DIVERS PROJETS. ^INS ET DÉPENSES POUR LES TROUPES
N« 43. Ce qui me rendait plus sûr dans mes entreprises , c'est que j'avais un état exact de mes troupes , de leur logement, de leur nombre \ et sur cela, je destinais moi-même le partage que j'en voulais faire, selon chacune des résolutions que je voulais prendre dans la suite, ne faisant pas mon compte sur Teflectif, mais sur la diminution qui pouvait y arriver, que je réduisais au complet.
N** 44. J'y travaillais moi-même et tenais un grand ordre pour cela [Réflexion].
N"" 7. J'ai fait fournir mes magasins cet hiver de toutes les choses qui peuvent tomber dans l'imagination pour la guerre '.
N^ 14. Beaucoup d'argent m'était nécessaire pour tout cela.
Voici le travail de la première rédaction (f°M72-t73) :
Cependant, mon esprit était sans cesse appliqué, ou à former de nouveaux desseins contre la maison d'Autriche , ou à digérer mûrement ceux que j'avais déjà formés.
Pour cela , je voulais savoir exactement tout le détail de ce qui regardait mes troupes. Je formais des mémoires de ma propre main, où je prenais soin d'écrire de jour en jour et leurs logements et leur nombre, afin de savoir plus précisément de quel temps et de quelles provisions j'aurais besoin pour les assembler. Et comme
1. On peot Joindre Ici une phrase des Fenillets : « PrécauUons prises poar avoir des magasins fournis, sar les frontières, de mnniiions de guerre et de vivres. Exécution. •
306 suppLftMBirr aux bèiioires db 1667.
je n'étais pas encore bien certain des desseins qne je serais obligé de prendre , je faisais en mon esprit diverses distributions de mes forces, pour me servir des unes ou des autres, suivant les diverses affaires que j'entreprendrais, sans avoir besoin, pour cela, du ministère d'autre personne que de F un de mes secrétaires d'État, seulement pour l'expédition des ordres.
Il y avait longtemps que je recevais de toutes parts des revues très-fidèles et très-fréquentes de tous les corps que j'entretenais. Mais quoique sur ce fondement f eusse assez sûrement pu fixer le nombre de gens qui étaient à ma solde, cependant, pour ne pas me tromper dans mon calcul, je comptais toujours sur un pied beaucoup moindre que Teffectif, parce que je savais combien il arrive toujours de diminution dans les troupes lorsqu'elles ont été quelque temps en campagne. Si bien qu'au lieu de quarante mille hommes que je pouvais commodément faire marcher, je ne comptais que sur trente-cinq mille. En quoi , néanmoins , n'étaient pas compris ni les gens qui devaient servir sur ma flotte, ni les étrangers que je pouvais avoir, soit de la part du duc de Lorraine, ou de celle même des Suédois.
Je renouvelai en même temps mes soins touchant les magasins de vivres, d'artillerie et de munitions, que j'avais dès longtemps fait préparer. Et sans doute que, pour tous ces préparatifs , j'avais besoin de faire une dépense prodigieuse. Car enfin , je ne pouvais ni faire vivre mes propres soldats dans la discipline que je leur avais ordonnée, ni tirer des princes voisins les services que j'en prétendais, qu'en payant sans cesse aux uns et aux autres des sommes considérables : auxquelles, sans
CONDUITE DES PRINCES EN MAtlÈRB DE TRAITÉS. 307
la grande application que jusqu'alors j'avais eue à mes affaires, je n'eusse assurément pas pu subvenir.
On aura remarqué que le n* 44 du Journal provoque une réflexion , mais qu'elle n'a pas élé développée. EstH!e là la cause de l'abandon du morceau?
N-* 6. — T. page 281, note i, et page t82, note 2.
De la eendnlte de* prlaees en matière de traités. — 0ev¥eat aeire Im^ttenee reevle par irep d'ardevr les ehoMen fp'elle Tevt aTaaeer.
lies négociations avec les Suédois, plusieurs fois entreprises sans effet , et, à cause de cela , presque abandonnées par Louis XIV, et de propos délibéré, fournissent Toccasion de cette réflexion dont le Journal (n"* 12 du 29 mars, V. p. 158) fournit le thème. Voici l'article du Journal : « Je pressais le traité de Suède, mais Je n'osais pourtant y faire paraître trop d'empressement, de peur que cette couronne n'en prit avan* tage. Souvent notre impatience recule par trop d*ardeur les choses qu'elle veut avancer. » Le texte Â, 7" cahier (t. III^ f>a 340-342), développe cette idée. Le développement n'a pas été conservé dans les autres textes. L'éditeur de 1806 l'a Intercalé dans la copie du texte G (t. II, p. 331-333) ; il reconnaît, et avec raison, qu'il fait partie « d'une des premières minutes: 9 il a été élagué, dit-il, de la mise au net de PeiUsson. Pellisson vient là, comme toujours, prendre une place qui n'est pas la sienne, quand il s'agit des Mémoires de 1666 et de 1667.
