‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 14 sur 280 · ÉLOGE DE LA VERTU, ET DES VERTUS · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE LA VERTU, ET DES VERTUS

Dément persuadé de la religion avec laquelle je savais I observer mes paroles, et que.....

C*est là tout le texte primitif ; Il Q*y est pas question de tdie vertu, de la bonne foi ou probité en particulier, mais de la vertu en général. Les corrections et additions vont transformer la réflexion. En tête, on avait d'abord ajouté ceci, qu'on a effacé :

{Texte X.) Vous aurez sans doute appris dans la moraie que la vertu, en général, a dans soi-même son bonheur...

Au lieu de la vertu, on met : • toutes les vertus. » C'est alors à l'ensemble des vertus que s'applique tout le dévelop* I pement avec le changement du singulier en pluriel.

■ Parmi les additions, sur la vertu, relevons deux phrases :

{Texte X.) Tous ces grands hommes, tous ces cœurs élevés qui se sont trouvés dignes de commander à tous les peuples ont fait profession de lui être assujettis. Ses attraits sont si puissants que ceux qui n'ont pas le bonheur de la trouver chez eux ne laissv nt pas de Tadmirer chez les autres... Le monde, tout corrompu qu'il est, a conservé tant de respect pour elle, qu'il n'est personne d'assez insolent pour se déclarer ouvertement son ennemi, et ceux qi.i la haïssent en secret semblent contri* huer à sa gloire lorsque, pour se parer, ils empruntent ses apparences.

Cest tardivement que Ton a songé à distinguer de Tenlemble des vertus la probité. De là, en marge du f^ 134 v*, l'alinéa suivant :

30 SIIPPLÉMENT A(JX N6«0IRF.S DE 1666.

{Texte X.) Mais tous ces avantages semblent être plus propres à la vertu particulière dont nous parlons, que Ton nomtne probité ou bonne foi. Il semble qu'elle soit plus chérie au public que toutes les autres , parce qu'elle est plus nécessaire au commerce, et que c'est elle seule qui peut en établir la sûreté : les autres vertus semblent être particulières à certaines professions; celle-ci convient a toutes. Beaucoup de gens pourraient sans honte avouer qu'ils ne seraient pas vaillants ni magnifiques, mais il n'est personne qui puisse souffrir qu'on le soupçonne seulement de manquer de probité.

L*idée est reprise de la même main, et complétée au f* 135 de cette manière :

{Texte X.) Mais ces avantages, qui sont communs à toutes les vertus, sont assurément plus propres à la probité et à la bonne foi qu'à pas une autre.

Il semble qu'elle soit plus considérée du monde parce qu'elle lui est la plus nécessaire. Car c'est elle seule qui établit le commerce entre les diverses nations: c'est elle qui nourrit la confiance entre le prince et ses sujets ; c'est elle qui maintient la sûreté dans le négoce des villes et des provinces *, et c'est elle enfin qui met le repos et la douceur dans les familles particulières. Les autres vertus sont propres à certaines professions, mais celle-ci convient à toutes. Beaucoup de gens pourraient sans honte avouer qu'ils ne seraient pas vaillants ni magnifiques \ mais il n'y a personne qui puisse honnêtement souffrir qu'on le soupçonne de manquer de probité. Toutes les plus éminentes qualités, sans elle, peuvent être

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noîsîbles; eteUe seule eal en droit de faire excuser les plus grands défauts en ceux qui la possèdent parfaite^ oient. A4i8si est-il vrai que le monde, tout corrompu qu'il est, a consenré tant de respect pour elle, que ceux mêmes qui sont ses ennemis sont obligés , pour être reconnus dans lasociété, d'être revêtus de ses livrées et de se dire de sa suite.

Et ceux qui ne l'ont pas en effet , non-seulement ne sont pas dignes du titre de princes, mais de la qualité d'hommes.

Cette dernière phrase, visiblement, a été ajoutée après e9op ; on en juge par les signes de l'écriture. L*idée qu'elle renferme paratt toute naturelle. On va voir combien le rédacteur a en de mat à s'arrêter à cette forme. C'est Tobjet du f* 156 v». Je conserverai , autant que possible , tous les essais par lesquels la phrase a passé.

(Texte X.) Ainsi vous ne pouvez pas prendre la leçon que je vous donne en cette matière pour un simple conseil de bienséance

Ainsi la leçon que je vous donne en cet endroit, de ne vous départir jamais de cette vertu, ne doit pas tant vous passer pour un conseil de bienséance que pour une loi de nécessité

...puisque ce n'est pas seulement pour être mis au nombre des grands princes, mais pour être souffert entre les hommes que vous êtes obligé de la pratiquer.

... puisque sans elle non-seulement vous ne serez pas au nombre des grands princes. ..

... puisqu'il est certain que pour parvenir à être bon

et grand prince, il faut auparavant être tenu pour trës^ honnête homme.

.... puisque sans elle on ne peut être tenu pour honnête homme, et qu'on ne peut être du nombre des grands princes sans être du nombre des honnêtes gens.

