‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 100 sur 280 · inopinée · texte numérisé non relu

inopinée

plus fortement, et me dépêcha Horstain '^ son grandréférendaire , par lequel elle me fit entendre que si je voulais, sous prétexte de la secourir contre le Turc, lui envoyer un corps de troupes françaises commandé par le prince de Condé, elle pourrait calmer son royaume, et faire réussir Télection du duc d'Enghien.

La proposition était glorieuse et bien pensée, maïs dans la conjoncture où je me trouvais, Texécution en était difficile. J^avais encore la guerre avec les Anglûs; j'étais près de la commencer avec les Espagnols ; je ne doutais point du parti que prendrait l'empereur ; je savais la répugnance que les Hollandais avaient à mon accroissement, et j'étais toujours en doute de la Suède : si bien que devant mettre dans mes seules forces tout Tespoir du succès de mes desseins, il était fâcheux de les diminuer. Et néanmoins, sollicité vivement par le désir d'augmenter la gloire de ma couronne, je consentis à ce que Ton désirait, et les principales raisons qui m'y portèrent furent qu'en effet la guerre du Turc était un prétexte très-favorable pour faire passer le prince de Condé ; que le roi de Pologne, déjà incommodé, venant une fois à mourir, la reine, sa femme, serait sans puissance ; que cette princesse même '^, ayant été menacée depuis peu d'apoplexie, pouvait nous manquer dans le besoin*, que les Suédois semblaient alors en disposition de l'assister. Mais , au vrai , la con^dé-

1 . Je garde l'orthographe du Journal ; il y est question de la Pologne (V. p. 160), art. 18 et lO.—Dans le? Feuillets, la • Pologne » suit • l'aocouchemenl de la Reine. » (V. p. i53.)

2. R, f 239 r*, « avait été rhivrr dernier menacée d'apoplexie. » •

ALLBHAGNE. PORTUGAL. IK)LOGlirE l PROJET d'bXPÉDITION. 221

ration qui me touchait le plus, était qu'on trouvait rarement l'occasion de foire présent d'une couronne ^ et de rassurer à la France.

Suivant cette résolution, j'avais aussi fait demander passage à Télecteur de Brandebourg ^, et me disposais i faire partir mes troupes par terre ou par mer, selon que j'aurais la guerre ou la paix avec l'Angleterre. Mais bientôt après j'appris d'Allemagne que l'on n'accordait point les passages ' ; de Suède, que l'on ne voulait en rien contribuer à cette entreprise, et de Pologne même,

1. Let dernien iqqU s •et de Vastwrer à la France^ » sont une addition de la main même de Louis XIV, sur le texte C, 1*' caliier, r* 279 v*. L'éditeur de 1806 en a fait la remarque (t. Il, p. 2G9); mais comment peut-il prendre pour une % minute originale • eit qui n*ett qu'une troisième eopie? C'est bien là au moins une mise au net. — Dans le texte B, à la suite de ces faits sur la Pologne, est une longue réflexion, sur cette idée qu'il ne faut « pas perdre l'occasion de faire à propoe des choses éclatantes, parce qu'elle ne se trouve pas toii^oun.a L'idée est signalée dans le Journal (V. p. I6ô, n* 31) à la suite d'un article sur la Pologne, qui complète les deux précédents (n** 18 et 19), au&qiiels nous avons déjà renvoyé. La réflexion n'a pas été gardée dans le texte définitif. La voir dans le Supplément aux Mémoires de 1667, n* 1.

3. Celte idée estau Journal. a«84 (V. p. 166). « Je donnai ordre à Mllet de denunder passage pour les troupes que j'envoyais en Pologne... prin» elpalement à l'électeur de Brandebourg, auquel je fis aussi demander partie de ses troupes^ comme an duc de Brunsirick. • Dans le texte C, il n'est plus question du due de Brunswick, ni d'aucune demande de troupes. An contraire, au texte B, f" 240 v* (2* cahier) voici qu'on lit : « En même temps qu'à l'électeur de Brandebourg, je fis demander des tronpes au duc de Brunswick, aimant mieux que le renfort qui se devait joindre à ceux que j'envoyais tiki pris de deux princes différents que d'un seul. Car aine! s'en trouvant un moindre nombre de chaque nation et moins d'accord entre deux, mes chefs demeuraient plus facilement mettre» des résolutions et pouvaient sans doute aller plus droit à la fin que je m'étais proposée. » La réflexion, qui n'est pas sans valeur, a disparu avec le projet abandonné.

