‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 122 sur 280 · A, 1« cahier, £• 346 v« n · texte numérisé non relu

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DESSEIN CONTaE DENDERMONDE t DIFFICILE, MANQUÉ. 259

occasions. Car d'un côté, ayant des avis certains que cette place était dégarnie de monde , c'était peu sans doute de hasarder une marche de quelques journées contre Tun des meilleurs postes du pays. Au contraire, apprenant ensuite qu'il y était entré du secours, et voyant qu il y en pouvait entrer encore à toute heure, je ne pouvais m'obstiner à l'assiéger qu'en hasardant d'y consommer sans fruit tout le reste de la campagne ^

Ce n'est pas que je ne sache bien que l'on a parlé diversement de ma retraite; et je vous dirai même pour votre instruction que, dès lors que je m'y résolus, je vis tout ce qui s'en estdit depuis, et le méprisai comme je devais.

Car enfin^ j'étais convaincu qu'aussitôt qu'on raisonnerait de bon sens sur cette affaire, l'on considérerait que la prudence des hommes n'est pas toujours maltresse des événements, et qu'après avoir en si peu de jours exécuté si heureusement tant de choses, il n'était pas merveilleux que ^ je me fusse déporté d'une seule pour m'occuper plus utilement ailleurs-, qu'il n'était pas même possible de m'attribuer un autre motif en cette action, puisque toute la terre savait que, ni dans ce temps-là, ni dans tout le reste de la campagne, les ennemis ne pouvaient être assez forts pour me faire retirer malgré

1 . Le Journal (28 et 29 décembre, V. p. 185) flnil ainsi : « Je crus qu'il Talait mieui dév-amper que de s'engager dans une entreprise où je perdrais mon temps et mes troupes. »

2. Tout cet alinéa a été manié et remanié dans te texte A, 7* cahier, fM 34& et 346.

8. Le texte A, f* 346, est un peu plus modeste : « Il n'y avait pas de merTelIle qu'une seule réussît contre mon intention : qu'au fond on ne pouvait envisager celle-ci que comme une résolution de sage capitaine qui n'avait pas voulu perdre des hommes et du temps qu'il pouvait mieux employer ailleurs. • V. la phrase du Journal citée à la note 1.

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moi ; et qu'enfin, comme le commun des hommes censure avec plaisir ce qui est au-dessus d'eux, les mêmes gens qui nous blâmeraient d'avoir quitté Dendermonde sans l'attaquer, me condamneraient avec bien plus de sujet, si je l'attaquais sans la forcer, ou si, même en la prenant, je ruinais mon armée.

D'où vous pouvez conclure, mon fils, qu'il ' ne faut pas toujours s'alarmer des mauvais discours du vulgaire. Ces bruits, qui s'élèvent avec tumulte, se détruisent bientôt par la raison, et font place aux sentiments des sages, qui, reconnus enfin pour vrais du peuple même, fondent par un consentement universel la solide et durable réputation.

En attendant que le monde se détrompe de ses erreurs, ce doit être assez pour nous du témoignage que nous nous rendons à nous-mêmes : et c'est ce qui a fait que, repassant quelquefois mon esprit sur la retraite dont nous parlons, loin d'en être mal satisfait, je l'ai regardée comme la seule action de cette campagne où j'eusse véritablement fait quelque épreuve de ma vertu^. Car, enfin, dans toutes les autres, quoique peut-être elles aient eu plus d'éclat, si j'ai fait quelque chose qu'on

1. Au texte A, 1* cahier, f 346 v« et 347 r% la réflexion finit ainsi : «... qu'il ne se faut pas toujours mettre en peine de ce que le vulgaire dira. Et» à dire vrai, il est bien plus difllcile aux âmes nobles de résister à ces sortes d'assauts qui semblent attaquer leur gloire, et de surmonter en cela les propres mouvements de leur générosité que de s'engager dans les occasions les plus périlleuses , desquelles 11 leur reste toujours une forte espérance de sortir avec accroissement de leur réputation. » — Elle se complète, dans le texte B, 4* cahier, r* 255, avec des remaniemenU et des corrections assez nombreuses.

