‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 231 sur 302 · SE DÉFENDRE DES PRÉTENTIONS DK SES ALLIÉS. 1S · texte numérisé non relu

SE DÉFENDRE DES PRÉTENTIONS DK SES ALLIÉS. 1S

meUre en question s'il ne faut pas autant de force au prince pour se défendre des prétentions différentes de sesalUés^ ou même de sa propre famille que pour résis^ ter aux attaques de ses ennemis»

Et, en effet , qui considérerait à combien de désirs, d'importunités et de murmures les rois sont continuellement exposés, s'étonnerait moins d'en voir quelques* uns se troubler dans un bruit si tumultueux, et trouve^ rait plus digne d'estime ceux qui , dans ces agitations du dehors, gardéat au dedans le calme nécessaire pour la parfaite économie de la raison. Il faut de la force as* sûrement pour tenir toujours la balance droite, en(r0 tant de gens qui font leurs efforts pour la faire pencher de leur côté. De tant de voisins qui nous environnent, de tant de sujets qui nous obéissent, de tant d'hommes qui nous font la cour [de tant de ministres et de serviteurs qui nous servent ou qui nous conseillent '], il n'en est presque pas un qui n'ait dans l'esprit une prétention formée, et chacun d'eux s'appliquant tout entier à donner a ce qu'il veut l'apparence de justice ^, il n'est paéi aisé que le prince seul, partagé par tant d'autres pensées, fasse toujours le parfait discernement du bon d'avec le mauvais.

que chacun» teadantà ms fias, s'efforçait à me détourner de l« miéMM» mes yeux y demeuraient toujours fliement attachés, et les Imtaaoei ^ m'étaient bitea de loutet parts ne m% pouvaient pas fiûre éeartar tant soit peu de la route que Je m'étais proposée. »

1. Ce membre de phrase i^té en marge répeod, ee me eemble, à la troisième maxime qu'on va W^ bientôtt laquelle a été «Jeuiée aussi.

3. B, f« 113 v% on lit d'abord ce membre de phrase, barré dtpitto: « ÛQ peut dire sans nous flatter qne ee nes4 pti une petite merveflle lorsque le prince^ fiiit le diseeraemeat..*.* »

Il serait difficile de vous fournir pour cela des règles certaines dans la diversité des sujets qui se présentent tous les jours. Mais il y a pourtant certaines maximes générales, dont il est bon que tous soyez informé,

La première, est que quand vous auriez pour tous une complaisance universel^, vous ne pourriez pourtant satisfaire à tout, parce que la même chose qui contente Tun en fâche toujours plusieurs autres*

La deuxième, qu'il ne faut pas juger deTéquité d'une prétention par Tempressement avec lequel on Tappuie % parce que la passion et l'intérêt ont naturellement plus d'impétuosité que la raison.

La troisième ^, que ceux qui vous touchent de plus près, ou ceux même de qui vous prenez les avis sur les prétentions dés autres, sont ceux sur les prétentions desquels vous devez le plus vous consulter vous-même, ou prendre les conseils de gens qui ne soient pas en même degré qu'eux , de peur que , prenant le sentiment de Tun sur l'affaire de l'autre (quoique d'ailleurs ils ne fussent pas amis), ils ne se favorisassent réciproquement ',

1 . De même de celui-ci : « maii qo^au contraire les demandes les moins raisonnables se poarsaivent d'ordinaire pins chaudement que les plus légitimes, parce que... «

2. Cette troisième maxime manque dans le texte A, f« 288 to. Elle est i^outée en marge du texte B, f* 114 v** par la main à laquelle on doit d'autres morceaux importants ; ils figureront chaeon à leur place. Nous renvoyons au Supplément aux Mémoires de 1666, n* 4, trois morceaux de cette main qui ont beaucoup de rapport avec les idées traitées ici : Ils sont restés à l'état de brouillons ; la substance en est passée dans la troisième maxime, et on en reconnaît l'influence dans quelques-nnes des plirases précédentes.

3< B, la phrase se terminait d'abord ainsi : « et que la pensée de Taire exemple en leur faveur ou d'être servi de même par leurs semblables ne

MAXIMES DE CONDUITE A CE SUJET. , î37

dans la pensée que la grâce reçue par leur compagnon ferait exemple pour enx-mémes.

