CLXXX DE LA COMPOSITION DES HÉMOIRES
quatre mots ivec lai , ce qai est assarément une erreor dans les dates ; car il moanit le 1 7 noTembre , et raffaire était arrivée le 10 octobre seulement. Ainsi la négociation dura très-pen avec loi.
La dernière citation surtout est significative. <c L'erreur dans les dates » vient d'un rédacteur autre que Pellisson ; (( le cahier qu'il rend au Roi » ne peut pas être de lui. Pellisson a des prétentions à l'exactitude historique : on l'a vu par son Projet d'histoire pour la campagne royale de 1667 et 1668.
A quoi bon cette révision par Pellisson ? Le texte B antérieur ne suffisait-il pas pour l'instruction morale et politique du Dauphin? Chacun sera à même d'apprécier par la confrontation des textes. Les réflexions ajoutées par Pellisson paraissent souvent sonores et creuses , sans application immédiate au Dauphin; ou si elles ont quelque valeur, elles blessent par leur ton; et le zèle du rédacteur, exagérant la pensée qu'il était permis alors de prêter au Roi, gâte les meilleurs conseils, qu'on aurait goûtés sous une forme plus sobre et plus modeste. Pellisson croyait se conformer aux ordres de Louis XIV. Nous l'avons vu, en 1668, soumettre au Roi le plan d'un récit d'histoire , dont le Roi lui-même était le principal acteur et le héros; en 1671, il était plus naturel encore de consulter le père du royal enfant sur le genre d'enseignement moral qu'il s'agissait de lui adresser. Aussi la longue note que nous avons citée (p. CLxxvn) se continuait en ces termes :
Le Roi anra la bonté, s*ii lai platt, de itie dire s*il y a trop ou trop peu de réfleiions et de conseils pour son dessein. Ce que j*ai
CARACTÈRE DU TRAVAIL. DR PRLhfôSQN. CLXXXl
vn m'a penuadé qu'il en fallait mettre. Des princes qui ont écrit pour leurs enfants, les uns n*ont laissé que des préceptes sans histoire , ce qui est moins agréable ; les autres que Tbistoire sans préceptes, ce qui est moins utile : la perfection est peut-être à joindre les deux. J'ai insisté sur la nécessité de Tapplication dont il semble que monseigneur a plus de besoin ; mais au fond ce n'est qu'une ébauche^ qu'on achèvera quand on aura conçu tout à fait l'intention de Sa Majesté, quoiqu'il n'y ait personne sans exception qui ne doive trembler quand il écrit pour elle.
On sent au langage de Pellisson qu'il vient de se mettre à ToBuvre tout récemment; il hésite sur la marche à suivre. C'était pour lui un emploi nouveau de son talent; Tavocat de Fouquet se fait historien du Koi , l'historien cherche sa voie pour devenir un écrivain moraliste. II reconnaît avec sagacité quelles difficultés présente un pareil travail. Si les idées générales, les vues abstraites y dominent , l'instruction morale qu'on se propose n'est pas accueillie, l'effet est manqué parce que « les préceptes tout seuls sont moins agréables. » D'autre part, les faits , s'ils ne sont pas accompagnés de réflexions, n'instruisent pas ; il ne suffit pas de décrire, de raconter et de peindre; il faut juger, il faut faire sortir des événements des leçons appropriées à la condition et à l'âge de celui qu'on prétend guider dans la vie et prépar,er à l'accomplissement de ses devoirs politiques.
Le plan de Pellisson parait avoir été agréé par Louis XIV, puisque les observations royales au crayon sont peu nombreuses et ne portent que sur de minces détails. Le goût du Roi , on doit l'avpuer, ne s'était pas perfectionné depuis qu'il avait commencé à faire rédiger ses Mémoires en vue de l'instruction du Dauphin. Si les années 1666 et