ÉTAT INTÉRIEUR DU ROTAUMB
laient à la fin les gens habiles et consommés, et persuadé' an fond que je n'avais point été mis et conservé sur le trône avec une aussi grande passion de bien faire sans en devoir trouver les moyens.
Enfin, quelques années s'étant écoulées de cette sorte, la paix générale, mon mariage, la mort du cardinal^ Mazarin m'obligèrent à ne pas difiTérer davantage ce que je souhaitais et que je craignais tout ensemble depuis si longtemps.
^ Je commençai à jeter les yeux sur toutes les diverses parties de l'État , et non des yeux indifférents, mais des yeux de maître, sensiblement touché de n'en voir pas une qui ne méritât et ne me pressât d'y porter la main, mais observant avec soin ce que le temps et la disposition des choses me pouvaient permettre.
Le désordre régnait partout ^. Ma cour en général était encore assez éloignée des sentiments où j'espère que vous la trouverez. Les gens de qualité, habitués aux négociations continuelles avec un ministre qui n'y avait pas d'aversion , et à qui elles avaient été quelquefois nécessaires, se faisaient toujours^ des dîroits imaginaires sur tout ce qui était à leur bienséance. Nul
1. Mse., iK 26, il y a d'abord : « ... persuadé que Dieu ne m*avalt point mis et conservé sur le trône... sans m'en louloir donner les moyens. >
2. Mse., p. 27, il y avait d'abord : « de Mons. le cardinal; » on a eifacé pour : « du cardinal. »
3. C'est ici que commence le brouillon a de Pellisson, qui nous conduit jusqu'à la fin du préambule. Nous avons déjà dit qu'il présente peu de différence avec son teite définitif (P' caliier, p. 2S-70 du Msc.).
4. Au brouillon a, on lit ceci en marge : « ... suite ordinaire des minoritéa et des longues guerres. »
5. a, ceci a été ajouté en Interligne : « ... de nouvelles prétentions et... >
gouverneur de place que Ton n'eût peine à gouverner ; nulle demande y qui ne fût mêlée d*un reproche du passé, ou d'un mécontentement à venir que Ton laissait entrevoir et craindre ; les grâces exigées et arra* chées plutôt qu'attendues, et toujours tirées à conséquence de Tun à l'autre, n*obligeaient plus ' à vrai dire personne, bonnes seulement désormais à maltraiter ceux à qui on voudrait les refuser.
Les finances, qui donnent le mouvement et l'action à tout ce grand corps de la monarchie, étaient entièrement épuisées, et à tel point qu'à peine y voyait-on de ressource ; plusieurs des dépenses les plus nécessaires et les plus privilégiées de ma maison et de ma propre personne, ou retardées contre toute bienséance, ou soutenues par le seul crédit, dont les suites étaient à charge. L'abondance paraissait en même temps chez les gens d'affaires, d'un côté couvrant toutes leurs malversations par toute sorte d'artifices, et les découvrant de l'autre par un luxe insolent et audacieux, comme s'ils eussent appréhendé de me les laisser ignorer.
L'Église, sans compter ses maux ordinaires, après de longues disputes sur des matières de l'école, dont on avouait que la connaissance n'était nécessaire à personne pour le salut, les différends s'augmentant chaque jour avec la chaleur et l'opiniâtreté des esprits, et se mêlant même incessamment de nouveaux intérêts humains, était enfin ouvertement menacée d'un schisme par des gens d'autant plus dangereux qu'ils pouvaient
I . Ces mou : « à vrai dire, » que ne donne pat le texte a, sont barré» 8Qr le Mec., p. 32.