SILLETS DB LA MAIK DE PÉRIGNT. XLVII
Voici ces deux billets qui font partie des papiers saisis après l'arrestation de Fouquet. Ils sont en assez mauvaise compagnie, au milieu de lettres d'espions, d'affidés misérables du surintendant : plusieurs correspondants sont des femmes dont les mœurs et Torthographe font frémir. Les deux billets ont été plies pour être envoyés dans un paquet, ou dans une autre lettre. On ne sait à qui ils sont adressés, mais c'est certainement à une des personnes qui approchaient le plus intimement de Fouquet, alors procureur général en même temps que surintendant. U suffit de rappeler, pour les comprendre, que Périguy était membre du parlement de Paris.
Dans la reproduction du premier, nous ne changeons rien à la forme des mots, afin qu'on juge de l'orthographe, qui ne sera pas meilleure dans les additions et corrections soit du Journal, soit des Mémoires de Louis XIV \
c Vendredi au soir.
€ La répugnance que iay à demander et la creinte de devenir «Bcomode a ceux qui me font Ihoneur de me Toaloir du bien mon fait faire mUe reflections fasctieuses sur la demande que je vous ay prie de faire |M>ur moy. Mais pour faire conoistre a monsieur le P. G. que je n^agis pas en cela par un esprit de mesnage tnais par Il seule nécessité de loccasion présente, je vous suplie de luy dire que si ëes aprésent jestois eh possession du bien qui me doit ve- Bir qoelqtie jour je saurois bien me passer du secours qu'il ma fait Iboneur de m'offrir et naurois besoin que de sa faveur ; mais que mesme dans lestât présent si au lieu de me rembourser le
1. Bibl. imp. Mic Baloze* Arm. V, Paquet 4, n" S, L. I, iU'f*.— Pour le premier billet, 1. 1, f 1S7, ISS. Pour le second, t* 182, 188. Le r^seul •itéerit.
XLVIII DE LÀ COMPOSITION DES MÉIfOIRES.
fous de mes quittances il Iny plaist de m'assigner un simple usufruit pour quelques années en telz drois qu*il lui plaira dont il retiendra le fons y je seray infîniement satisfit de sa bonté parce qu^elle me donnera moyen de payer les arerages des sommes que Je seray contreint d^emprunteren attendant qu*il me Tiene de quoy les payer da mien.
c Ou bien encore s*il voulait me faire vendre des rentes ou des gaiges à bien bon marché et faire prendre pour argent mespromes* ses payables a longs termes.
c Je sais bien que tout cela ce sont des aulmones travesties, et C*est ce qui me fait rougir. Mais j*ay assez de courage pour espérer que par mes services a venir je me porgerois d*une partie de la bassesse que je fais à cette heure.
<c Je suis tout k vous, « Periont. t
On aime autant ne pas savoir de quel genre de bien M. de Périgny a dû être reconnaissant envers M. le procureur général qui se servait de ses pouvoirs de surintendant pour recevoir ou pour accorder de honteuses faveurs. D'assez honnêtes gens ne croyaient pas voler l'État en demandant l'usufruit de droits qui devaient revenir au Trésor, des ventes à vil prix ou des aliénations de gages, dont le Trésor encore faisait les frais. C'est, de cette manière , chacun prenant un peu, que les aliénations piontaient, au moment de l'arrestation de Fouquet, à plus de 46 millions.
Le second billet est une négociation qui concerne plus particulièrement la position du magistrat au parlement : le conseiller de la cour voulait devenir président aux enquêtes. Pellisson, alors si puissant comme premier com-
ACTRB BILLET DE PÊRIGNT. XLIX
mis du surintendant, parait avoir été l'intermédiaire. Car la lettre qni, dans le volume, précède celle-là, et qui probablement la contenait, et lui servait de passe-port, commence par ces mots : « On m'a prié d'envoyer cette lettre à M. Pellisson pour vous la rendre promptement... ce 2 mars. » Le billet de Périgny, identiquement pareil pour l'écriture au premier cité, n'a pas de signature :
€ Comme je fermais ce billet , on est vena me dire qae te traité de M. de Fou. fat hier signé avec M. de L. V., qai a vendu et donné procnration ad resignandum en qualité de curateur.
t Cela fait changer de face à notre affaire, et me fait perdre toute prétention d'entrer comme premier en la 3*, parce que je ne crois pas que je me doive attirer une concurrence sur les bras. Mais cela ne nous exclurait pas de l'ouverture que je vous fis hier d'échanger aveé M. de Maupeou, parce que lui, paraissant contre un homme qui n'a pas le service, la chose serait sans difficulté, et par cet expédient plusieurs choses s'ajusteraient toutes à la fois. M. L. P. G. {Fomquet), verrait toujours la première place de la 3* et la seconde de la Première remplies par deux hommes dépendants de lui ; et J'essaierais de prendre de M. de M. et de lui donner de mon côté les instructions nécessaires pour servir utilement chacun dans son Booveau poste.
c M. de M. aurait une place de premier au Keu de celle de second qu'il occupe. Et moi je serais sans compétiteur et n'aurais personne intéressé à traverser ma réception.
c Outre que j'aurais moins d'argent à fournir parce que M. de M. contribuerait quelque chose pour la primauté, et M. de G. (sans doute 6ti^n^^oii({) se relâcherait de prix, ne considérant plus sa charge comme première et ne sachant pas l'usage que l'on pourrait faire de sa primauté.
« Mais le secret et la diligence sont infiniment nécessaires en cette affaire. Si on l'agrée, vous m'obligerez de me faire au plus I. d