‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 110 sur 302 · CLXXXII DE LA COMPOSITION DBS MÉMOIRES · texte numérisé non relu

CLXXXII DE LA COMPOSITION DBS MÉMOIRES

4667, malgré l'importance et le nombre des faits qui fournissaient la matière des Réflexions, contiennent bien des pages vagues ou déclamatoires , ce défaut est beau* coup plus sensible dans les a réflexions et conseils » de Tannée 1661, qui, à propos d'un petit nombre d'événements, prennent des proportions si étendues sous la plume de Pellisson. D'après les additions faites par Pellissonau texte B antérieur de 1661, on se demande ce que serait devenu l'ensemble des Mémoires du Roi s'il avait mis la main aux autres parties, de 1666 et 1667, rédigées avant qu'il fût admis à la collaboration royale. On est un peu moins enclin à la sévérité envers les rédacteurs anonymes des années 1666, 1667 et 1668, et on apprécie davantage le mérite du correcteur universel, M. de Périgny, en présence de l'oeuvre prétentieuse et faible de l'académicien qui jouissait alors d'une si grande réputation.

Pellisson , que ses amis de la cour auraient voulu voir dans les fonctions de précepteur à la mort de Périgny, et qui, dit-on , avait eu la délicatesse d'attendre la nomination de Bossuet pour se convertir à la religion catholique (8 octobre 1670), se trouvait alors, par le choix de Louis XIV, associé indirectement à cette éducation. A Bossuet et à Huet, nommé sous-précepteur, était dévolue la tâche ingrate d'un commerce quotidien avec un enfant maladif, peu docile et peu laborieux; Pellisson a l'agrément et l'honneur de s'entretenir avec le Roi d'un disciple idéal auquel Louis XIV se propose lui-môme comme le plus parfait modèle.

Le Roi était-il de complicité avec l'écrivain lorsque celui-ci , dans le Panégyrique qu'il lut à l'Académie , le 3 février 1671, révéla pour la première fois au public un

IL RÉVÈLE A L'AGADÉVIB EN 1671 l'OEUVRB ROYALE. CLXXXIII

secret qu'il venait lui-même d'apprendre ^ : « Ce monarque choisit, pour l'éducation royale de son fils, tout ce qu'il peut découvrir de plus éclairé, de plus sage, de plus honnête, de plus savant, comme s'il n'y devait plus penser lui-même ; il y pense comme si personne ne le devait seconder dans ce travail, jusqu'à mettre par écrit, pour ce cher fils , et de sa main , les secrets de la royauté et les leçons éternelles de ce qu'il faut éviter ou suivre. » Aucune voix n'était plus autorisée pour répandre la pompeuse nouvelle. Il y avait près de vingt ans que VHistoire de V Académie avait fait admettre Pellisson au sein de l'illustre compagnie. Il est à croire que ses confrères apprenaient en même temps, mais à voix basse, que la main de Louis XIY ne travaillait pas seule aux Mémoires. Personne ne réclama pour Périgny ; le lecteur du Roi , qui n'eut pas l'honneur d'être de l'Acadéntiie , était mort tout entier.

1. Nous empruntons cette cUaiton à la note sur les Mémoires de Louis XIV, qui termine le !•' volume de XHitioire de madame de Jfoinlenon, par M. le duc de Noaiiles (p. 685).

CLXXUV DB LA COMPOSITION BES MlUiOItti».

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(^.onceri de louange» (1671-1679 ) pour les Mémoires que l^uis XIV defttine au Dauphin, au moment où elles eeiwent d'êlre méritées.

Depuis que Pellisson en i671 avait glorifié Louis XTY de ce qu'il consacrait ses loisirs à 4a composition de Mémoires pour le Dauphin, l'opinion publique s'était emparée de ce nouveau sujet d'admiration.