Le texte A amène la réflexion par cette phrase :
J'envoyai de nouveaux ordres à mon ambassadeur
touchant cette négociation, lui commandant de s'y porter en apparence avec toute la froideur qu'il pourrait affecter, sans nuire absolument au succès de Taffaire.
Ce morceau, dont une phrase sur le Dauphin sera remarquée, porte la trace de la main de Louis XlVy pour la correction d*un mot tout à fait au début. Au Msc., ou lisait d'abord : « Celui qui veut y courir trop vite... » Louis XIV remplace : « courir ». par « aller. » La correction en soi est Insignifiante. Elle prouve seulement que le Bol n*a pas été étranger à cette première rédaction d'un développement qui depuis a disparu tout entier. Le voici :
Car ce n'est pas en matière de traités qu'il se faut piquer de diligence. Celui qui veut y aller trop vite est sujet à faire bien des faux pas. Il n'importe point dans quel temps, mais a quelles conditions une négociation se termine. Il vaut bien mieux achever plus tard les affaires que de les ruiner par la précipitation ; et il arrive même souvent que nous retardons par notre propre impatience ce que nous avions voulu trop avancer.
La trop grande passion que nous témoignons de conclure donne toujours à ceux avec qui nous traitons, ou la crainte d'être surpris, ou le désir de se prévaloir de notre envie. Comme il est certain que dans les négociations chacune des parties est attentive à ménager ses propres intérêts et à profiter aux dépens des autres, nous n'y saurions faire paraître le moindre empressement qui ne nous porte un notable préjudice. C'est assez que nous semblions affecter une chose pour nous la faire acheter au delà de son prix. On ne regarde plus combien elle vaut, mais combien nous Testimons; et après nous
l'impatience peut empêcher le succès. 309
ravoir longtemps fait souhaiter, ou Ton dqus la refuse tout à fait, ou Ton nous la cède enfin à des conditions si dures, qu'elles nous ôtent le plaisir d'en jouir.
Ainsi, quelque juste que soit notre impatience, le plus sûr moyen de la contenter, c'est de la tenir soigneuse* ment cachée ^ et dans les choses que nous désirons avec plus de raison, le seul secret de les obtenir, c'est de les poursuivre de telle manière, que nous paraissions résolu à nous en passer dès lors qu*on les voudra faire trop valoir.
Le développement s'est d'abord arrêté là. C'est peQt*étre tout ce qui en a été la à Louis XIV. La main qui a écrit le morceau a voulu compléter la réflexion par une leçon et une flatterie plus directement adressée au Dauphin. L'idée de la leçon est venue la première^ il faut l'avouer. Voici le début de l'alinéa nouveau :
J'ai cru, mon fils, vous devoir donner cet avertissement, parce que c'est un défaut attaché à la jeunesse...
La pensée de flatter un peq le jeune prince a suscité, après coup, le membre de phrase incident qu'on trouve à la marge :
... Et principalement à ceux qui comme vous sont d'un tempérament plein de feu.. .
La phrase se poursuit ainsi :
... de désirer trop âprement ce qu'ils souhaitent, et même de laisser trop ouvertement paraître leurs désirs : c^est un vice de tempérament que la seule raison peut corriger. Mais celle qui ne vient aux autres que par un
long lemps ou après des expériences fîcheases, je serais bien aise que vous la trouviez dans ces enseignements que je vous aurai donnés.
Le membre de phrase ajouté en marge n'est pas du tout de récriture de Louis XIV. Il parait, d*après une observation de Téditeur de 1806, qui signale à cet endroit du manuscrit une note de M. Le Grand d*Aussy, que le savant bibliothécaire croyait voir là la main du Roi. Dans Tétai actuel du manuscrit, on ne lit aucune note de ce genre. Il n'est pas nécessaire d'avoir une longue pratique des papiers du Roi pour affirmer qu'il n'y a rien qui ressemble moins à son écriture.Ce n*est pas davantage celle de Pellisson. Quant au Jugement porté ici sur le Dauphin , il ne s*éloigne pas beaucoup de la vérité , si nous considérons le Dauphin enfant, au moment où ces Mémoires furent écrits, en 1668 sans doute. Nous avons dit ailleurs (V. en tête du 1. 1 l'Étude sur la composition des Mémoires , ch. VIII, p. cxxviii-cxxix) ce que les contemporains écrivaient et espéraient de lui. Ce n'est que plus tard que l'on a pu l'accuser «d'un caractère froid et indolent, » que l'éditeur de 1806 a tort de lui reprocher prématurément à Toccasion de cette curieuse parenthèse (T. n, note de la p. 383).
