d'Espagne. C'est UD beau cbamp poar parler en abrégé de toutes les lertns du Roi et pour faire bleu concevoir sa grandeur en toutes sortes, par la secrète comparaison que le lecteur lui-même ferait de Sa Majesté avec tous les autres souverains.
I) faudrait expliquer les causes de la rupinre et les justes préteniions da Roi, non pas en avocat, mais en historien. Un récit sommaire, mais fort digéré et fort étudié, des raisons que les deux couronnes allèguent, écrit en termes choisis et réduit aux principes du bon sens naturel, ferait entendre aux personnes les moins éclairées ce que las plus habiles ont peine ii démêler dans de gros Tolumes, On réfuterait sur la Un, mais toujours dans ce ftjrle de narratinn, les principaux fondements du Bouclier cCÉtat, i|ui est l'ouvrage d'an habile homme et fait beaucoup de bruit cbei tes étrangers.
Tout cet endroit-lï, comme il demande quelques coonaig- Eances et qu'il ; faut également éviter la longueur et l'obscurité, ne serait pas le plus aisé, t'j ai pourtant fait assez de réQexion. J'espérerais d'en sortir i mon honneur.
Ensuite il faudrait travailler i dernes ont su bien faire, et presq à-dire qu'il faudrait faire con as Itr guerre, camne si l'on supposait core. Car on écrit pour la poster ce n'est même pas toujours les »
Ces manières de portraits ou de caractères , quand ils sont bien touchés; qu'ils ne sont ni en trop grand nombre ni tout rl'une suite, mais dispersés et placés avec quelque art et quelque diversité; qu'on rapporte en quatre paroles la naissance et tes actions remarquables; qu'on pénétre finement les talents et la portée de ch:<cun; qu'on n'eu dit ni trop ni irop peu; qu'on sait