‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 160 sur 280 · PROFIT A ENTXNDRB PARLER DIVERSES PERSONNES · texte numérisé non relu

PROFIT A ENTXNDRB PARLER DIVERSES PERSONNES

écouter des sottises. Et sa raison, à mon avis, était que le même homme qui nous dit une chose inutile aujourd'hui peut en dire demain une très-importante, et que ceux encore qui ne disent rien de sérieux, ne laissent pas de faire que les autres qui traitent les plus grandes affaires auront plus de retenue à mentir, sachant par combien de voies différentes nous pouvons apprendre la vérité.

Mais un autre profit que le prince tirera sans doute de ces différents entretiens, c'est qu'insensiblement il connaîtra par lui-même les plus honnêtes gens de son État, avantage d'autant plus grand que la principale fonction du monarque est de mettre chacun des particuliers dans le poste où il peut être utile au public. On sait bien ^ que nous ne pouvons pas faire tout ; mais nous devons donner ordre que tout soit bien fait, et cet ordre dépend principalement du choix de ceux que nous employons. Dans un grand État, il y a toujours des gens propres à toutes choses , et la seule question est de les connaître et de les mettre en leur place. Cette maxime , qui dit que pour être sage il suffit de se bien connaître soi-même, est bonne pour les particuliers; mais le souverain , pour être habile et bien servi , est obligé de connaître tous ceux qui peuvent être à la portée de sa vue '. Car enfin ceux de qui nous prenons

1. ToQt ce qui scrit, depuis : « On sait bien que... » Jmqu'à « ... mtit le aoaTerain... » est une addition en marge.

2. Au Mae., f 889 r*, on lit, à la suite, une phrase qui députe a été bISée .} « La plus grande richesse do prince est dans le nombre ou dans la Tertu de ses sujets. Et cependant ceux que nous ne connaissons pas nous sont presque des biens ioutiles^ parce que nous ne les appliquons pas à l'endroit où ils nous pourraient le mieux senrir. •

conseil en toute autre chose, nous peuvent raisonnablement être suspects en celle-ci, parce que plus les places qu'il faut remplir sont importantes , plus l'envie qu'ils ont d'y porter des hommes dépendants d'eux peut, ou les abuser eux-mêmes, ou les tenter de nous abuser.

Je sais bien, mon fils ', que ces observations sont un peu scrupuleuses, et qu'il y a peu de souverains qui se donnent la peine d'y prendre garde; mais aussi s'en trouve-t-il bien peu qui s'acquittent pleinement de leur devoir. Si vous ne voulez vivre qu'en prince du commun, content de vous conduire ou plutôt de vous laisser conduira comme les autres , vous n'avez pas besoin de ces leçons. Mais si vous avez un jour, comme je l'espère, la noble ambition de vous signaler; si vous voulez éviter la honte non-seulement d'être gouverné, mais même d'en être soupçonné , vous ne sauriez observer avec trop d'exactitude les principes que je vous donne ici , et que vous trouverez ^ continuellement dans la suite de cet ouvrage.

Durant ce voyage , j'avais appris que les Hollandais , après de longues poursuites, avaient enfin fait résoudre les Anglais à s'unir avec eux par un traité fait à Bruxelles le 23 janvier ', dont le principal article était qu'eux et les autres États qui entreraient dans cette ligue travailleraient jusqu'au^ mois de mai, par toutes sortes d'offices et de persuasions, à faire conclure la paix entre

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