‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 156 sur 280 · RAPIDE CONQUÊTE · texte numérisé non relu

RAPIDE CONQUÊTE

entrer le marquis d'Yenne dans la place % et crus que les habitants seraient peut-être bien aises d'être autorisés par les ordres du gouverneur de la province à faire une chose qui était de leur intérêt. En effet, dès le jour même, Ton me fit prier de surseoir les attaques» et la capitulation s'étant faite le lendemain, j'entrai dans Gray le 19 février, achevant ainsi en quinze jours d'hiver une conquête qui, étant entreprise avec moins de précaution, pouvait m'arrêter plus d'une campagne.

Sans m'amuser à visiter les villes qui s'étaient rendues en mon absence, je revins le plus vite que je pus à Saint- Germain, où j'avais des affaires importantes à régler-, mais je laissai la Uberté à ceux qui étaient avec moi de me suivre ou de revenir, à leur commodité.

Dans le temps de cette expédition, comme la saison était très-fâcheuse, j'avais tâché d'en adoucir la rigueur aux gens de qualité, par la bonne chère que je leur faisais faire. Et, parce qu étant à la campagne, on ne peut pas ménager tant de temps pour les affaires de cabinet, je m'entretenais plus librement avec tout le monde, tant en conversation générale qu'en particulier^ mais je cherchais néanmoins autant qu'il se pouvait à tirer profit de ces entretiens ou pour avancer l'ouvrage auquel j'étais appliqué, ou pour connaître plus à fond les gens même à qui je parlais, ou pour tirer des éclaircissements sur diverses autres choses.

C'est une question fort agitée entre les politiques de

1 . Le Use., f* 385 r*, i^outait eetU» phrase qui a été barrée : « ... aeoompagaé de don Jean de VaUeville, que la passiOD d'emporter un bénéflee suF Bon compéUteur... • La phrase e«t restée ainsi suspendue.

savoir s'il est à propos que le prince se communique à peu de gens ou à plusieurs ^ Les uns disent qu'un roi, qui doit savoir tout, doit se communiquer à tout le monde; d'autres, au contraire, que pour la tranquillité de son esprit et la solidité de ses r^lutions, il ne se doit ouvrir qu'à un seul ministre ; et les derniers, en prenant une voie de milieu, prétendent qu'en partageant l'exécution de ses affaires entre un petit nombre de conseillers, il en reçoit plus de soulagement dans son travail et moins d'incertitude en ses conseils ^.

Mais, pour moi, mon fils ', je crois qu'on peut accor-

1 . Toute la réflexion qui suit répond à une question qae le Roi s'était posée déjà en 1667 pendant sa campagne de Flandre. Elle n'a rien de bien neuf. Ce qui lui donne de l'intérêt, c'est le caractère politique et personnel au Roi qu'elle prend en se développant. Nous avons eu occasion de signaler (V. p. 268, note 1) une rédaction plus ancienne de ces idées, dans un morceau écrit sans doute en 1667, qu'on a fractionné ensuite. La seconde partie est seule restée attachée au texte définitif de 1667 ; nous sommes en présence de la première. Nous allons suivre alinéa par alinéa le texte primitif (même Msc, t. Hl, r> 124 et sulv., Mém. de 1667, texte A, 10* cahier.) Quant au texte msc. de 1668, il ne présente ici comme partout que très-peu de corrections de détail.

3. Voici le premier alinéa du texte primitif (A, 10* cahier de 1667, t. III, fo 124) : « Go n'est pas une petite dlfllculté, en matière de politique, de savoir si le Prince doit parler à beaucoup ou à peu de gens. Ceux qui tiennent le premier parti disent qu'en écoutant un plus grand nombre de personnes, il ne peut manquer d'apprendre le vrai de la chose. Mais ceux qui soutiennent le contraire répondent qu'encore que le Prince, parlant à plusieurs, entende effectivement la vérité, il n'est pas possible qu'il la distingue du mensonge, lequel on babille toujours comme elle. Il y a même eu des gens habiles qui ont prétendu que le souverain ne devait se communiquer immédiatement qu'à un seul ministre, et qui n'ont manqué ni de belles raisons, ni de grands exemples pour soutenir cette dangereuse proposition. » Sur le Msc. de 1668, 1^386 v*, ceux qui tiennent pour un seul ministre sont aussi cités les derniers, après correction.

3. Ces mots sont ajoutés en interligne sur le texte msc. de 1668» f^ 387 r*.

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