S.Fr. 2281, t.l,f
LX DE LA COMPOSITION DBS MEMOmES.
Allons, bâtOD8*nous d*y courir ^ .
Ceux dootle ciel nous fit descendre Nous montrent le chemin que nous avons à prendre» Et ce fer saura nous rouvrir.
L'on pourrait encore mettre sur le pommeau une autre devise dont le corps serait un croissant, et le mot : Cres^ cere festinaty expliqué par ces vers :
Prince, déjà le champ de Mars
Se montre ouvert de toutes parts.
Hélas ! à voir Tardeur que Ton y fait parottre. Tous les lauriers sans nous vont être moissonné^ : Nous ferons bien de nous hâter de croître. »
Voilà à quel emploi de sa*muse doit se résigner un précepteur de prince, s'il a eu le malheur d'écrire des vers de ballet : ni Monseigneur, ni Louis XIV n'eussent demandé une pareille frivolité littéraire à Bossuet; Périgny portait la peine de son genre d'esprit.
Les fonctions de l'éducation royale avaient donc déjà commencé pour lui. Sa nomination officielle à cette charge est du 9 septembre 1666; la Gazette^ en l'annonçant le 18, ajoute que depuis plus d'un an il faisait Tofûce de précepteur. Monseigneur avait cinq ans au moment de la
1 . L'idée de ees quatre vers est retournée, sur le brouillon de Périgny, de deux manières différentes dont nous faisons grâce au lecteur. Il a l'air d*un véritable écolier 8*exerçant à des bouts-rlmés. Le voilà cherriiant les mots qui poissent aller avec courir : secourir, couvrir, niourir, fleurir, périr, guérir, flétrir; avec chemin, romain, dessein. On croirait qu'il a sous la main le Diciionnaire des rimes de Richelet, qui était dans toute sa nouveauté ( Paris, t667, in- 12).
IL DEVIENT PRÉCEPTEUR DO DAUPHIN. LXl
nomination ofOcielle. Il est à croire que si même ayant cet âge Périgny avait été appelé par la confiance du Roi auprès de son fils, c'était à cause de son titre de lecteur '. n était mieux placé que personne pour lui offrir les premières distractions sérieuses qui conviennent à un si jeune enfant. Il y eut ainsi une sorte de noviciat à l'éducation : Périgny se faisait connaître et estimer chaque jour davantage. Le Dauphin était comme un intermédiaire et un lien de plus entre lui et Louis XIV. Ses qualités so« lideSy son bon sens, ses vues politiques et morales furent mises à Tépreuve dans le commerce assidu qui résultait du travail secret du Journal, commencé au mmns avec Tannée 1666. Lorsqu'il fallut en venir à un choix définitif, Périgny put espérer les suffrages du Roi ; il n'était plus inconnu. Mais une position si belle ne s'obtient pas sans lutte : les rivaux sont nombreux pour toute place à la cour. Les ministres avaient leurs candidats. Colbert avait demandé à son frère, l'évoque de Luçon, de lui désigner les CI personnes de lettres d qui lui paraissaient les plus dignes d'être proposées au Roi. De^là un mémoire envoyé
1. Noos ne touIom pas jouer sur les mots ; mais le lectenr da Roi i peat-èire contribaé h apprendre à lire au Dauphin. Nous trouvons» dans nos manoscrils, des conseils qui semblent adressés par lui à l'auteur de quelque abécédaire (s. Fr. 2281, t. I, f« 114 r*"). « H faut, au oommencernent, mettre tout l'alphabet en quatre colonnes, de six lettres ehaeone, deux en chaque page; puis continuer comme le dernier livre que TOOsaTex fait, faisant d*un côté des syllabes de deux lettres et dans l'autre de trois. Mais il y en a quelques-unes à changer, parce qu* elles ne sont pas usitées. Vojes comme Je voudrais qu'elles ftissent :
ba bar | ca era | da dal | fa fia | ga gna | ha hac | Ja jas | la lar ( ma mas | na nam | pa pra | qua qu'as | ra rat | sa sal j ta tra | va var | xa xas I sa sam | ; que le eôté des deux lettres ne soit pas si écarté. »
LXII DB LA COIIPOdtnON DfiS MÉMÔtlIKS.
