‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 46 sur 302 · LXXVI DE LA COMPOSITION DES MÉMOIRES · texte numérisé non relu

LXXVI DE LA COMPOSITION DES MÉMOIRES

ner de la couleur, du relief aux éyénements , ils les ont relégués au second plan et sacrifiés; la leçon abstraite et vague s*est trop souvent substituée au spectacle des faits qu'on aurait dû rendre instructif et parlant. Aussi verrezvous s'étaler, dans les Mémoires, et trop au large, toutes les questions du P. Senault. Pour le prédicateur qui a un fonds inépuisable de doctrine, les devoirs du souverain sont un sujet de morale chrétienne comme un autre, il s'adresse à tous les princes sans qu'il y ait rien de particulier pour aucun; l'ouvrage est impersonnel : Tauteur n'a pas un client auquel il s'intéresse, c'est une semence jetée à l'aventure, on ne sait pas sur quel point de la terre elle fructifiera. Mais des instructions destinées à un enfant qu'on voit croître tous lesjours,au fils d'un Roi dans l'intimité duquel on est admis à vivre, si elles restent dans ces voies neutres, ce sera de la maladresse ou de l'insouciance. Nous croyons au zèle des rédacteurs; ils se sont, par imitation, érigés en philosophes de l'école, et ont dépouillé leur rôle de précepteurs et d'historiens.

Le P. Senault a pu séduire M. de Périgny par sa forme méthodique d'enseignement. Un jésuite, le P. Lemoyne, avec ses allures de poète, acheva de le perdre : il lui offrit l'appât de généralités de même nature dans un ouvrage de 1665, in-folio, VArt de régner. Cet autre vétéran de l'Église se croyait le favori de toutes les muses. Dans sa Dévotion aisée, il avait voulu, pour les dames, « joncher de roses et border de jasmin » le chemin du paradis : ce qui lui avait valu les sarcasmes de Pascal. Un poème épique en dix chants sur saint Louis l'avait laissé bien au-dessous de Chapelain. Le voici le mentor des rois. Le livre s'ouvre par une magnifique préface adressée

LE P. LEMOTNE. UXVll

à Louis XIV : tout y est hyperbole ; pour des conseils yraiment utiles, on eu ehercherait eu vain. Suivent des pièces de Ters, des devises rimées, dans le goût de la paraphrase des Psaumes pour laquelle Périgny a prêté sou style ^ La Prose du bon père fait l'effet d'un jardin tout eu fleurs. Il ne sait pas écrire autrement. Lorsqu'il a composé une histoire de Louis XIII pendant le ministère de Richelieu sur des Mémoires que lui communiqua la duchesse d'Aiguillon, le moindre reproche qu'on lui ait lait c'est que son travail sentait un peu la poésie '.

Biais le poète, si poète il y a, se souvient avant tout qu'il est théologien et des plus subtils. Pour l'art de régner, il distingue la fin, les dispositions, les moyens, les aides» La fin est double : le bien des peuples et la gloire du prince, surtout dans l'autre vie. Les dispositions à bien régner sont : la piété, la probité, la modération. Dans le discours sur la Piété, on trouvera l'obligation d'extirper l'hérésie, de châtier l'impiété, surtout chez les grands, de rendre obéissance et d'accorder protection à l'Église. H y a bien des passions à contenir par la modération : l'or*goeil, l'amour, le plaisir, la colère. Contre l'orgueil, des leçons de modestie nous viennent de la nature, de la philosophie, de la foi. L'amour peut être héroïque; distin* gaonsdonc l'amour héroïque de l'amour vulgaire. L'ami^ tié n'est pas défendue aux princes; leurs favoris doivent avoir les grâces de l'esprit et les grâces du corps. Quant à la colère, elle est la moins royale de toutes les passions.

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