Voilà donc le premier membre de la phrase essayé deux fois, et le second quatre. La rédaction définitlvede la phrase, sur ce brouillon , se compose de la réunion du second et du sixième alinéa. La phrase qu'on a lue plus haut à la ûu du r 135 est encore une simplification de celle-là.

La preuve que c'est pour clore le développement sur les vertus en général et sur la bonne foi en particulier» transformé comme nous l'avons vu aux f* 134 et 135, qu*on s'est si fort appliqué à bien rendre l'idée élaborée au f« 155, c'est que sur ce f 155, après tant d'efforts pour aboutir à une seule phrase^ on reprend l'idée qui est à la fin du f^ 134 primitif (Y. au bas de la p. 28), sans correction importante :

( Texte \,) Hais pour revenir à ce qui me peut regarder en particulier, il faut demeurer d'accord que toute la terre était dès lors pleinement persuadée de l'exacte religion avec laquelle je savais observer mes paroles et que les Espagnols en donnèrent une assez grande preuve quand ils se résolurent à me confier la chose du monde qui, dans la présente conjoncture des affaires, semblait devoir être la plus chère pour eux et la plus délicate pour moi.

Il s'agit, comme l'expliquent les textes A , t. II, f> 256 , et hy t. n, f<* 76, de la personne de Tinfante, destinée à devenir la femme de i'empereur Léopold, « pour laquelle ils me demandèrent passage et retraite dans mes ports, en cas qu'elle

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en eût besoin pour aller en Allemagne. » Le fait qui est donné par le Journal (Y. 1. 1, au bas de la p. 31), à la suite des articles sur les propositions de Munster et sur celles de Brandebourgs sera signalé pins loin dans notre texte C des Mémoires, sans l*empbase qu'on y met ici. (Y. U I> p. 161.)

Pour l'amplification sur les yertus, et notamment sut* la probité, Yoici le texte B, copié dans Tédition de 1806, t. IT, p. 73-74, qui n'a pas, avons-nous dit, une correction, une retouche ; c'est la reproduction du texte A, dont nous marquerons en note les très-rares variantes. En comparant avec les textes X, on s'aperçoit du retranchement ou de l'addition de quelques idées incidentes; la broderie a été encore un peu refaite, on a redoré par-dessus.

(Texte B.) Toutes les vertus, mon fils , trouvent sans cesse en elles-mêmes leurs délices et leur bonheur qui ne dépendent point du succès des actions qu'elles conseillent. Que le destin rende heureux les projets qu'elles forment ou qu'il les fasse avorter, que les hommes soient ingrats ou reconnaissants des bienfaits qu'elles répandent sur eux , le témoignage qu'elles se rendent en secret de l'honnêteté de leur conduite leur fournit toujours de quoi se contenter intérieurement, et l'on peut dire même qu'au dehors elles manquent rarement à recevoir du public la louange qui leur est due.

Mais sur toutes les autres, la probité ou la bonne foi, qui est celle dont j'entends ici vous parler, a des caractères particuliers qui la font reconnaître par les moins éclairés, et des charmes puissants qui la font aimer par toute la terre. Le monde, tout corrompu qu'il est, a conservé tant de vénération pour elle, que ceux qui ont le moins de pente à la pratiquer sont tous les jours obligés de la contrefaire, pour n'être pas absolument bannis

3i4 Sy^PLÉlWNT AUX MÉMOIRES DB 1666.

4e toute société ' . Dans celui qui ne Faime pas» les qua^ lités le& plus éclatantes deviennent bientôt les plus, suspectes \ au lieu que chez ceux qui la suivent, on prend aisément toutes choses en bonne part, et les plus grands défauts trouvent presque toujours leur excuse.

C'est la seule vertu dont tous les hommes généralement se piquent en toutes rencontres ; il est beaucoup de gens qui savent bien que la magnificence ne leur e^i pas convenable ^ il est des temps et des affaires où le bon sens fait voir que la clémence ne serait pas de saison^ il estdes professions où Ton croit n'avoir pas besoin de valeur, et il se trouve des âges et des pays où ceux B)6mes qui passent pour les plus honnêtes gens font ya^té de tout ce qui blesse la tempérance^ mais il n'est point de temps, point de lieu, point de condition où Ton veuille être soupçonné seulement de pouvoir manqij^r de probité.

A^ussi peut-on dire que ce n'est pas sans raison qu'on estime tant cette vertu, puisque ce n'est que par Sfin ministère que le monde reçoit tout ce qu'il a de 4pux' et de commode. Cest elle qui établit le commerce entre les nations^ \ c'est elle qui met la société dans les villes; c'est elle qui maintient l'union dans les familles, et c'est elle enfin qui nourrit Tamour et la confiance enti'e les princes et les sujets.

1. A, ^ 255 r«. Celte fin avait été refaite avec une pbrase, barrée depuis : t et sachant qu'ils ne seraient pas soufferts dans la société civile t'iU étaient reconnus pour ses ennemis, ils sont souTent forcés à se ra- T0Ur de sa livrée pour être estimés du nombre de ses partisans. »

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