UNE LETTRE DE LOUIS XIV
feeUtioD et quelque désir que les Espagnols prissent et donnassent jalousie aui États généraux, de cet conduites avec un homme qui parait n'avoir de relation qu'en cette cour, par le moyen de la r6in« sa maîtresse. Hais ni les Anglais ni les Espagnols ne savent que ledit sieur de Witt et les principaux de l'État avaient été avertis de tout par avance. Cependant, comme ledit sieur Saint-Alban doit être lui-même bientôt ici ^ et que las artisans de pareilles machines auraient encore plus de lieu d'en faire jouer les ressorts, il est bien nécessaire que les Étals se mettent, una fois pour toutes, au-dessus de ces l>ruits, et pour cela je ne sais pas que leur dire, après leur avoir une fois donné et si souvent oopflrmé ma parole royale.' Mais si, en y engageant votre honneur et votre propre vie, et offrant pour cela de vous dépouiller de tout caractèi-e d*ambas8adeur et de mon ministre, en cas qu'ils voient jamais que je rentre en paix et en aucune amitié avec le roi d'Angleterre que conjointement avec l'Etat des Provinces-Unies et le roi de Danemark, ces expressions et cette offre pouvaient ajouter, auprès des peuples quelque chose à nuidite parole, vous le pourrez faire avec toute assurance de ne rien hasarder. Cependant, s'ils veulent s'enquérir de ce qui se fait par mes ordres à Brest > et à La Rochelle , ils connaîtront bien que je n'ai d'autre pensée que la continuation de eelte guerre, si on ne peut obtenir une bonne et sûre paix. •
Cette lettre donne du Roi une idée plus vraie que tout ce que les flatteurs et déclamateurs ont pu écrire sur lui dans le même temps. Citons par exemple le « Portrait de Louis quatorze^ Roi de France et de Navarre, le plus grand des monar* ques, présenté au Roi au mois de décembre 1666 >• par Potier de Morais (Ribl. Imp., ms F. St-Germ. 1559). C'est le portrait « non-seulement du corps, mais de Tâme, de Tesprit, des perfections qui animent ce chef-d'œuvre achevé de la nature. » Toutes les qualités du prince sont pompeusement énumérées. Je relève quelques-unes des phrases les plus sages et les plus saines : « 11 est sérieux, il parle Juste, en peu de paroles et en roi. Il conserve son autorité et
1 . V. le Joarnal do Roi du 27 déeembre, trois jours après la dale de cette lettre.
S. Le dernier alioéa du Journal (27 décembre) est pour le préteodn voyage de Louis XIV à Brest : il dsvait animer de sa présence les travaux de la flotte.
ne la partage pas. Il est le principal conseil de lul-roème. Il s'est très-instruit et rendu connaissant aux affaires de l'État.
Il est laborieux » Chacun pensait de Louis XIY ce qu'il
pensait lui-même. C'est sous ces traits qu'il se peint dans les Mémoires. Les rédacteurs devaient être enclins à faire comme tout le monde^ à exagérer l'éloge^ à destiner en fort grand l'image royale.
PiàMU I.'ANNft1l 1669^
Llntroduction des Mémoires^ doût le texte sera doimé plus tard^ a été Tobjet de deux compositions sucoessiyes avant la rédaction dernière de Pellisson* Les Mémoires de 1666 sont le fruit d'un enfantement plus long et plus pénible. On en a trois textes, à peu près complets, sensi* blement différents ou pour Tordre des &its, ou pour le développement des réflexions, ou pour la mise en œuvre littéraire. Outre ces trois textes, qui sont comme trois ouvrages distincts sur un môme si^et et qui présentent une très-curieuse progression littéraire, beaucoup de frag^ ments, d'un travail plus ancien encore, attestent importance qu'on attachait à chaque idée, et presque à chaque phrase* Tel brouillon d'une page ou deux porte exclusivement sur une réflexion qu'on a vaguement en^ trevue d'abord, qu'on détache avec prédilection, qu'on retourne, et qu'on cherche à adapter tant bien que mal aux faits particuliers qui l'entourent. Il y a des pages et des marges de pages chargées de ratures pour aboutir quelquefois à une pauvre phrase, essayée de bien des ma*nières, qu'on s'évertue à rendre meilleure, c'est-à-dire plus retentissante et plus fastueuse. Ordinairement, quand M. de Périgny intervient par ses corrections, c'est pour émonder ce luxe de mots, pour donner à la forme plus de précision et de simplicité, par conséquent plus d'énergie. Certains développements isolés sont de lui: quelques-uns ont pris place dans la rédaotion définitive ,
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d'autres ont été négligés avec beaucoup de pages des premiers textes. Nous choisirons, entre tous ces enfants perdus, quelle que soit leur origine, ceux qui méritent le mieux, parleurs qualités réelles ou par leur esprit étrange, d'être rendus à la lumière. La comparaison des textes juxtaposés sera facile pour le lecteur. Nous ne rejetterons tout à fait à la fin que des réflexions d'un caractère général qui sont l'objet de toutes sortes de variantes et de retouches. Les unes , malgré l'effort qu'elles ont coûté , n'ont pas été gardées par le dernier rédacteur; d'autres figurent dans son texte, mais en termes si brefs qu'on ne se doute pas qu'elles aient été plusieurs fois sur le métier. Trop souvent le sillon a été creusé à diverses reprises pour produire bien peu de chose. Il est juste aussi de proclamer que beaucoup de ces pages d'étude, comme on pourrait les appeler, sont d'une valeur très-grande par l'intention politique ou morale qu'elles supposent, par leurs prétentions au beau style, par leur forme sentencieuse. Dans les travaux de la pensée comme dans les luttes diplomatiques ou militaires, il n'y a pas que le succès qui intéresse , qui instruise la postérité: l'effet cher^ ché a son importance presque autant que l'effet trouvé. Si le résultat ne répond pas à l'effort, tant pis pour les écrivains et pour Louis XIV, qui est de moitié avec eux. Il n'avait qu'à mieux choisir ses lieutenants. Les Turenne et les Condé de la littérature se seraient peut-être prêtés à être les instruments de sa politique d'éducation paternelle, comme l'ont fait des écrivains secondaires, dont le plus habile et le plus sensé est M. de Périgny.
La restitution des textes aide k en comprendre le sens politique et moral. Les différences de rédaction, qui paraîtront assez considérables, ne feront pas illusion longtemps sur la valeur des idées. On pourrait croire que les idées se renouvellent et se transforment parce qu'elles changent souvent de vêtement. Ce sont des phrases qui se
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substituent ou s'ajoutent les unes aux autres : mais le fond est tcnijours à peu près le même ; de la première à la troisième composition, il y a peu de progrès. La môme théorie, en bien des points mensongère, sur les droits et les Tertus des princes ; les mômes conseils inspirés par une yanité satisfaite d'elle-même et assurée de sa force ; les mômes accusations jetées avec témérité contre la bonne foi et les actes des ennemis de la France, et de ceux de la royauté , se reproduiront avec plus ou moins de discrétion et de mesure. La main de Louis XIV, qui apparaît de loin en loin sur les premiers et sur les seconds cahiers, aurait pu travailler tout aussi bien aux pages écrites les dernières, dont le ton est seulement plus net et moins arrogant ; le roi est partout derrière les rédacteurs, avec ses doctrines de gouvernement que , sous prétexte d'instruire son fils, ils formulent et étalent tout à leur aise.