L'éducation du jeune prince a eu sa place dans l'histoire littéraire du grand règne. Tous ceux qui y ont concouru par quelques travaux de l'esprit appartinrent à l'Académie. Bossuet ne dédaigna pas de briguer la succession d'un abbé fort obscur: il fut reçu le 8 juin 1670, par le directeur Fr. Charpentier. L'abbé Fléchier, reçu le môme jour que Racine en 1672, devenu par la faveur de Montausier lecteur du Daupbin, fut bientôt chargé d'écrire pour le prince la vie de Théodose qui parut en 1679. Huet, que Montausier aurait peut-être préféré à Bossuet, nommé du moins sous-précepteur, arriva à l'Académie en 1674. Un autre philosophe, moins distingué, cartésien comme révéquedeCondom, Géraud de Cordemoy, devenait presque en même temps lecteur du dauphin et membre de l'Académie française en 1675: pendant que Fléchier, l'autre lecteur, travaillait sur Théodose, Cordemoy entreprenait, par l'ordre du précepteur, la vie de Charlemagne.

L'aCADÊMIB s'occupe DB8 M6M0IRB8 DU ROI. CLXXXV

ffientôt les éditions des auteurs classiques ad usum Delpkiniy dirigées par Huet, firent au Dauphin la réputation d'un prince fort savant : on supposait que ce n'était pas en pure perte que tant de science était dépensée pour lui. Ce fut au moment où étaient publiés les premiers ouvrages de cette collection, que TAcadémie française mit au concours pour le prix de poésie française, qui devait être donné le jour de la Saint-Louis en 1677, la question suivante : a de l'éducation du Dauphin et du soin que prend le Roi de dresser lui-même les Mémoires de son règne pour servir d'instruction à ce jeune prince. »

Le sujet était habilement choisi : on pouvait louer du même coup le Roi, son fils, le gouverneur du prince et ses maîtres. Rien de plus légitime depuis que l'Académie était sous le patronage direct du Roi. Lorsque le chancelier Séguier était mort en janvier 1672, la compagnie, dit l'abbé d'Olivet qui a appris le fait de M. Huet, étant allée remercier le Roi de ce qu'il daignait s'en déclarer le protecteur, Sa Majesté voulut que M. le Dauphin fût témoin de ce qui se passerait dans une occasion si honorarable aux lettres. Ainsi le Dauphin avait droit à partager les hommages adressés au Roi. Les fonds de récompense destinés au prix de poésie (pour le prix d'éloquence c'était une rente testamentaire de Balzac) ayant été formés récemment par trois académiciens, du nombre desquels était M. Pellisson, ce que nous lisons dans V Histoire de V Académie de d'Olivet, le sujet choisi n'étonne pas: on serait tenté de croire qu'il l'a inspiré pour que l'éloge qu'il avait fait des Mémoires du Roi, dont il était alors le collaborateur, fût renouvelé par des bouches étrangères.

Cne raison particulière donnait de l'opportunité à la

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question. Un grave débat était alors engagé au sein de rAcadémie, et en dehors d'elle entre divers écrivains, au sujet de la prééminence que la langue française réclamait sur la langue latine pour les inscriptions destinées à perpétuer la gloire du Roi. La dispute entre les deux langues remontait à quelques années; et déjà, en 1669, Louis le Laboureur, frère aîné du consciencieux et savant historien, avait publié les pièces d'un premier procès, avec ce titre qui indiquait son opinion : « Avantages de la langue française sur la langue latine. » Une inscription ayant été demandée pour un arc de triomphe, Golbert, d'après M. Pen'ault de l'Académie, la voulait en français ; M. de Santeul et le père Commire se firentles défenseurs de la langue latine; Jean Desmarets de saint-Sorlin écrivit pour notre langue deux ouvrages assez médiocres en 1670 et en 1675. Deux académiciens entrèrent en lice, tous deux membres de la petite académie chargée particulièrement des inscriptions et des devises : Fr. Charpentier en faveur du français, l'abbé de Bourséis pour le latin. Bientôt le discours de Charpentier était publié, discours en trois parties sur la «défense de la langue française pour l'inscription de l'arc de triomphe. » Le Journal des savants du 8 juin 1676 s'empressa d'analyser l'ouvrage nouveau. Charpentier, en terminant, adresse une lettre au Roi, qui a seul pouvoir pour décider la question.

Môme dans les écoles, dans les collèges des jésuites on voulut prendre part à la querelle. Au collège deCIermont, pour le discours solennel d'ouverture des classes, le 25 novembre 1676, le père Lucas, auteur connu par des poésies ingénieuses et délicates, dit le Journal des savants rendant tompte de son discours, traita en latin de la préférence

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