NO 7, -» V. page 890.
n«4eiii«toelle de mm ▼•lUère deTleat d«ekMMe. — WiéÊÊmïïÈ&m ■or le« toTorltea. Me caraBUr de leur lAflaenee.
Nous abordons un fragment très-curieux à tous égards. Le titre promet des pages intéressantes ; il fait espérer que la pensée royale sortira des généralités où elle s'est enveloppée trop souvent '• La main de Louis XIV ne parait pas ici :
1. Ch. Pfmult, dans les Mémoires qui se rapportent à ce moment
RÈFLBXIOir SUR LES FAVORITES DBS ROIS, 311
mais le brouillon , |a première minute do morceau , est de Tantenr anonyme que nous ayons vn traiter déjà des sujets assez délicats, comme les devoirs du clergé d'après la nature de ses biens, comme la réduction du nombre des maisons de religieux. M. dé Périgny, en jouant avec le feu, ne s'est pas brûlé les doigt^, parce qu'il s'est bien gardé de s'avancer trop près. Nous ne trouverons donc pas ici les indiscrétions du biographe, ou les témérités du moraliste qui plairaient à beaucoup de lecteurs. Ces Mémoires n'ont nulle part le ton d'une confidence intime ou d'une critique vraiment indépendante. La curiosité n'eèt jamais complètement satisfaite. Le seul plaisir que l'on ait, c'est de voir le rédacteur tourner les difficultés et se tirer d'affaire avec des phrases.
Ce fragment est tout à fait isolé. Il a place dans le tome III du manuscrit. Le brouillon se lit, en Hgnes très-serrées, aux f>* 376, 375. (On a si mal disposé les f' pour la reliure du volume, qu'on en a interverti l'ordre.) La copie , avec quelques corrections, d'une assez belle et large écriture, est sur les
Le Journal du Roi ne donne rien qui annonce ces pages. Ni le texte B, même t., 1^ 237-276, ni le texte C, t^ 277-333,
du règne de Louis XIV, fers 1666 ou 1667, ptrUnt des choees dites ptr le Roi, qu'il recueillait dans un registre pour les insérer ensuite dans rhlstoire du Prince, cite entre autres le propos suifant (p. 8S). Le Roi dit un Jour, en présence de M. de Villeroy, de M. Le Tellier, de M. de Lionne, de M. le maréchal de Gramont, de M. Colberl, et de quelques autres dont Perrault ne se souvient pas : « Vous êtes tous, de mes amis, ceux de mon royaume que J'affectionne le plus et en qui J'ai le plus de confiance. Je suis Jeune, et les femmes ont ordinairement bien du pouvoir sur ceux de mon âge. Je vous ordonne à tous que si vous remarques qu'une femme, quelle qu'elle puisse être, prenne empire sur moi et me gouverne le moins du monde, vous ayes à m'en avertir; je ne veux que vingt-quatre heures pour m'en débarrasser et vous donner contentement là*>dessuê. » Le due de MoaiUes {HUt, de M** de Mamtenon, L 1, p. 815), copiant cette page do Gb. Perrault, voit la confirmation des paroles du Roi dans le morceau de nos Mémoires sur les favorites» pour lequel U ren- ?olaàr6diUoDdel806.
n'ont gardé le fait particulier à mademoiselle de La Yallière, et la réflexion que cette faveur a suggérée. On n*est donc pas admis à introduire ces pages dans le texte définitif, comme l'a fait réditeur de 1806 (t. II, p. 290-295). Quant à la place qu'il leur a donnée, il s'est réglé par la date de la cession du duché de Yaujours à mademoiselle de La Vallière , qui précéda immédiatement le départ du Roi pour la campagne de Flandre.
Elles paraissent avoir été écrites comme un témoignage des faiblesses ou de la icorruption des mœurs privées des princes, qui viennent d'être l'objet d'une réflexion curieuse, à l'occasion de la chute de l'indigne roi de Portugal Alphonse VL La rédaction de l'un de ces morceaux a conduit à l'autre. D y a entre eux des rapports d'idée et de style. Presque en tête des pages sur les favorites, on va lire ceci (Y. au haut de la p. 314) :
Après avoir tiré plusieurs instructions des manquements que j'ai remarqués dans les autres, je n'ai pas voulu vous priver de celles que vous pouviez tirer ici des miens propres.
