‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 27 sur 302 · Ibid,, p. 49 et soiv · texte numérisé non relu

Ibid,, p. 49 et soiv

ÎIN JOURNAL, 1666-6T, CORRESPOND AUX PBOfLLETS DU ROI. XXXV

les Fevillets en septembre et en octobre 1666, et dont le ioomal ne parle pas; mais ils se retrouveront dans les Mémoires.

n n'y aurait rien d'étonnant à ce que des indications de^ Feuillets eussent été abandonnées : dans la politique, rimportance des événements n'est que relative. Au moment de l'action , tous les actes paraissent utiles ; mais que d'ordres qui restent sans effet, que de combinaisons qui avortent! Quand la réflexion s'applique aux faits à une certaine distance du moment où ils se sont accomplis, s'ils n'ont pas porté coup, on n'en parle plus, on les laisse rentrer dans le néant. Cette abstention du Journal à l'égard d'événements, ou d'intentions que les Feuillets signalent, sert à prouver que les Feuillets sont les premiers en date et que c'était sur ces brèves indications que Louis XIY dictait les détails et les réflexions du Journal.

L'usage qu'on voulait &ire des Feuillets n'est pas dou-* teux. « Notes pour servir aux Mémoires, » voilà ce qui est écrit sur le Feuillet d'avril 1666, de la main même du Roi, à ce qui semble. Tout commentaire serait superflu.

On serait trop heureux d'avoir beaucoup de Feuillets du Roi.

L'année 1666 est la plus riche : encore ne donne^t-élle rien avant le mois d'avril. Les seuls mois désignés au milieu des pages sont : avril, juin, septembre et octobre. Juin et octobre sont les plus développés. Un fragment sans date est certainement de la même année puisqu'il correspond aux derniers articles donnés par le Roi dans le Journal de 1666 au 23 décembre.

Quant à l'année 1667, elle est moins complète 4ans les

XXXYI DE U €01IPOSmON DES MÉMOIRES.

Feuillets et dans le Journal. Nous n'avons en tout que deux Feuillets, écrits chacun de quatre côtés, sans aucune désignation de mois. Lors môme que la date de l'année ne serait pas inscrite au commencement et à la fin, en comparant ce texte avec celui du Journal de 1667, on reconnaît la similitude des faits et des idées.

On ne peut se défendre d'un certain respect, d'une sorte d'émotion en face de ces petites pages, oii le Roi écrit lui-môme, marque en traits incisifs, sans aucun soin du mot et de la phrase, ses actes et ses desseins. On n'éprouvait pas la môme impression, devant l'aperçu de finances de 1661 à 1665, où il n'est parlé du Roi qu'à la troisième personne, sans doute parce que le texte primitif a été altéré par un copiste. De plus, cet aperçu contient des réflexions glissées par une main étrangère ; on s'en est servi comme d'un brouillon pour l'adapter à un travail nouveau. Les Feuillets de la main royale, au contraire , n'ont subi aucune addition , ils sont intacts et sans mélange. Aucune des mains étrangères qui ont concouru au Journal, n'a osé y faire une correction ou y ajouter un commentaire. Et on a plaisir aujourd'hui à voir à la Bibliothèque impériale ces feuilles petit in-quarto enchâssées avec soin dans de grandes feuilles blanches qui les conservent.

Le Journal de 1666 et 1667 n'est pas de la main de Louis XIV. Elle ne s'y montre nulle part, il faut l'avouer tout d'abord ; mais le Journal est certainement, sauf la main, l'œuvredirecteduRoi.Ne croirait-on pas Louis XIV présent, lorsqu'il nous est montré tel mois, tel jour : ici remettant des feuillets contenant plusieurs articles que Sa Majesté explique elle-môme, là commandant de faire

LE JOURNAL EST DICTÉ PAR LE ROI. XXXVll

une réflexion? Ailleurs, il est dit : a H faudra faire souvenir le Roi de m'expliquer...; » et ceci : « Le Roi m'ayant mandé pour lire quelque chose de ce que j'avais fait, me dit {>ar avance sur ce môme mois... » C'est, en quelque sorte, le Roi qui parle et qui écrit , il dicte, il cause, il développe lui-même le détail des faits et les réflexions que les faits lui suggèrent ; la leçon sort de sa bouche quelquefois sous forme de sentence, c'est un oracle qui s'impose, quelquefois avec un peu d'hésitatioQ et en termes moins brefs, c'est un avis qui pourrait souffrir la contradiction. On aimerait voir les contradicteurs : mais est-ce chose possible avec Louis XIV? S'il daigne associer des mains étrangères au travail de sa pensée, il n'inspire pas une confiance assez douce et assez bienveillante à ses timides auxiliaires pour qu'ils osent placer un mot d'opposition à côté de ses jugements. Ils sont tout entiers dans le courant de ses idées, ils les continuent et les développent dans le même sens. Si on doit leur attribuer quelques-unes des pensées isolées qui s'ajoutent au texte dicté, ou qui couvrent les marges, on reconnaît qu'ils ne jugent pas autrement que le Roi, et qu'ils ne font que renchérir sur la bonne opinion qu'il a de sa force, de ses vertus, de sa fortune. C'est un vrai ton de Roi, vif, accentué, impérieux. Des pages qui dénotent un esprit si ferme et si confiant en lui-môme, un langage si net et si positif, accusent mieux son caractère que ne feront les récits trop longs et souvent déclamatoires des Mémoires , dont tout le fond est emprunté au Journal. Disons, à la louange du Roi, que la plupart des réflexions saines , des appréciations justes, qui seront étendues sur le tissu lâche des Mémoires, et noyées là dans les froids ornements de phra-

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