‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 134 sur 280 · ON PARLE DE PAIX : LES HOLLANDAIS, LE PAPE · texte numérisé non relu

ON PARLE DE PAIX : LES HOLLANDAIS, LE PAPE

voulais pas que cela fût observé de si près par un homme dont les pensées n'étaient pas conformes aux miennes.

Ainsi je renvoyai à Paris pour traiter avec Lionne-, et à mon retour, reprenant moi-même cette négociation, je résolus enfin de faire voir à toute l'Europe la modération de mon esprit, en ofiFrant de me contenter pourvu qu'en échange des terres qui m'étaient échues, l'on me cédât seulement ce que j'avais pris, si l'on n'aimait mieux me donner la Franche-Comté et le Luxembourg, avec Aire, Saint-Omer, Douai, Cambrai et Charleroi, consentant, de plus, que les Espagnols eussent trois mois de temps pour en délibérer, durant lesquels je n'attaquerais aucune de leurs places où il fût besoin de canon.

Le pape travaillait avec beaucoup de zèle à faire réussir cet accord ^ Et sa médiation ayant été acceptée par moi dès lors que son neveu me vit à Compiègne, les Espagnols n'avaient pas osé la refuser. Mais ^ comme ils voyaient que l'affaire ne se terminerait pas sans qu'il leur en coûtât quelque chose ', ils avaient peine à venir à la conclusion et affectaient diverses chicanes , tantôt

1. Au Journal, n* ?7, du 19 juillet (V. p. 178). « Le neveu du pape me fit des propositions d'accord. Je lui dis que je recevrais très-volontiers Sa Sainteté pour médiateur: mais pour la surséance quMl me demandait, que je n'y pouvais pas coni^entir. » 11 s'agit sans doute du la surséance de trois mois, accordée ensuile.

2. Au Journal, plus loin, dans les articles du 28 et 20 décembre (p. 196): « Le pape avait été accepté pour médiateur et par mol et par les Espagnols. Mais leurs ministres se contredisaient dans Texéculion. Car ... disait qu'il était prêt d'aller traitera ... etl'autre disait qu'il n'avait pouvoir de traiter qu'aux Pyrénées. •

3. Au texte B, 6« cahier, f* 266 v<», on lit cette phrase, introduite en parenthèse, barrée ensuite : c le droit et la force étant de mon côté. >

sur le temps, tantôt sur le lieu de rassemblée, pour voir si mes voisins, jaloux de mon accroissement, ne se ligueraient pas avec eux.

Cependant toute ma cour ' n'élait pas aussi d'un même avis sur cette affaire, et plusieurs, réglant leurs pensées sur leurs intérêts, trouvaient des raisons pour la paix ou pour la guerre, selon que Tune ou l'autre pouvait augmenter ou leur fonction ou leur crédit.

Mais comme leurs motifs m'étaient connus, leurs raisonnements ne faisaient d'impression sur mon esprit qu'autant qu'ils tendaient au bien de mes affaires, et ne me tiraient jamais de l'égalité que je m'étais proposé de garder en mon jugement : ou du moins , si l'on me voyait pencher quelquefois tant soit peu plus du côté des armes, ce n'était ni par la faveur, ni par l'adresse de ceux qui pouvaient y avoir intérêt, mais seulement par l'inclination que j'avais pour la gloire qui, sans doute, par cette voie semble s'acquérir avec plus d'éclat.

 l'égard des princes d'Âllemagnç ^, je crois qu'il y

1. Cet alinéa et le suivant se trouTent exposés senlement d'an ton an p«u plus bref dans le Journal (V. p. 199) : « Ma cour était partagée entre la paix et la guerre... Si je penchais un peu du côté de la guerre, ce n*était pas, comme on se l'imaginait, & cause de la faveur trop grande de personnes qui la désiraient, mais par le penchant naturel que J'y avais moi-même. » Le texte B, à la fin du 5« cahier, f* 266 v*, i^uute, mal griffonnée et peu lisible, cette phrase qui semble être une réflexion sur les courlisans : « Il n*y apoint de libéralité plus critiquée que celle qui se fait à nos dépens. 11 ne se faut pas forcer ici trop, mais aussi faut garder modération. » Les mots : « se forcer ici, » que je devine plutôt que Je ne les Us, signiûent sans doute : « se contraindre, se retenir d'être libéral. »

2. On lit au n* 26 des articles du 19 juillet (Journal, p. 178} . « Les princes d'Allemagne paraissaient très-bien disposés. Car, outre ceux qui s'étaient engagés à lever des troupes pour empêcher le passage de l^eoi-

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