Or, dans ce genre de fautes, un seul exemple est fourni par les Mémoires , c'est la vie honteuse du roi de Portugal. La forme même de la phrasé indique que la réflexion faite sur les princes de mœurs dépravées a précédé la composition du morceau sur les mattresses des rois. Le rapprochement de deux phrases n'est pas moins significatif. Dans le morceau sur les princes mal famés, on lit (V. p. 286, note 4) :
Je sais bien que ces exemples odieux de couronnes abattues et de trônes renversés , que Ton voyait renaître si souvent autrefois... empires désolés, maisons anéanties...
Tout à fait à la un de la réflexion actuelle, on lira (V. p. 3 19} :
A l'occasion de mademoiselle de la vallière. 313
C'est faute de les ayoir observées (ces précautions), que nous voyons dans l'histoire tant de funestes exemples de maisons éteintes y de trônes renversés , de provinces ruinées y d'empires anéantis , abattus , détruits.
L'effort littéraire, aux deux endroits, porte sur la même pensée, sur les mêmes mots. Bien que dans le morceau sur les favorites la phrase termine la réflexion, et qu'au contraire elle prenne place au début du morceau sur les mauvais princes , je n'en conclurai pas que le morceau sur les favorites a été écrit le premier. Dans le texte sur les mauvais princes, c'est une phrase d'essai , que les brouillons seuls nous fournissent, que la composition définitive n'a pas conservée : mais on s'en est souvenu , on a espéré en tirer quelque effet, et on lui a fait Thonneur, en la renforçant un peu , de la garder comme bouquet final pour la réflexion sur les favorites.
Le morceau n'a point de titre , comme nous en avons vu à quelques fragments isolés de nos manuscrits. H ne porte aucun signe ni de cahier, ni d'année.
Avant que de partir pour l'armée, j'envoyai un édit au parlement. J'érigeais en duché la terre de Yaujours en faveur de mademoiselle de La Vallière, et reconnaissais une fille que j'avais eue d'elle. Car^ n'étant pas résolu d'aller à l'armée pour y demeurer éloigné de tous les périls, je crus qu'il était juste d'assurer à cette enfant l'honneur de sa naissance , et de donner à la mère un établissement convenable à l'affection ^ que j'avais pour elle depuis six ans.
J'aurais pu sans doute me passer de vous parler de ^
1. Le brooillon, f" 3T6, donne seulement : « ... que j'aTais eue pour elle. • La phrase actuelle est sur la copie, f" 373 r*. % Au brouillon, f* 376 : « de cette a0aire. • Sur la copie, ^ 373 v*. cet
314 SUPPLÉHBIIT AUX MftXOnUSS DE 1667.
cet attachement dont l'exemple n'est pas bon à suivre. Mais après avoir tiré plusieurs instructions des manquements que j'ai remu*qués dans les autres , je n'ai pas voulu vous priver de celles que vous pouviez tirer des miens propres.
Je vous dirai premièrement que, comme le prince devrait toujours être un parfait modèle de vertu, il se* rait bon qu'il se garantit des faiblesses communes au reste des hommes S d'autant qu'il est assuré qu'elles ne sauraient demeurer cachées. Et néanmoins , s'il arrive que nous tombions malgré nous dans quelqu'un de ces égarements, il faut du moins, pour en diminuer la conséquence, observer deux précautions que j'ai toujours pratiquées et dont je ma suis fort bien trouvé.
La première, que le temps que nous donnons a notre amour ne soit jamais pris au préjudice de nos affaires, parce que notre premier objet doit toujours être la conservation de notre gloire et de notre autorité, lesquelles
mots eoDt d'abord écrits, pais barrés» et remplacés par : c oet attache» ment dont l*exemp1e... »
I. Au broaillon, f* S76 : € ...aa reste des hommes, et cela d'aotant plus que les autres se peuTcnt persuader que dans la foule où Ils soui nés ils cacheront aisément leurs fautes, au lieu que dans l'élévation où nous sommes, e*est nous tromper lourdement de penser que nous puis* sions Caire aucune démarche qui dans le temps même ou bientôt après ne soit connue de toute la terre. » Sur la copie, f* 373 v*, on Ut la phrase actuelle : « ... d'autant plus... » et celte autre barrée au Msc. même: c mais qu'elles sont connues de toute la terre souvent dans le moment même qu'ils les ont conçues ou du moins fort peu de temps après.» — Cette réflexion semble répondre à un article du Journal de 1666 (V. 1. 1, p. 43), qui ne paraît pas avoir été développé dans les Mémoires de la même année X € Qu'il ne faut rien faire qu'on puisse avoir honte d'avouer, parce que ce qui est aujourd'hui le plus secret sera connu quelque Jour de tout le monde, pr1nci|»alement chei les rois. «