MÉDIATION ACCEPTÉE A LA LÉGÈRE PAR L'ESPAGNE
Entre autres anefois, cette affaire toute prête à se conclure, je m'avisai, pour gagner quelques jours, de proposer à la reine d'Espagne de me recevoir pour médiateur. Mais, contre mon espérance, la proposition fut acceptée, et l'archevêque d'Embrun, instruit par moi des couleurs qu'il lui pouvait donner pour ta rendre plausible, obtint le consentement de cette princesse. Il est vrai que, depuis, elle ne s'en voulut pas souvenir, et que, reconnaissant après coup combien légèrement elle s'était engagée, elle se vit réduite à la nécessité de se désavouer elle-même K
Tout le monde convient, mon fils, qu'il n'y a rien de plus malhonnête que de se dédire de ce que l'on avait avancé. Mais, vous devez savoir que le seul moyen de tenir inviolablement sa parole est de ne la jamais donner sans y avoir mûrement pensé.
L'imprudence attire presque toujours à sa suite le repentir et la mauvaise foi ^, et tout homme qui peut s'engager sans raison, devient en peu de temps capable de se rétracter sans honte ^.
Délibérer a loisir sur toutes les choses importantes, et en prendre conseil de différentes gens, n'est pas, comme les sots se Timaginent, un témoignage de fai- .
1 . L'explicatiOB de ce fait et les réflexions qui snlTent sont an cahier 18* des textes A et B. H y a très-peu de corrections an texte B (V. le Journal, p. 68» et p. 60 avec une note).
2. A et B, on lit à la suite: « Et il est difficile d'observer fidèlement ce que Ton a promis mal à propos. »
8. Ce dernier membre de phrase : « et toute personne qui peut... » est an texte A, t. II, r» 206 v»; au texte B^ 1. 11, f 128-124, il est reproduit, mais barré.
])l9f9ft PU ^e clépendaDCe, mais plutAt de prudence et d(i ^olidité. C*^st une n^axieoe surprenante, œais véirkaMe fartant, qu^ fieiçK qui, ppur «e montrer plus maîtres ài^ leur propre conduite, ne veulent prendre conseil en ^m àfn ce qu'ils font, ne font pfesqué jamais rien de ce qU'jls veulent. Et la raison en est que, dès lors qu'ils m^tM^pt au jour l^nrs résolutions mal digérées, ils y ^qqyent de si grands obstacles, et on leur y fait remarquer tant d'absurdités , qu'ils sont contraints de les rétr^oter eux-mi^mes, s^acquérant ainsi justement la réputation de faiblesse et d'incapacité, par les mêmes voies par lesquelles ils s'étaient promis de s'en garantir.
Les coqseils qui nous sont donnés ne nous engagent à lis suivre qu'en tant qu'ils nous paraissent raisonnables * , et loin de diminuer l'esprit de notre propre capacité, ils larelivent plfis assurément que toute autre chose, parce que tous les gens de bon sens sont d'accord ^ que tout ee qui se fait ou s# profAse d^ bon dans l'administra- Monde l'État, sedoit rapporter principalement au prince, et q|i^ii n-y a rien qqi fasse mieux voir son habiipté que lorsqu'il sait bien se faire servir et bien conseiller par jies pripdpau;)^ ministres.
|1 y a cette ^iïérwiOG entre le sage monarque et le
1 . A et B, OD lit de pini cette phrase : « Au lieu de partager oa d'afliiblir nplTQ aqtorMé, Ûi ntm fouroitseol trèe-flouvent Lei mojreiii (|e la releyer. ^ — C^ a» qUlimi 4« eei phri^ae» qQ# oginiiieiice le $• oahii^ d«« nntre texte C, t. Il, ^ 218.
^f 4f UlhPVii r*, la plMrfse lecon^nue d*abord «iii^l : % ... que c'est la sagesse du prince qui seule est la souioee fjènital)!^ j|e tQUS les iM^ps oqn^lf qu| lui sppt 4on»^. » Apràs iliYçrses correçUoos, un arriie à fic^: « ...que qpQl qu'il 80 fasff qij fe RTopow.,. <>*est tqujpuff I» lagoiye du prince qui seule ep est la source e\ le fondement, »
PRUDENCE NÉCESSAIBB I^ANS LES ItÉSOLOTIONS. 151
malavisé que 1^ dernier sera presque tonjonrs mal servi par ceux mAme quf passfnt pour les plushounôtes gen| dans le monde , au Ueu que l'autre saura très-souvent tiveF de bons services et de bons avis de ceux môme de qui rintégrité pourrait Atre la plus suspecte.
