‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 111 sur 302 · ET DE L^ÉDUCATION DU DAUPHIN, 1677. CLXXXVH · texte numérisé non relu

ET DE L^ÉDUCATION DU DAUPHIN, 1677. CLXXXVH

due à la langue latine pour les inscriptions {de monumentispublicis latine inscribendù). Les raisons qu'il allègue , c'est qu'une langue morte n'est pas sujette à changements; c'est que la langue latine est la plus étendue de toutes les langues : « elle est étendue autant, s'il se peut, que les rayons du soleil qui est le symbole de ce grand prince ; » elle est la plus forte, la plus brève, la plus goûtée par M. le Dauphin. Et l'auteur tâchait de gagner à sa cause toute la cour par ce compliment : « Cœpit Régi esse in pretio , Delphino in usu familiari , regise stirpis principibus in deliciis, gallicse nobilitati in amoribus. » L'orateur officiel des jésuites avait répondu à un académicien : il espérait peut-être diviser ce corps illustre en s'adressant au Dauphin, c'est-à-dire à ses maîtres. Un académicien, étranger à l'éducation du prince, lui donna la riposte ; ce fut l'abbé Tallement le jeune, le 23 décembre 1676, le jour où M. de Mesmes était reçu par M. Benserade, directeur. Sept jours après (le !«' janvier 1677), le père Lucas dédia au Dauphin une belle lettre latine pour le faire juge, de môme que Charpentier avait pris le Roi pour arbitre. Le jésuite exalte les connaissances du prince dans la littérature latine ; il invoque le témoignage de tous les personnages qui l'entourent , qui contribuent à son instruction , qui veulent pouvoir louer, a latini omnes, Ludovicum magnum Sequanicum, Belgicum, Batavicum, Germanicum. » Cet appel au Dauphin, dont l'abbé Tallement n'a pas pris souci, puisque, dans son discours de décembre 1676, il ne relève pas l'insinuation du père jésuite, remettait pour ainsi dire à l'ordre du jour la question de l'éducation du prince, et, en demandant l'éloge des Mémoires que le Roi lui destinait, la docte

CLXXXVIll 1>R LA COMPOSITION DES MÊMOIRKS.

compagnie tranchait implicitement le débat au profit des défenseurs de la langue française.

Comme toujours, les concurrents furent nombreux. La pièce couronnée est ToBuvre de M. de La Monnoye, correcteur des comptes à Dijon, qui avait déjà remporté les trois prix de poésie proposés depuis i671. Le Mercure galant y beaucoup plus favorable à une pièce composée par un de ses collaborateurs, le neveu de Corneille, Fontenelle, âgé alors de vingt ans, en nommant le vainqueur, ajoutait cette réflexion (n" de sept. 1677 ) : « Il serait à souhaiter pour ses concurrents que Messieurs de l'Académie lui donnassent la première place vacante; les autres auraient plus de courage à travailler. )> Beaucoup des Quarante n'étaient pas supérieurs à J^ Monnoye ; ses vers ne sont pas plus plats et plus vides que la prose de M. Tabbé Tallement, qui était directeur dans cette séance des prix du 25 août 1677. « Quand nous donnons le prix d'éloquence et de poésie, n'oublions pas, disait le directeur, de donner aussi le prix de la vertu. Nous le pourrons donner à l'invincible monarque de la France... Ce prix c'est la louange, et c'est ici qu'il la doit recevoir, ici, où.... Puisque le sort memet aujourd'hui à votre tête, quoique le plus jeune et le moindre de tous, c'est à moi à vous donner l'exemple. Je m'arrête aux seules merveilles de cette campagne... » L'encens qu'il jette aunez du Roi est de la même qualité que celui qu'apportaient dans ce jour La Monnoye et ses rivaux. Nous ne signalerons que les vers où sont loués les Mémoires de Louis XTV. Les cinq pièces imprimées que nous avons sous les yeux, après le Roi et le Dauphin, ont surtout des éloges pour le gouverneur Montausier; le précepteur, même quand il

Page 1