de LuQon le 9 février 1665 et une autre lettre de Tévéque ao surintendant sur le même sujet S où sont appréciées quinze personnes, toutes <( gens de qualité et d'un mérite fort rare, o mais toutes gens d'Église et, pour cette raison peut-être, ayant moins de chance d'être agréées de Louis XIV. Le nom de Bossuet n'est pas du reste sur la fameuse liste. Périgny, longtemps, trembla de ne pas réussir; ses incertitudes et ses angoisses percent dans une phrase isolée jetée sur un coin de notre manuscrit, et qui est sans doute un fragment de brouillon pour une requête adressée à Sa Majesté : « Je ne doute point que les défauts qu'elle a reconnus en moi ne doivent m'éloi-' gner tous les jours de plus en plus de cette prétention. Mais si mes compétiteurs s'étaient exposés d'aussi près que moi aux yeux clairvoyants de Votre Majesté, peut-être qu'elle n'aurait guère meilleure^..» Le fragment. s'arrête Ut : il est facile de conjecturer comment il aurait continué.
Le choix de Périgny fut vraiment un acte de roi. Quoique Louis XIV eût habitué la cour à le voir se passer de l'avis de ses ministres, on s'étonna ; et Turenne, en annonçant dans la rue la nouvelle à Olivier d'Ormesson, lui jeta ces mots, qui peignent la surprise générale : « Sans la participation de M. Ck)lbert et de M. Le Tellier ' ! n
1. M. Floquet (Éludes sur Bossuet^ U 111, p. 3-^) cito les deux pièces autographes, et 4loBDe les noms des eaDdidats de Nicolas Golbert. Parlaaide Périgny, U voudrait faire croire que le monarque « eut quelque honte » de son choix 1 (P. 20.)
2. S. Fr. 2281» t. U f» 114 r*. Remarquons que cette page (^ 114} est celle sur laquelle Périgny s'oceopaii tout à Theure de TA 6 C, sans doute pour le I>aophin (V. p. lxi, note 1).
3. Journal d'Ormesson, t* II, In-T', p. 13S, cité par M. Floquetypb 2K
CI QBtix fftmmm nu», LXtif
Louis XrVy par une faveur méritée, se créait de nouveaux droits au dévouement éclairé d'un collaborateur discret qui, en préparant ou en revisant ses Mémoires, contribuait, d'après les idées du Iloi, à l'éducation politique et morale du Dauphin.
LXIV DE LA COMPOSITION DBS MÊNOntES.
Le Journal du Roi, base excellente d'InstracUons pour le Dauphin. — Examen d'ouvragea contemporains d'histoire, de morale ou de religion, qui tendent au même but. à riniEtroction du prince, et qui ont pu donner Tidée des Mémoires. — L'abbé de Brianville. — Le P. Senaut. — Le P. Lemoyne. — Claude Jol j, traducteur du CodàciUe cTor. — Ineidemment le duc de La Rochefoucauld.
Si réducation morale et politique d'un jeune prince peut se préparer par les livres, le moyen le pins direct et qui a le plus de chance de succès est celui que Louis XIV résolut d'employer en se servant des faits qu'il avait recueillis pour sa propre histoire, et en y adaptant des réflexions qui eussent chacune leur à-propos et qui, abritées ainsi derrière des objets sensibles et vivants, empruntassent à la réalité une autorité plus persuasive, une valeur plus pratique. Là les conseils sont enfantés par les événements de chaque jour ; une vertu, un vice, un ridicule, ime faute politique, toutes les intentions bonnes ou mauvaises des hommes et des peuples sont saisies au moment où elles se produisent et mises à nu sous les yeux de l'enfaut. 11 en apercevra, avec un peu d'aide, les vraies causeset les conséquences immédiates, parce qu'on l'aura habitué à regarder de près chaque incident particulier. Se sentant au milieu de faits et de personnages contemporains, il accepte plus aisément les leçons sous lesquelles il peut mettre des noms, des portraits connus. Ne serait-ce pas