Car, enfin, dans tout ee qui reprde la conduite des hommes, on peut établir pqur un principe général que tous ont une pente secrète vers leur avantage particulier, et que la vertu des plus honnêtes gens est malaisément capable de les défendre de ce mouvement naturel, si elle n'est quelquefois soutenue par la crainte ou par Tespéranpe. Et ', quand même il se rencontrerai^ quelqu'un d'exempt de cette règle générale, c'est pn bonheur tellemeqt singulier que la prudence ne pemtet pas que ^ Von s'assure jamais pleinement de l'avoir trouvé.
Ainsi ' considérant les choses suivant leur cours or-' dini^re. dans lequel les hommes fuient le mal et recherchent le bien suivant qu'ils craignent ou qu'ils espèrent, il ^t certain que le prince malavisé, qpi nc^ sait pas faire Jouer ces grands ressorts, et qui * écoute et traite
1. CeAte pbr»M« aux textes A et B, eet plaeée «Tant celle qa'oD Tient de lire, fille eetUrrée au texte B, t. U, ^ 136 v«.
2. A et B, la pbrase s'aehève ainsi : « qi|'on se proineite <i*eo jouir toujours ni que l'oo prepne ses mesures sur ce fouéemcnt. •
3. Q^puis cet alinéa* outre les textes A et P, le Nsc. doaoe UB texte amérieur pour les ri^flexions qu'on \\\ ici, avec des développements que D'à pa^ conserrés noire texte C C'est un fragn^ent asses court (t. 111, f; 126-130), en tftte duquel ^ été mise cette observation: « suite du 13* ou cDiniDenceroenl du 14* cahier. » — Cette première phrase, ici même, commençait, comme les textes X» A et B, par ces mots: « P'où il arrive que le prince malavisé qui ne sait pas faire... » Le début actuel est une correction.
4. B.t. n, f* 126 v% cette phrafc: « et qui, sans distinguer le mal du bien, écoule et traite éga^emem t^qs ceu^ (|ui je servead » eM une addi^
également tous ceux qui travaillent dans ses affaires, Jaisse quasi nécessairement corrompre auprès de lui ceux même qui s'y étaient mis avec les meilleures intentions du monde, parce que \ comme rien ne les excite et ne les retient, ils se rel&chent ou s'emportent insensiblement suivant que leur humeur ou leur intérêt le désire, sans faire presque jamais aucune réflexion sur leur propre conduite. Au lieu qu'auprès du prince intelligent, les plus avides ^ et les plus intéressés n'osent s'éloigner tant soit peu du chemin qu'ils doivent tenir, parce qu'ils le voient toujours veillant sur leurs démarches ', et qu'au moindre égarement ils craignent de perdre son estime ^ et sa créance qui fait toujours leur premier intérêt. L'ambition de lui plaire ^ les oblige à veiller sans cesse sur eux-mêmes. Ils ne se permettent rien, parce qu'ils savent qu'aucun mal ne lui sera caché-, ils ne se ménagent sur rien, parce qu'ils sont persuadés qu'aucun mérite ne manque de trouver auprès de lui l'agrément qui lui est dù^ et, pour tout dire en un mot,
tion en marge. On a remanié le dernier incident de cette phrafle : « ... tout ceux qoi l'approchent ,»«... ceux qui entrent une fois dans remploi. »
1. Au texte X, t. III, f> 126, l'idée qui suit est ainsi traitée : c Gomme rien ne les excite et ne les retient, ils se négligent et s^écartent peu à peu de Tintégrité qu'ils deyraient suivre, et dans la pleine liberté dont ils jouisMut, ils font si peu de réflexion sur eux-mêmes que souvent, sans s'en être aperçus, ils se trouvent tout accoutumés à ne plus rien l^irc ni rien conseiller, que suivant leurs propres avantages. » Au texte B, t. Il, P* 127 v", cette phrase commence le cahier 14*. Elle y est barrée. On voit comment elle reparatt au texte C, avec des modiûcations.