Et enfin la quatrième est qu'il faut toujours considérer les suites de la chose prétendue, plutôt que le mérite de celui qui prétend, parce que le bien public se doit préférer à la satisfaction des particuliers, et qu'il n'y a point de roi si puissant au monde, qui ne ruinât bientôt son État, s'il s'était résolu de tout accorder, seulement aux gens de mérite '.

Je sais que l'on fâche toujours ceux à qui on refuse, et que plusieurs imputent à la mauvaise humeur ou au mauvais goût du souverain tout ce qui se trouve de dif* ficulté dans leur demande ^. Il est même certain que l'on se fait toujours peine à soi-même en rejetant la prière des autres, et qu'il est naturellement plus doux de s'attirer des remerciments que des plaintes. Mais, en cet endroit) mon fils, nous sommes obligés de nous sacrifier au bien général, et ce qu'il y a de plus fâcheux en ce sacrifice, c'est qu'encore qu'il nous coûte beaucoup, il est, d'ordinaire, fort peu prisé \

les fuM donner deteonseilB inléresiés. » On t'ett décidé ensuite pour eeci : « dâos la pensée qae rioeroistement de lear eompagnon fierait exemple pour enx-mfimes. »

1. A, on Ht ainsi la fin de la phrase : « S'il s'était résolu à ne rien refuser, seulement à ses meilleurs serviteurs, à ses plus anciens alliés, et à ses plus proches parents. • La pensée ainsi développée avait moins de emdité. Cest au texte B qu'on Va effacée pour mettre : « résolu de tout donner aux gens de mérite. • Cette forme générale est bien plus insolente.

2. A, et même B d*abord, on lit : «... ce qui s*est trouvé d'impossibilité dans la grâce qu'ils ont prétendue, ou tout ce qui leur a manqué de mérite pour y parvenir. »

8. A, ^ 289, est ajouté un développement prétenUeux et languissant, eoosenré d'abord, puis barré au texte B, f* 115-116, obon la remplaee

138 ^ MÈioiRBs rooii teOd.

Car enfin ' la plupaK de ceux qui dislrifouent lei louanges aux princes ne prisent entre les vertus qiM celles qui leur sont utiles. Les beaux esprits de profession n'ont pas toujours de fort belles âmes, et parmi les belles choses qu'ils débitent dans le public, ils sa dépouillent rarement du soin de leurs intérêts partku^ liera *•

Tandis que je m'enga^^eais de jour en jour à la défense des États de Hollande, j'appris qu*ilsavaient encore leur ambassadeur à Londres, et soupçonnant avec raison leur bonne foi, je voulus qu'ils le rappelassent et qu'ils me promissent formellement de ne rien négocier sans ma participation '.

IMir la dernière phrase de notre texte G. Voici ces trois plirases (alio^ 16, 16, 17 da 12* cahier B) supprinx^es : « Ce qui pourrait vous sembler en eek de plus étrange, e'est qot la fermeté que nous y pratiquons, quoiqu'elle soit infiniment louable, est toujours fort peu louée. En quoi le monde commet «ans doute une grande injustice : car enfin H est eonstaat que fa condescendance et la facilité que te pHnce fhlt paraître à don« ner et à faire ce que Ton veut, quoiqu'elle soit vantée par tant de bouches, n'offre d'ordioaire à celui qui la pratique, ni danger ni travail à surmonter, mais au contraire une satisfaction si douce et si pore qu'au fontioMAi dit âmes délicates elle pottrrait passer pour une volupté plutôt que pour mit vertu. An lien q«e la résislaneo el U cireonspecUon qui l'obligent à résister lui seul aux mouvements de toute la terre, de* lande assurénent en lui plus de farx^e et de fermeté que totH le rostede «a conduite, s

1. Cette Idée est U dernière en cahier 12% dans les teaites A et 6. On y eonunençeil ainsi d'abord : « Mais, à dire vrai, ceux qui se tnèlenl de donner selon leur fantaisie le prU aux bonnes aeliens n'eeripleieut paa volontiers leur art à faire valoir des vertus si sévères et si peu con* modes, ils n'aiment d'ordinaire que celles qui leur sont utiles.... •

3. Là flnU le 3* cahier de notre texte C: il n*a que cinq folk», 304-

a. Ce fea est mentionné bennoonp plus hnut, dam Mexie B» en tête â«t2«enkier, t. Il, ^ 21 (Y. le iournal, p. U).

