TRAITÉ AVEC LE ROI DE PORTUGAL. SA CHUTE. RÉFLEXION
mœurs, fut dépossédé et fait prisonnier dans son propre palais^ sans que, de tout ce qu'il avait de sujets ou de domestiques, aucun se mit en devoir d*empècher un si détestable attentat ' : aventure tellement singulière, que r histoire des siècles passés ne nous peut fournir rien de pareil.
Mais, tandis que le reste des hommes se contente d admirer cet événement , il est bon que vous tâchiez d'en profiter, en observant quelles en ont été les causes ^.
II faut assurément demeurer d'accord que, quelque mauvais que puisse être un prince, la révolte de ses sujets est toujours infiniment criminelle. Celui qui a donné des rois aux hommes a voulu qu'on les respectât comme ses lieutenants, se réservant à lui seul le droit d'examiner leur conduite. Sa volonté est que, quiconque est né sujet, obéisse sans discernement ; et cette loi, si expresse et si universelle , n'est pas faite en faveur des princes seuls, mais est salutaire aux peuples mêmes auxquels elle est imposée , et qui ne la peuvent jamais violer sans s'exposer à des maux beaucoup plus terribles que ceux dont ils prétendent se garantir '.
1. Aa texte B, 6* cahier, f* 270 t", TaliDéa finit d*abord ainsi : •... un li détestable événement. » On a remplacé, sur ce texte, € événement,» par « attentat, > et on a ajouté : « aventure si singulière... »
2. Le Journal, ayant signalé la chute de ce misérable roi Alphonse VI, qui est fori pnu digne de compassion et de regret, ajoute (V. p. 201): «Cela peut donner lieu aune réQeiion sur la nécessité qu'ont les princes de vivre moralement bien , parce que la dépravation de leurs mœurs leur fait toujours des ennemis particuliers, et leur attire le mépris et l'aversion publique. Ce qui donne lieu à former contre eux des desseins auxquels •ans cela on n'oserait seulement penser. » Telle est en effet la substance du développement qu'on va lire.
3. Au texte B, 6* (*nhier, f® 271 v*, la réflexion se continuait, se ter-
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Il n'est ^ point de maxime plus établie par le christianisme que cette humble soumission des sujets envers ceux qui leur sont préposés. Et, en effet ^, ceux qui jetteront la vue sur les temps passés reconnaîtront aisément combien ont été rares (depuis la venue de Jésus- Christ) ces funestes révolutions d'États ^ qui arrivaient si souvent durant le paganisme *.
minait d'abord ainsi : « Et néanmoins tous Toyei, mon fils , comme Dieu permet quelquefois qu'ils (les peuples) la Tiolenl (la loi), soit pour les punir eui-mèmes de leurs autres crimes , ou poar «hfttier en même temps les souverains de l*abus qu'ils font de leur autorité. Et c'est ce qui tous doit faire observer ici cette importante maxime que pour régner heureusement et sûrement, ce n'est pas a.<sfz de donner ordre aux affaires générales « si nous ne réglons encore nos propres mœuriK » On reconnaît dans cette dernière ptiruse la pensée primitive du Journal que nous venons de transcrire. La première phrase est biffée et a disparu tout à fait; U seconde se retrouve à la fin du développement définitif.
1. La première phrase du texte B, f« 271 v^, citée dans la noie précédente, a été biffée, avons-nous dit. Elle est remplacée en marge par le développement qui suit. Le nouveau morceau et^quissé en marge du f*27 1 v* est récrit et amplifié sur le f^ 271, qu'il remplit tout entier. Le tout reparaît encore avec des corrections et additions dans les f** 274, 275, 276.
2. F* 271. Le premier brouillon de marge donne : • Et on peut voir par expérience combien ont été rares... » C'est le f« 272 r* qui Coumit la phrase actuelle.
3. F* 27 1 . Ou a hésité entre : • funestes révolutions ; brutales, furieuses émotions qui... »
4. Le (^ 275 v* amplifie : « Je sais bien que ces exemples odieux de couronnes abattues et de lr6nes renversés, que Ton voyait renaître si souvent autrefois dans la barbarie du paganisme, ne se retrouvent prer^que plus à présent dans la loi de gr&ce et de douceur que le sang de Jésus-Christ a établie. » On a essayé encore d'autres mots, également retentissants: « empires dééolés, maliens anéanties. » Tous ces mots à effet figurent dans un autre développement que nous donnerons, sur les favorites des rois (V. le Supplément aux M<^molres de 1607 n» 7). On peut placer ici une autre phrase qui se lit deux fois, r> 274 r* et f^ 275 \* : « Je sais bien qu'il est des Étals où de pareilles révolutions ne sont pas à craindre. » 11 n'est pas difficile de comprendre à qui s'adresse ce compliment.