2. Nous pouvons prouver que c'était bien là la pensée du Boi, et que Texpression même lui en appartient. Une page isolée de notre Mso. qu'on

JŒFLEXION SUR CETTE RETRAITE; VERTU DU ROI. 26i

ait approuvé, ce n'a été que suivre les mouvements ordinaires a ceux de ma qualité , et, si j'ai eu quelques succès avantageux, la fortune y pourra prétendre autant ou plus de part que moi : au lieu que ' je ne dois tout le fruit de celle-ci qu à la violence que je me fis à moimême en méprisant tous les discours que je prévoyais. Pour ^ faire cesser la joie que les Espagnols faisaient éclater sur cette affaire, je résolus aussitôt d'attaquer une de leurs meilleures places, et je me déterminai, par mon propre sentiment, à choisir Lille. Les ennemis, qui connaissaient de quelle importance elle était, et combien, tombant entre mes mains, elle affermissait mes autres

lit 1. 1, MOO r° conUent quelques lignes jetées rapidement» de la main que nuuB avons reconnue, de M. de Périgny, où nous rencontrons l'Idée et le mot du texte. Au haut de la page est esquissée une phrase sur cette proposition : « H est malaisé de pourvoir à tout à la fols. » Voici la phrase : « Celui qui se trouve chargé d'une affaire particulière blâme souvent le souverain de ce qu'il ne lui fournit pas tout ce qu'il désirerait pour le bien de ce qu'il fait ; mais il ne considère pas combien de choses sont à faire à la fois, qu'il faut satisfaire à toutes ensemble, et que qui donnerait trop abondamment à l'une se trouverait infailliblement manquer ani autres. » Je continue à citer le Mic. : « C'est une réfleiion que le Roi m'a faite, parlant de choses Indifférentes par forme de con- Tersation, aujourd'hui 12 septembre. 11 faudra t&cher à la placer en quelque endroit de cette année ou des suivantes. Dans la même conversation sur la retraite de Dendermonde, le Roi me témoigna que c'était l'action de toute la campagne où il croyait avoir agi avec le plus de vertu. » On ne saurait mieux saisir à sa source la pensée royale. La phrase paratt dans le texte B, f 255 r*, qui tenaille avec bien de l'effort la période par laquelle s'achève tout le développement.

1. B, f* 256| on lit d'abord : t au lieu que dans celle-ci je me dois à moi seul la conservation des hommes que j'aurais pu perdre; » et quand le rédacteur a trouvé la phrase définitive : « au lieu que je ne dois tout le fruit de celle-ci qu'à la violence que je me fis à moi-même, » il ajoute encore : « laquelle on se fait d'autant plus malaisément que l'on se voit dans un poste pins élevé. >

2. V.,au Journal du 28 et 29 décembre (p. 185), les mêmes faits, en moins

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conquêtes, assemblèrent tout ce qu'ils avaient de troupes pour y jeter du secours. Il y avait même des gens en mon camp à qui la grandeur de la ville, le peuple dont elle était remplie, la force de la garnison et retendue des lignes qu*ii fallait garder faisaient concevoir quelque doute du succès. Et néanmoins mes ordres furent exécutés avec tant de zèle que la ville fut réduite aux dernières extrémités avant que les Espagnols pussent ap* prendre seulement qu'elle fût en danger *.

Mais cette ignorance où ils étaient me fit naitre la pensée de leur donner un nouvel échec , en les allant attaquer où ils étaient, sitôt que la ville serait à moi. Pour cet effet ^, dès lors que Ton capitula, je fis, par divers chemins, passer deux de mes lieutenants généraux, Créqui et Bellefonds, lesquels je suivis de près moimême, ne m'arrôtant' dans la ville rendue qu'autant de temps qu'il fallut pour remercier Dieu de Tavoir mise en mon pouvoir. Les ennemis, qui avaient enfin su Tétat des choses, marchaient déjà pour se retirer -, mais comme notre route allait à couper leur marche, ils furent trouvés, en même jour, par Créqui et par Bellefonds, devant lesquels (quoique trois fois plus forts en nombre) ils ne laissèrent pas de fuir, apprenant que je venais

de moU. « Mais comme j'ayais quelque chagrin de ce que cette affaire n'avait pas réussi, j'en voulus entreprendre une dont le succès fÙt asseï important pour me confier... »

1. « Siège et prise de Lille, menée vigoureusement, • disent les Feuillets du Roi (V. p. 206). « Jamais place... n'a été menée si brusquement,» dit le Journal. « En dix jours de tranchée ouverte, je m'en rendis maître. •

2. Tout ce qui suit estavec détail dans le Journal (V. p. 186-187). Les Feuillets (V. p. 20G-207j pn Tont mention en deux mots : « Dessein formé de surprendre les ennemis; défaite de leur cavalerie. »

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