LE ROI A COMPIÉGNE. LA REINE EN FLANDRE
à dessein de la faire voir aux peuples des villes que je venais d'assujettir : de quoi ils se sentirent tellement obligés, qu'après avoir tout mis en usage pour la bien recevoir, ils témoignèrent encore qu'ils étaient fâchés de n'avoir pas eu plus de temps de s'y préparer. Je la condui-< sis dans les meilleures villes ' : et ce fut une chose assez singulière de voir ^ des dames faire ce trajet avec autant de tranquillité qu'elles eussent pu faire au centre de mon royaume.
Cependant ', pour me porter toujours plus avant chez les ennemis, je résolus^ de tenter si je pouvais prendre Dendermonde ^,qui, par sa seule situation, les aurait fort
1. A, 7* cahier, f^ 344 t* « Je fis passer la Reine depuis dos frontières jusqu'à Courtrai. »
2. Ibid «... cette princesse, suivie d*une grosse cour de femmes, traverser sans aucun danger un si long espace de pays, qui six semaines auparavant appartenait tout entier an roi d'Espagne. •
3. A, f« 344 V* on iit ceci : « Cependant l'archevêque d'Embrun, mon ambassadeur, après avoir expliqué pour la dernière fois mes intentions aux Espagnols, s'était retiré dans mes États ; et moi pour avancer ton* jours plus avant dans leur pays... » Cette phrase que les autres textes n'ont pas gardée vient du Journal (28 et 29 décembre. V. p. 197) : « Mon ambassadeur n'ayant pa« eu une réponse précise du conseil d'Espagne se retira. »
4. Au Journal, le n* 15 du 18 juillet (V. p. 174) est plus expressif : « Mon dessein étai^de m'en retourner au plus tôt à mon armée pour prendre premièrement quelque poste peu capable de me résister, comme Oudenarde et Alost, et de là observer quelle des places importantes les ennemis dégarniraient pour me jeter aussitôt dessus, et Unir la campagne par quelque siège d'importance ; sinon de quitter l'armée sous quelque prétexte et de laisser prendre des quartiers avantageux par mes lieutenants pour ntf pas demeurer dans une occupation au-dessous de moi et des grands commencements de cette campagne. •
5. Le Journal (28 et 29 décembre, V. p. 184) signale tout d'abord l'importance et la diiBculté de l'entreprise : «... qui par sa situation semble être le centre de tous les Pays-Bas, et me parut de telle importance à conquérir qu'encore que l'entreprise fût hasardeuse je crus qu'il valait
ÎDCommodés et m'aurait dbnné de grands avantages.
Chemin faisant, je pris' Oudenarde, qui semblait utile au succès de ce dessein, et ensuite Alost se rendit à moi. De là je fis avancer Duras, lieutenant général, avec deux mille chevaux, sur les avenues de Bruxelles, d'où je prévoyais que le secours pouvait venir, et je marchai par un autre chemin, pour reconnaître la place en personne.
Mais ^ comme je vis alors les choses de mes propres yeux, |>lus exactement qu'elles ne m'avaient été présentées, je trouvai, d'une part, que la rivière de l'Escaut était si large que, n'ayant pas de bâlimenls propres à fermer entièrement son canal, il était absolument impossible, quelque garde que l'on fit sur les bords, d'empêcher que l'on ne passât dans le milieu avec le vent ou la marée ^ et d'autre part j'appris que Duras, n'ayant pas fait assez de diligence, avait manqué de six heures les Espagnols, qui avaient jeté^ quinze cents hommes dans la place.
Ces deux considérations jointes ensemble me persuadèrent de quitter mon dessein, et je ne crois pas, ni en Tentreprenant, ni en l'abandonnant, avoir rien fait que je ne vous puisse donner pour exemple en de pareilles
mieux risquer à la faire Bans succès que de manquer à la tenter par timidité. » I^ texte A, 7* cahier* f^ 346 v«, dit presque la même chose : « De l'importance dont était ce defsfin, il y avait bien moins de faute à l'entreprendre sans y réussir, qu'à manquer de le faire réussir faute de Toser entreprendre. » Le germe de ces phrases est dans les Feuillets du Roi (V. p. 20G) : « Entreprise difficile, maiâ utile. Mieux la tenter et la manquer que manquer à l'entreprendre. »
1. Tout ce qui ï^uil est dans le Journal (du 28 et 29 décembre, V. p. 184).