‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 236 sur 302 · VANITÉ DES UNS, IMPRUDENCE DBS AUTRES · texte numérisé non relu

VANITÉ DES UNS, IMPRUDENCE DBS AUTRES

et de vaisseaux furent perdus de part et d'autre. Ce ^nt des circonstances que vous apprendrez de tous les autres écrivains, et qui sont de peu d'utilité. Mais, m'arrétant à ce qui peut vous servir, je vous remarquerai que de la part des Anglais la vanité qu'ils avaient eue de se vanter trop tôt d'une victoire qu'ils n'obtinrent pas, les engagea dans un procédé tout àfait ridicule et les obligea ' à faire, par toute leur lie, des feux de joie pour leur propre défaite, comme s'ib eussent, en effet, vaincu : feux qui, dans leur allégresse impertinente, ne découvrirent que trop clairement à toute la terre quelle était la mauvaise disposition de cet État, dans lequel, pour conserver un peu d'autorité, le prince était contraint de se réjouir de ses propres pertes, et à tenir ses sujets dans l'erreur pour les empêcher de tomber dans la rébellion ^.

Et, à l'égard des Hollandais, je vous ferai observer, qu'encore que cette entreprise leur ait réussi, l'on ne doit pas conclure qu'ils aient eu raison de la faire, parce que, pour juger sainement des conseils, il ne faut pas toujours s'arrêter aux événements qui, selon qu'il platt au Dieu des armées, sont tantôt heureux, tantôt malheureux, mais qu'il faut nous servir des lumières qu'il nous a données pour faire , en toutes occasions, ce qui est le

prendre, toat à loisir, à db pas se vanter sitôt des choses dont ils étaient si mal assnrés. »

1» A et B, le développement commence par eeUe phrase : « ... à soutenir dans leur pa^s la bravoure qu'ils avaient foite et de peur que le peuple, qu'ils avaient flatté de respéranee d'une victoire ne se port&t à quelque fleheuse extrémité, s*il était informé de la perte du combat, ils furent contrainU de publier par tout le royame qu'ils étaient vainqueurs, et môme d'en ordonner des feux de joie... » (V. le Journal, p. &S.)

2. A et B donnent des réflexions générales, supprimées ici, sur la présomption, sur la vanité (V. le Supplément aux Mémoires de 1666, n* 6).

H6 MÉMOIRES t»OtJR 1666.

plus côhfoi*tiie à Id raison *. Et, sans chercher plds loin là confirmation de ce raisotinément, Voua verrez dans cette même année tes mêmes flottes combattant sur les mêmes principes, àvdir un succès tout différent.

Pour savoir ce qui retenait mes yaisseaui durant ce temps-là, il est besoin de vous reprendre le mariage de la reine de Portugal à Teiidroit où je Tâvais laissé Tannée dernière.

Après divers empêchements apportés par les Espagnols, cette affaire fut enfin absolument résolue ^. Nais ceux même qui avaient tâché d'eh empêcher la résolution, employèrent toutes sorteà d'artifices pour en éloigner encore l'exécution. Elle fut diverses fois difinSréé'.

Cependant je m'étais engagé à prêter huit de mes meilleurs vaisseau! pour le passage de cette princesse : lesquels je tenais toujours prêts pour cet effet *. En sorte que, quand je fis passer le duc de Beaufdrt dans TOcéail pour y poursuivie les Anglais, quoique ses forces fussent peîi considérables pour cette entreprise, je ne voulus fias qu'il se servit de ces huit vaisseaux, parce que Tambassâdeur de Portugal me faisait entendre qu'il

1. Le Sapptément aux Mémoires de 1666, o** 7, oontieot des réflexions sur le tof t que l'ob a de trop M confier à la fortune, de trop espérer.

2. Les textes A et B 1666 en parlent plus haut» à diverses reprises : B, t. Ilj r» 29 V*, cahier 5* ; A, t. Il, f* 259 V, cahkr 9*. A ee dernier endroit, on lit: « Le maria^ de madomoiselle de Nemours ayant éiéab- «Olutnent rêéoIâ,eb sorte qu'elle ine Tint dire adieu à Versailles coniliid étant fiur le point de faire voile en Portugal , son voyage fut pourtant différé Jtisqu'ao mois de Juin... • C'est ee qu'on voit, quelques lignes plus bas, dans notre texte C.

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