8. On lit d'abord « passagers. • Louis XIV a écrit de sa main sur ce texte C» r* 279 r* (l** cahier), la dernière syllabe corrigée : « get,*

I2i MÊMortifes MUR 1667.

^6 la reine ne croyait pas pouvoir faire proposer rétention. Snr quoi, je pensai qu*il n'était pas i propos que j'entreprisse tant de ma part, tandis ^ que d'ailleurs on ne voulait rien faire.

Cependant, je mêlais le soin des affaires du dedans i eelles du dehors.

Pour remédier aux désordres qui arrivaient ordinurement dans Paris ^, j'en voulus rétablir la police; et après m'ètre fait représenter les anciennes ordonnances qui ont été faites sur ce sujet, je les trouvai si sagement digérées, que je me contentai d'en rétablir plusieurs articles abolis par ^ la négligence des magistrats : aiais j'y ajoutai quelques précautions pour les faire mieux observer à Tavenir, principalement ^ sur le port des armes^ sur le nettoiement des rues, et sur quelques autres points particuliers, pour l'exacte observation desquels je formai même un conseil exprès ^.

1. De même Louis XIV a écrit : « fafitft«, » à U piMt de : « pendant > L'éditear d« 1806 (l. II« p. 269) relève oet deux oorreeUons faltee de U main du Roi. — L'atiandoo de oe projet de Pologne n'est pas signalé dans le Journal avee les raisons données ici.

2. B, l*» cahier, (^ 228 et 239 r*. « J'avais commencé^ dès les années précédentes, à considérer combien H j avait de choses à redire dans Tad* Bdnislration partioulière de la ville de Paris. »

s. B. On Ut : « par la mauvaise htimeur du pedple; » les derniers mots sont ehangés en ceux-d : • des partieullen, » et • par la... >

4. Dans le Journal, k l'artide 4 (V. p. 156), où il est question de Tor* dre, de la sûreté, de la commodité rétablis dans Paris, on Ut : « S'Infor^ mer du détail. » Dans le ti;xte B, il y a une phrase pour les armes : ■ Je réglai par un édit exprès quelles armes pourraient être Csbriqaéts et quelles personnes les pouvaient porter. *

5. « ... dont on me rend compte toutes lot semaines, » ajoute le Journal, art. ô.

Aff. Dt DEDANS. POUCB DE PkW. TRO» ftB RELIGIEUX. îti

Je crus aussi qu'il était de la police générale de mon royaume de diminuer ce grand nombre de religieux % dont la plupart, étant inutiles à TÉglise, étaient onéreux i rÉtat. Dans cette pensée, je me persuadai que, comme rien ne contribuait tant à remplir les couvents que la fadlité que Von apportait à y recevoir Les enfants de trop bonne heure, il serait bon à Tavenir de différer le temps des vœux -, <pi'ainsi les esprits irrésolus, ne trouvant pas sitôt la porte des cloîtres ouverte, s'engageraient, en attendant, en quelque autre profession , où ils serviraient ie* public*, que même la plus grande partie, se trouvant dans un établissement , y demeurerait pour toujours, et formerait de nouvelles familles ^, dont TÉtat serait fortifié \ mais que TËglise même y trouverait son avantage, en ce que les particuliers, ne s'engageant plus dans les couvents sans avoir eu le loisir d'y bien penser, y vivraient après avec plus d'exemple. Mon conseil, auquel j'avais communiqué ce dessein, m'y avait plusieurs fois confirmé par ses suffrages ; mais, sur le point de l'exécution , je fus arrêté par ces sentiments de respect que nous devons toujours avoir pour l'Église, en ce qui est de sa véritable juridiction, et je résolus de ne déterminer ce point que de concert avec le pape. Et néan-

1. Ao teste B, 1** cahier, oel artide eit ploi étendu, parée qu'on dMina na pan le détail dea règlemanta de réforaae rendus à ce sujet (t^ 22S-' 3S4). U n'y tst pasquasUenseulemeot des religieux, mais dea relisienses, « dottt lea c4mTeDts se sont multipliés dqpuis longtemps. •

1. Uiia. « ..• de nouf elles familles, par qui la France deriendrait inees* samment et plus peuplée et plus considérable, étant certain qu'on Ëtal cal toujours d'aaiant plus puissant qu'il a plus de mains et plus de kurae |ionr traYniller, pour attaquer et pour se défendre. » Il ajoute : « Je rerhercbai les pins d^eca loiet par lesquelles en pouvait apporter la diminution eonvenable.,. »