MESORES DU HOI ENVERS ET POUI tES HOLLANDAIS. iSO

[ Pour m'assurer même plus fortement de leur foi, jû travaillai a m'acquérir du crédit dans leurs délibérations et à éloigner des magistratures les partisans de la maison d'Orange toujours liés avec les Anglais. Et dans ce dessein» je fis distribuer des pensions à plusieurs députés ' .]

Cependant les troupes que j'avais fait passer ep AU^ magne pour les secourir (quoique mal satisfaites du traitement qu'elles y recevaient ), y vivaient pourtant avec toute la discipline possible ^, et y firent diverses actions de conduite et de vigueur. L'Espagne même y quoique auparavant elle n'eût point de part dans cette querelle, éprouva leur valeur à son dommage. Car le dessein secret que les Espagnols ont toujours eu de s'opposer aux intentions de la France, leur faisait embrasser les intérêts de l'évèque de Munster; ils lui voulurent donner lieu de surprendre deux places, Dalem et Willemsiat qui étaient voisines de leurs frontières ', et afin que ce prince n'alarmât point les Hollandais en envoyant des troupes de ce côté-la, ib trouvèrent un expédient

1. Plut haat, dan» le texte À, h* cahier, 1. 111. f« ïbl ; dans le texte B, 4«calUer. i. U, f*' ^ (V. le Journal, ^ 17).

2. Le texte À, f 16S \*>, donne tout un déYe]o|»|»eB»eDt non^^euleoMBt sur l'exacte discipline, maia sur VaugmentalUNi do U K^e de e« troupeA employées contre Téf 6que de Mun»ter, rennemi de» Ëtata : dévelo|ipeip^t reproduit, puis iMurré au texte B, 1^ S8. Cette augmentatlea étaH d'up lol par fantaitio, 4a trois par cavalier : • Choie lan» doute extra* ordinaire et que je rcconnaistaix m6me capahlo de tirer à eoniéqiienoe« mai« par laQuelle je vouiaU Caire voir à toute la terre qu'il n'était paa d'intérêt ni de considératioB que Je ne surmoolaMe facUenent dant la désir que J avaia de procurer l'avantage et la commodité de reiix qui a'ai* auraient en mon assistance (V. le Journal, p. 15).

3. A et B « et qui étaient éloignés de plus de trente Ueuft deTeBdioit où se fsisait la guerre entre les Hollandais et l'évèque. s Ceat o« que dit le Journal (V. p. 33).

pour en fournir eux-mêmes sur les lieux, qui fut de licencier deux régiments de leurs garnisons les plus prochesy lesquels furent aussitôt pris à la solde de Tévéque. Mais toute cette trame fut éludée par la vigilance de mes chefs, qui en ayant eu nouvelle, surprirent et défirent les deux régiments espagnols ' .

Plusieurs actions de cette môme nature, qu'il serait ennuyeux de raconter ici ^, obligèrent les ennemis à demeurer chez eux, et leur ôtant la liberté de la campagne, leur causèrent de si grandes incommodités que l'évèquede Munster' m'envoya proposer la paix. Mais je ne voulus écouter aucune proposition et renvoyai absolument aux Hollandais la négociationde l'affaire, parce qu'ils y étaient les plus intéressés *.

J'en usai encore de la même manière avec eux touchant r Angleterre ^. Car l'ambassadeur que le roi de

1 . A et B, la phrase eet de forme plos méprisante : « Un petit nombre de Français ayant battu ces régiments tra?e8tis firent honteusement avorter la supercherie espagnole. » — Cette affaire de Dalem et de Willemstat, dans les textes A et B, est placée un peu plus haut.

2. Les textes antérieurs citent avant Taffiiire de Dalem une de ces actions, qui a précédé de quelques Jours renvoi d'un député de l'évêque de Munster au Roi : « Un colonel allemand, avec huit cents hommes de troupes de cet évéque, s'étant Jeté dans Oudembose, où il commençait à se fortifier, fut si vivement pressé dans ce poste, qu'il fut contraint de s*7 rendre prisonnier avec tous ses gens : et l'heureux su<*cës de cette entreprise ne se pouvait attribuer qu'à la France, non-seulement parce que La Vallière et les troupes qu'il commandait y firent le principal effet, mais parce que celles même des États de Hollande n'avaient point d'autres chefs que des Français. » (V. le Journal, p. 24 et p. 27 avec la note 8.) — Le Journal, p. 29, donne un autre épisode omis dans tous les textes.

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