ÊTRE RÉSERVÉ DANS TOUTES SES PAROLES
de considérer que ces sortes d'injures non-seulement blessent ceux qui les ont reçues, mais offensent même bien souvent ceux qui feignent de les entendre avec le plus d'applaudissement, parce que, quand ils nous voient mépriser ceux qui nous servent comme eux, ils craignent, avec raison, que nous ne les traitions de même en une autre rencontre K
Car enfin vous devez poser pour fondement de toutes choses que l'on ne pardonne rien à ceux de notre rang. Au contraire ^ il se trouve souvent des paroles très- in-
i. Cet alinéa paraît tenir la place d'un autre, auquel des éditeurs antérieurs ont attaché une aeses grande importance. Voici l'autre alinéa tel qu'on le lit dans les textes imprimés en 1806 par Grouvelle (Œuvres de liOiiis XIV, t. U, p. 2U), et par Gain-Montagnac (édit. en 2 tomes des Mémoires de Louis XIV, V. l'avertissement, t. I, p. ti-ix): « Et les rois ne doivent pas se flatter, sur cette matière, Jusqu'à penser que ces sortes d*tnjures s'oublient par ceux auxquels elles sont faites ni qu'elles leur puissent demeurer inconnues. Nousavonsdit ailleurs que tout ce qu'ils font et tout ce qu'ils disent est toujours connu t6t ou tard; mais ce que l'on peut dire de particulier, c'est que ceux même devant lesquels Ils parient et qui feignent d'applaudir à leurs railleries sont souvent offensés dans leur Ame, principalement lorsque le prince les fait contre des gen»qui sont attachés à son service, parce qu'ils appréhendent de lui le même traitement. • D'après Gatn-Montagnac, ces réflexions auraient été complétées de la main même de Louis XIV : Grouvelle, de son c6lé, déclare que ce paragraphe se trouve en marge de la minute, et qu'il a été sans doute ajouté depuis qu'elle avait été écrite, comme une réflexion survenue en relisant tout ce morceau. « On en juge, dit-il, par l'écriture qui est la même que celle de 1^ minute, mats dont le caractère est moins bon, tracé avec une mauvaise plume, à la hâte et probablement sous la dictée.» Nous avouons ne pouvoir contrôler ces deux jugements, l'alinéa dont il s'agit De figurant pas dans notre texte A msc. Le f* a-t-il été arraché depuis que ces deux éditeurs en ont pris connaissance? Ou bien tous deux ont-ils jugé, non sur le Msc. même, mais sur une copie qui n'est pas à notre disposition?
2. On avait d'abord commencé la phrase comme au texte A : « A peine pouvons-nous prononcer un seul mot indifférent. • Ce début a été blflé.
198 MÉNOUES POUR 1666.
différeotes et dites par «mis sans aucun dessin , qui sont appliquées par ceux qui les entendent ou à euxmêmes ou a d'autres aux(|uel$ souvent nous ne pensons pas. Eiy quoiqu'à dire vrai nous ne soyons pas obligés d'avoir égard, en particulier, à toutes les conjectures impertinentes, cela nous doit pourtant obliger en général à nous précautionner davantage dans nos paroles, pour ne pas donner du moins de raisonnable fondement aux pensées que Ton en pourrait former au désavantage de notre service * .
Du côté d'Italie, je n'avais pas alors de grandes affaires. Il s'était formé une difficulté à la cour de Savoie ^ sur le traitement que la nouvelle duchesse y devait faire à mon ambassadeur, parce qu'elle prétendait ^ agir de même façon qu'avait fait la feue duchesse ma tante. Mais je fis considérer au duc son mari, qu'encore que cette princesse, comme sa femme, portât dans ses États le même titre que sa mère, elle ne devait pas prétendre que dans le reste du monde on la considérât de la même sorte ] que la qualité de fille de France avait de tout temps donné des prérogatives toutes singulières, et que même autrefois, les princesses qui en étaient honorées (à quelque prince qu'elles se mariassent) , conservaient
1 . La réfleirioB générale se prolonge aa texte A (V. le Supplément aux Mémoires de 1666, n« 16).
2. Au texte A, ces foiUsont au 3&^ cahier (t. IIT^ f 10). V. le Joarnal, p. 70. — A» on Ut de plus ceci t « incontinent aprèe le mariage dn due. •
3. A. « avoir en toutes choses les mêmes honneurs qui araient antrefois été rendus à la feue... comme étant, diiatt-elle, dans les mêmes droits. 9