‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 263 sur 302 · RÉFLEXION. SAVOIR PRENDRE AVIS DE SOI-MÊME · texte numérisé non relu

RÉFLEXION. SAVOIR PRENDRE AVIS DE SOI-MÊME

homme» habiles et oonsoifim^s qot ne viennent jafmais a eux sans préparation, et qoi cherchent toujours à prendre les avantages de leurs maîtres ^ .

Quelque notion que Ton puisse nous avorf donnée du sujet qui se doH traiter, un ministre étranger peut i toute heure, ùu par hasard, ou avec dessein , noas proposer de eerUtines choses sur lesquelles nous ne sommes pas préparés ^.

Et cependant ce qu'il y a de £âeheufx, est que les fausses démarehes, que fait alors un souverain, ne peuvent être désavouées par lui qu'en avouant son incapacité, et portent infailliblement leur coup ou contre l'intérêt de son État ou contre sa propre réputation '.

Mais ce n'est pas seulement dans les négociations importantes qu'un prince doit prendre garde à ce qu'il dit. C'est même dans tes discours les plus ordinaires qu'il est le plus souvent en danger de faillir^. Car il faut bien se garder de penser ^ qu'un souverain, parce qifil a l'autorité de tout faire, ait aussi la liberté de tout dire. Au contraire, plus il est grand et considéré^ plus il doit considérer lui-même ce qu'il dit. Les choses qui ne seraient rien dans la bouche d'un particulier deviennent souvent importantes par la seule raison que c'est le

1. A, la phrase a été refaite et coiii|)lélée en interligne. 1. A« on Ifl de plos : « Et il n*y a que votre propre sagesse qui vous puisse donner conseil en ce momenl-là. »

3. A, kl phrase, par eerrMtion, est à peu près ainsi ; elle était d'abord aHengée et de forme langahsante.

4. A, la phrase est complétée de cette manière : « C'est une contrainte sans doute Tàchense, mais absolument nécessaire à ceux de notre condition, de ne parler de rien à la légère. »

&,. A, la phnse eommenoe ainsi : « C'est une chose étrange qu'un souverain... n'ait pas... »

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prince qui les a dites ^ Surtout la moindre marque de mépris qu'il donne d'un particulier ne peut qu'elle ne porte à cet homme un préjudice très-grand, parce que, dans la cour des princes , chacun n'est estimé de ses pareils, qu'à mesure qu'on le croit estimé du maître. Et de là vient que ceux qui sont ofiensés de la sorte portent ordinairement dans le cœur une plaie qui ne finit qu'avec la vie*

Deux choses peuvent consoler un homme d'une raillerie piquante ou d'une parole de mépris que son semblable a dite de lui : la première, quand il se promet de trouver bientôt occasion de lui rendre la pareille, et la seconde quand il peut se persuader que ce qu'on a dit à son désavantage ne fera pas d'impression sur ceux qui Font entendu. Mais celui de qui le prince a parlé sent d'autant plus vivement son mal qu'il n'y voit a%icun de ces remèdes^. Car enfin, s'il ose parler mal de son maître, ce n'est au plus qu'en particulier et sans pouvoir lui faire savoir ce qu'il en dit (qui est la seule douceur de la vengeance). Et il ne peut non plus se persuader que ce qui a été dit de lui n'a pas été écouté, parce qu'il sait avec quel agrément sont tous les jours reçues les paroles de ceux qui sont en autorité.

Ainsi je vous conseille, mon fils, très-sérieusement, de ne vous jamais rien permettre sur cette matière , et

1. A, (^ 87 v«) à cette phrase en est rattachée une autre par une virgule :«..., et à peine peut-on prononcer un mot dans lequel toujours quelqu'un ne se trouve ou du moins ne se croie Intéressé. » Idée qui reparaît plus bas dans le texte C, à la seconde phrase du dernier alinéa de la réflexion. — Jusqu'à cette phrase de notre dernier alinéa, tontes les idées intermédiaires exprimées dans notre texte G manquent au texte A.

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