224 MÊHOIRES POUR 1667.

moins, en attendant que je Ten eusse informé, }e voulus empêcher le mal de croître par tous les moyens qui dépendaient purement de moi. Ainsi ^ je défendis tous les nouveaux établissements de monastères, je pourvus à la suppression de ceux qui s'étaient faits contre les formes , et je fis agir mon procureur général pour régler le nombre de religieux que chaque couvent pouvait porter *•

A regard du règlement général de la justice, dont je vous ai déjà parlé ^, voyant un bon nombre d'articles rédigés en la forme que j'avais désirée, je ne voulus pas plus longtemps priver le public du soulagement qu'il en attendait, mais je ne crus ni les devoir simplement envoyer au parlement , de peur que l'on n'y fit quelque chicane qui me fâchât , ni les porter aussi d'abord moimême, de crainte que Ton ne pût alléguer ud jour

1. Pour le détail des règlpineots, donné par le texte fi, Toir le Sap« plément aux Mémoires de cette année, n« 2.

2. Dans le texte B, à la fin du 1*' et aa commencement du 2* cahier, t** 234-236, ce sont les mêmes idées, arrangées un peu autrement. Dès le début, il ajoute en marge : • J'en arais même tout Douvellecnent de^ mandé des mémoires aux parlements les plus éloignés. » On lit cette même phrase dans le Journal, art. 6 (V. p. 156), et dans les Feuillets. Le der* nier rédacteur a pu la retrancher, puisque ce fait a été mentionné dans lot Mémoires de 1666. — Une autre réflexion marginale est plus curieuse et méritait d'être conservée : • Et sans doute que je n'aurais pas tant pressé cette affaire si j'eusse voulu me laisser toucher par les senUraents de tous les officiers qui, la jugeant contraire à leurs intérêts, se servaient de toutes les voies imaginables pour ralentir ma résolution. » Rapprochons cette phra5e de celles qui se lisent dans les Feuillets et dans le Journal. Dans les Feuillets (V. p. 15i ) : « L'application que je donne à eela, et comme je suis le seul qui fais marcher la chose par tout ce que je fais. » Dans le Journal (Y. p. 1&6): « Moi seul insistai à cela pour le bien public, tous les officiers ayant des iatérêts contraires, parce que cela était ensemble juste et glorieux. •

OUDONNANCe SUlt LA JUSTICE. LES PLACETS. 225

qu'ils auraient été vérifiés sans aucune connaissance de cause. Cest pourquoi , prenant une voie de milieu qui remédiait à la fois à ces deux inconvénients , je fis lire tous les articles chez mon chancelier^ où se trouvaient les députés de toutes les chambres , avec des commissaires de mon conseil ; et quand, dans la conférence qu'ils 7 faisaient, il se formait quelque difficulté raisonnable, elle m'était incontinent apportée pour y pourvoir ainsi que j'avisais. Après laquelle discussion, j'allai enfin en personne en faire publier Tédit ^

Je réformai aussi dans le même iem\\s la manière dont j'avais moi-même accoutumé de rendre la justice à ceux qui me la demandaient immédiatement : car ^ je ne trouvais pas que la forme en laquelle j'avais jusquelà reçu leurs placets fût commode ni pour eux ni pour

1. B, f* 236. Cette autre réflexion n'est pas sans intérêt : « 11 me vint poartaoi encore un scrupule sur le choix du jour que J^avais pris (pour aller en personne faire publier rédll). Car il arriva qu'ayant désiré dans ee même temps-là voir quelques-unes de mes troupes. Je leur avais donné pour rendei-vous la plaine d'Ouille, qui n'est qu'à trois lleoes de Paris. D*où je prévis que les esprits mal faits pourraient s'imaginer que j'aurab cru avoir besoin de celle assemblée pour autoriser mes volontés. Cest pourquoi, voulant empêcher que la chose ne s'expliquât ainsi, J'ajustai la marche de mes troupes en sorte qu'elles ne se rendissent au camp qu'après les édits vérifiés. » Le Journal signale cette coïncidence de la revue et du lit de justice, art. 80 (V. p. 164) : « Je fis une revue pour accoutumer mes gens à bien camper, et pour avoir prétexte de faire des tentea. Je ne la voulus faire que le lendemain de mon entrée au parle* nenU •

2. Noua rencontrons ici le commencement du 3* cahier du texte A (M6&). il s'ouvre ainsi : « Dès le début de mon administration, j'avais donné à tooa mes sujets la liberté de me faire leurs demandes et leurs plaintes par des placets que je recevais d'eux en 'tous lieux et à toute heure. Mais il me sembla que la forme n'était paA comrooJe.*. » Tout le reste ne présente que des différences de détail ; le tissu est plus lâche.

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