‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissements (volume 2)Chapitre 52 sur 302 · ANTÉCÉDENTS DE CLAUDE JOLT. LXXXV · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS DE CLAUDE JOLT. LXXXV

dans l'ouvrage de 1652. Mais en 16S2 l'écrivain se donne carrière en un style plus libre et plus animé. En 1665, on est forcénient calme et contenu, c'est le ton de l'histoire, c'est un travail d'érudit; en 1652, on dogmatise, on prend de» conclusions contre un ministre détesté. Plus d'un lecteur, en face des pages modérées de 1665, se sera sou- Tenu, grâce surtout à la nouvelle édition de 1663, des témérité de 1652 : il est à croire que Claude Joly n'en aura pas été f&ché.

Pour la forme de la composition, l'ouvrage d'Érasme, traduit par Cl. Joly, ne ressemble pas aux Mémoires du Roi. C'est une suite de quatre-vingt-treize aphorismes : la parole y est donnée souvent à Platon, à Aristote, àXénophon , quelquefois à Homère , à Salomon, à l'Évangile. Érasme, et d'après lui le traducteur moderne, se fidt le porte-voix des idées d'autrui , de môme que l'abbé de Brianville a orné son Abrégé cThistoire de réflexions d'emprunt. Quelques-unes devaient plaire à Cl. Joly, comme eelles-ci : « Le prince a toujours de quoi travailler pour améliorer la condition morale ou matérielle de son peuple ; il n'a jamais besoin, pour éviter l'ennui ou Toisiveté, ni de faire la guerre ni de passer les nuits à jouer aux cartes ou aux dés.» Une dizaine d'aphorismes sont lancés, à la fin de l'ouvrage, contre la guerre, fléau des nations. Érasme en éloigne le futur Charles-Quint; Cl. Joly n'y pousse pas le Dauphin. La doctrine du Père Lemoyne était mieux appropriée, nous l'avons vu, aux goûts de Louis XrV : son dernier discours est la justification de l'emploi des armes, non-seulement pour la défense, mais pour la conquête. Les rédacteurs des Mémoires du Roi penseront comme le Père Lemoyne.

lxxxt! de là coBtPOsmoif dès ItemoitiEs.

Léii exèih|)léè et les préfdcàUoils tiè léuf âdàhiitiaiéiit donc pii pour itlsthi{t*é le Dauphin en louaiit le Roi. Lés auteur^ les hioinà enclins à la flatterie proposaient titi noble but àù royal enfant en lui offrant pour taodélê Louis Xn ou Henri IV qu41s rië reconnaissaient pas danè son père. La prëfeice française du Codicille itot^ a t)i(lûé ail jeti Përigtay. Ce père du peuple, dont Cl. iol^ h*edtre- Toit qu'ilhè itoage effacée dans lé lointain dé notre histoire, le lecteur du Roi prétend que Dieu Ta rendu à îa Fiance ; Téludè rilôhalè et politique dé quelijùes années de la tife de Lduis XTV doit suffire à le prottTeK Mais le Jodrilâl du Rôi va dégénérer en un commentaire tagùe et pom^eui, à Timitation dei ou^fagés du Père Senaiiit et du Père Lèmofne. Là thèse générale dès deut iiuteufs ecclésiastiques stii» \€i devoirs du souverain ou sui^ l*ârt dé rëgtiêr fait trop sbùvèht perdre de vue là dèstînaiîotl dfe tes ittStructioiïà, particulières ald Datiphîn. Oh i'est crà as^ei: dé tÀlehtpou^ ne pascorhposèr un pastiché en toute langue, dans le géhi-e deâ Réflexions politiques dé l'abbé de Briativiliè; on â voulu pènsêt él écrire Hbretaeût^ ttkâîà; après avoir essayé, par lé Jourftal, de couler en moulcj du premier jet; des sèntenéés à la fâ^oùde La Rocliefôûcauld, on les à étendues dans dès dissertations qui n'àtlèighttit pas le but, quoiqu'elles nesdiënt pas dépourvues dé tottté valeur littéraire.

L'éloge ou li critique qu'on peut eu faire né s'adnfes^ pas seulement à Périgny et aux aut^s rédacteurs anonymes, mais à Louis XIV lui-même, sous lés yeux duquel elles ont été compoàôés ou corrigées, puisqu'il y a trabé de sa main sur quelqiies-tinés de§ cô]^ieà. Par quelle déviation en sera-t-il venu de la rédaction ri sobre, sf sècliè

INFLUENCE DE CBS DITERS ÔnVRAGE^. LXXXvil

de ses Feuillets, déjà an pea développés dans le Journal, aux amplifications des Mémoires ? Les grains d'encens semés à toutes les pages ont tristement fructifié. Épris de la grandeur de son œuvre politique^ il s'est complu dans ses Mémoires comme dans un miroir fidèle. Le cadre, il est vrai, en est vaste et orné, mais la glace en est terne et illégale, elle n'a ^as la limpidité et la belle lumière que lui auraient données des ouvriers plus habiles. Au lieu de Pérignj ou de quelque autre rédacteur secondaire , qtle la fortune ait placé alors sous le regard inspirateur de Louis XIV un Bossuet ou un Voltaire, ses Instructions fonr lé Dauphin auraient ^u être un chéM'œiivre de politique et dé style.

LXXXVItl DE LA COMPOSITION DES MÉMOIRES.

VU

Le Dauphin ao momeot de la rédaction des Mémoire qui lui sont dei- Unés. — Les naiêtances légitimée dans la maison royale et les enfants de mademoiselle de La Vallière. Début de madame de Montespan. — Sollicitude paternelle de Louis XIV. — Lettres du Roi à la gouTornaote des enfants de France, madame la maréchale de La Motte.

Louis de France, le Dauphin, n'a que sept ans lorsque les Mémoires du Roi sont rédigés pour son instruction. C'est encore un bien petit personnage. Mais les princes de haute lignée comptent dans le monde du jour de leur naissance : la politique et la flatterie leur composent une histoire qui prend à leur entrée dans la vie, et môme, on peut dire, au sein maternel. Leur berceau, entouré d'une auréole poétique, resplendit aux yeux de la foule des courtisans plus que la vie entière desplus utiles et desplus vertueux citoyens; on saisit avec enthousiasme leurs premières paroles , leurs plus minces actions ; ils sont quelque chose avant d'avoir rien fait. Pour beaucoup, l'enfance est le seul moment de leur vie où on ait quelque plaisir à s'en occuper: ils promettent. Vienne l'âge d'homme; leur nullité ressort par l'éclat de tout ce qui les entoure et les écrase : ils ont avorté. C'est ce qui est arrivé au Dauphin.

Quelques semaines après l'arrestation du surintendant

Fonquet , qui était un signe non équivoque de la résolution de Louis XIV de gouverner par lui-môme, la naissance du Dauphin (1*^ novembre 1661) à Fontainebleau , où le

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