‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 162 sur 280 · NOUVELLE DEMANDE DE SUSPENSION D* ARMES · texte numérisé non relu

NOUVELLE DEMANDE DE SUSPENSION D* ARMES

prendre le gouyemement ^ mais j'avais nouvelle qu*il n*était pas encore parti, et le duc de Beaufort, par qui je le faisais observer, était en état de lui disputer le passage.

Touchant les propositions de paix, le Roi Catholique avait envoyé pouvoir à Castel-Rodrigo pour choisir Tun des deux partis que j'avais proposés ; mais après les divers artifices que Ton avait déjà pratiqués pour m*amuser, j'étais en droit de douter de tout, et je me préparais en effet pour aller au plus tôt en Flandre : car enfin c'était là que je prétendais porter mon principal effort. J'avais même changé la résolution d'envoyer mon frère en Catalogne, me contentant d'y laisser seulement... avec un corps d'environ... hommes, et j'avais résolu de mener trois grosses armées vers les Pays-Bas. L'une devait aller sur les bords du Rhin , commandée par le prince de Condé , l'autre vers la mer conduite par mon frère , et la troisième, où j*allais en personne, dans le milieu du pays, partout où ma présence pouvait être utile.

Mais sitôt que la fin de mars approcha, les Hollandais vinrent, appuyés d'une députation célèbre du collège électoral, des suffrages du pape et du roi d'Angleterre , pour me demander une nouvelle suspension jusqu'à la fin du mois de mai. Ils disaient pour raison que le roi d'Espagne avait fait dès lors, de sa part, tout ce que l'on devait attendre de lui *, que les choses que j'avais prescrites m'étaient accordées, et que, ne restant plus qu'à les revêtir des formes ordinaires, je ne devais pas refuser le temps nécessaire absolument pour

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cela. J'avais ^ sans doute, de ma part, de quoi répondre a ces remontrances : mais, dans le fond, il s'agissait de voir lequel m'était le plus avantageux et le plus honnête, ou de consentir à la paix aux conditions que j'avais moi-même réglées , ou de continuer la guerre contre les Espagnols et contre ceux qui prendraient leur parti.

La délibération était difficile assurément d'elle-même, par le nombre et par le poids des raisons qui se rencontraient des deux côtés ^ mais Tembarras particulier que j'y trouvais encore était que je me voyais obligé de prendre ma résolution purement de moi , n'ayant personne que je pusse consulter avec une pleine confiance. Car, d'une part j je ne doutais pas que ceux qui avaient emploi dans la guerre ne s'attachassent insensiblement aux raisons qui me portaient à la continuer*, et d'ailleurs, il était aisé de connaître que les gens dont je me servais en mes autres conseils (ne pouvant ni me suivre à l'armée sans incommodité, ni s'éloigner de moi sans jalousie pour ceux qui me suivaient) se trouveraient naturellement d'accord entre eux à faire valoir dans leurs avis tout ce qui pourrait tendre à la paix. Je ne laissai pas néanmoins d'entendre les uns et les autres, pour pouvoir du moins comparer leurs raisons , et en juger décisivement moi seul.

D'un côté, l'on me représenta le nombre et la vigueur des troupes dont j'avais résolu de me servir, la faiblesse où étaient les Espagnols , et l'indifiérence où

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