PAS DE GRANDS EMPEREURS APRÈS CHARLEMAGNE
Charlemagne a été en droit de prendre ce titre d'empereur qui aurait dû rester à ses héritiers, les rois de France.
Cbarlemagne ne yoyanfaucun roi en toute l'Europe ni, à dire la Térité, en tout le reste du monde qui pût se comparer à lui, ce nom semblait désormais impropre ou pour eux ou pour lui, par l'inégalité de leur fortune. Il était monté à ce haut point de gloire non pas par l'élection de quelque prince, mais par le courage et par les victoires, qui sont l'élection et les suffrages du ciel môme quand il a résolu de soumettre les autres puissances à une seule. Et Ton n'avait point vu de domination aussi étendue que la sienne, hors les quatre fameuses monarchies, à qui ou attribue l'empire du monde entier, quoiqu'elles n'en aient jamais conquis ni possédé qu une petite partie, mais considérable et connue dans le monde le plus connu. Celle des Romains était la dernière, tout à fait éteinte en Occident, et dont on ne voyait plus en Orient que quelques restes faibles, misérables et languissants. Cependant, comme si l'empire romain eût repris sa force et commencé à revivre en nos climats, ce qui n'était point en effet, ce nom le plus grand qui fût alors dans la mémoire des hommes sembla seul pouvoir distinguer et désigner l'élévation extraordinaire de Charlemagne; et bien que cette élévation même, qu'il ne tenait que de Dieu et de son épée, lui donnât assez de droit de prendre tel titre qu'il aurait voulu, le pape, qui avec toute l'Eglise lui avait d'extrêmes obligations, fut bien aise de contribuer tout ce qu'il pouvait à sa gloire, et de rendre en lui cette qualité d'empereur plus authentique par un couronnement son. 29
450 SUPPLÉMENT KV\ NÉMOIRF.S DR 1661.
Icnnel, comme le sacre, qui encore qu'il ne nous donno pas la royauté ta déclare au peuple et la rend en nous plus auguste^ plus inviolable et plus sainte. Mais cette granxleur de Cbarlemagne, qui fondait si bien le titre d'empereur ou de plus magniOques encore si on eût pu en trouver, ne dura pas longtemps après lui.
Presque aassitM, dans les deux textes, est montré rafTai- Missement de cette dignité d^emperear, lorsqu'elle fat affectée particulièremeot à rAlleroagoe et rendue élective. Pellissoa cherche ce qu'ont gagné à ce changement non-seulement les divers Ëtats et les princes de rAllemagne, mais les papes :
Les papes s'en sont trouvés bien, parce qu'on fait tcHijodrs profession de la tenir de leur autorité, et qu'au fond un grand et véritable empereur romain pouvait ae donner plus de droit qu'ils n'eussent voulu sur Rome même : d'où vient que ceux qui ont le plus curieusement recherché l'antiquité tiennent que Léon Ili, en couronnant Cbarlemagne, ne lui attribua pas lé titre d'empereur romain, que la voix publique lui donna en^ suite, mais seulement celui d'empereur et celui d'avocat de l'Église et du saint-siége. Car ce mot d'avocat signifiait alors protecteur. Et en ce sens, les rois d'Espagne se qualifiaient encore, il n'y a que quelques années, avocats d'une partie des villes que f ai conquises en Flandre , ce pays étant presque tout divisé en différentes AVocatieSy ou protections de cette nature.
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Après avoir montré combien a dégénéré la dignité impériale, même sous les Carlovingiens, combien la condition des empereurs est maintenant précaire en Allemagne, le texte B met senlemftt ceci :
Desquelles observations vous pouvez connattre si c'est avec justice qu'ils ont prétendu se distinguer des autres monarques.
(lonara
En France, parmi les antres monarques, un seul intéresse, celui même de la France. Aussi Pellisson s'empresse d'ajouter tout un développement :
Je ne vois donc pas, mon fils, par quelle raison des rois de France, rois héréditaires, et qui peuvent se vanter qu'il n'y a aujourd'hui dans le monde, sans excep«> tion, ni meilleure maison que la leur, ni puissance plus grande , ni autorité plus absolue, seraient inférieurs à ces princes électifs. Il ne faut pas dissimuler néanmoins que les papes, par une suite de ce qu'ils avaient fait, ont insensiblement donné, dans la cour de Rome, la préséance^ux ambassadeurs de l'Empereur sur tolis leâ autres, et que l^olupart des cours de la chrétienté ont imité cet exemPP, sans que nos prédécesseurs aient fait effort pour l'empêcher -, mais«en toute autre chose, ils ont défendu leurs droits.
On trouve, dès le diuème siècle, des traités publics S où ils se nomment les premiers avant les empereurs avec qui ils traitent -, et à la Porte du Grand-Seigneur, nos ambassadeurs, et en dernier lieu le marquis de Brèves sous Henri le Grand mon aïeul, n'ont pas seulement disputé, mais emporté la préséance sur ceux des empereurs. En un mot, mon fils, comme je n'ai pas cru devoir rien demander de nouveau dans la chrétienté sur cette matière, j'ai cru encore moins, en Tétat où je me trouvais, devoir en aucune façon du fronde rien souffrir de nouveau où ces princes affectassent de prendre le moindre avantage sur moi, et je vous conseille d'en user de même, remarquant cependant combien la vertu est à estimer, j||^qu'après tant de siècles celle des Romains, celle ^M)remiers Césars, et celle de Charlemagne, font encore, malgré l'exacte raison, rendre plus d'honneur qu'on ne devrait au vain nom et à la vaine ombre de leur empire. ^ •
1. Pelliason, en face de la phrase, met en marge ceci (Msc., liv. ir, aect. 2, p. 48) : « 11 y en a un entre autres, en 921, qui est un traité d'alliance pa^séÀ Bonn, sur le Rhin, entre Charles le Simple et Henri de Saxe, surnommé l'Oiseleur, où Charles crt toujours nommé le premier, et ses témoins même avant ceux de Henri. V. André Duchesne, dans la leeond volume du Recueii des anciens historiens français, p. 687. » L'éditeur de 18( 6 reproduit celle note de Pellisson (t. I, p. 76). — Nous remarquerons en passant que l'exemple cité porle à faux, puisque Henri l'Oiteleur n'a Jamais eu le titre d'empereur : c'est son fils Otbon qui a été le premier empereur allemand.