‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 226 sur 280 · RAISONS OB LA CROYANCE EN DIEU · texte numérisé non relu

RAISONS OB LA CROYANCE EN DIEU

note suivante : « passer de la page 1 48 à la page 1 84, » à ces mots :< Plusieurs de... > D'après la note de Pellisson^uDemaio plus moderne a transcrit dans son registre entre la page 1 48 et la page 149^ sur une feuille intercalée , Talinéa commençant par ces roots : « Plusieurs de mes ancêtres... » afin de rejoindre les parties de texte qui sont conservées. C'est l'alinéa qui termine le texte 6 (V. p. 424.) Nous sommes bien de Tavis de Pellisson : ces notions sur la religion ne sont pas à regretter ; elles ont un caractère tellement général qu'elles n'ont pas l'air d'avoir été écrites dans un but particulier pour l'instruction d'un prince. L'éditeur de 1806 ne s'est pas douté de la bonne pensée de Pellisson, qui retirait des pages inutiles.

Si toutefois, par une curiosité assez naturelle, vous vouliez savoir ce qui m'a le plus touché de ce que j'ai jamais vu ou entendu sur de semblables matières, je vous le dirai fort simplement, suivant que le bon sens me le pourra suggérer, sans affecter une profondeur de connaissances qui ne m'appartiennent pas.

J'ai donné beaucoup, en premier lieu, au consentement général de toutes les nations et de tous les siècles, et particulièrement de tous ou presque tous les hommes les plus célèbres dont j'aie jamais entendu parler, soit pour les lettres, soit pour les armes, soit pour la conduite des États, qui en général ont estimé la piété , quoiqu'on différentes manières : au lieu qu'on ne compte depuis tant de temps pour impies et pour athées qu un très-petit nombre d'esprits médiocres, qui ont voulu passer pour plus grands qu'ils n'étaient, ou du moins que le public ne les a trouvés, puisqu'ils n'ont pu jusqu'ici se faire , comme les autres, un parti considérable dapsle monde, une longue suite d'approbateurs et d'admirateurs.

Le consentement universel m'a toujours semblé d*un très-grand poids. Car après tout il n'est pas étrange que la raison se trompe en un petit nombre de particuliers, puisque les sens mêmes dont la certitude est si grande se trompent aussi en quelques particuliers, et qu'il y en a qui voient les choses toutes différentes de ce qu'elles sont en effet. Mais si en ce qu'il y avait de plus important au monde, et qu on a étudié avec le plus de soin, la raison humaine généralement parlant s'était trompée en tous les temps et en toutes les natures, et toujours régulièrement de la même sorte, pour nous faire embrasser, comme le plus grand et le plus important de tous nos devoirs, un fantôme et une chimère qui ne fût rien du tout, elle ne serait plus elle-même une raison, mais une folie à laquelle il faudrait renoncer : ce qui est la plus grande extravagance et la plus grande contradiction qu'un esprit raisonnable puisse soutenir, puisqu'il ne la soutiendrait qu'en raisonnant lui-même.

J'ai considéré ensuite que si l'imagination résiste d'abord â tout ce que nous n'avons pas vu, et par conséquent à tout ce qu'on nous enseigne de la divinité, le jugement s'y rend sans peine aussitôt que nous nous y attachons plus longtemps, et que nous l'examinons de plus près : car nous ne pouvons juger des choses qui nous sont inconnues qu'en les comparant à celles que nous connaissons, et tirant des conséquences des unes aux autres.

Cependant nous ne voyons rien dans le monde, de tout ce qui a quelque rapport et quelque ressemblance avec le monde lui-même, comme sont les machines des bâtiments, et mille autres choses semblables, qui ne soit l'ouvrage de quelque raison et de quelque esprit qui

LA TARIÉTÉ DES RELISIONS CONFmMB L*IDÉB DE DIEU. 461

en a fait le dessin. Cela étant, pourquoi ne croirionsnous pas, quand raènie Tinstinct naturel et la voix de tous les peuples ne nous l'auraient pas appris, que le monde lui-même, qui surpasse si fort toutes ces choses en ordre, en grandeur et en beauté, est aussi l'ouvrage de quelque esprit et de quelque raison sans comparaison plus grande et plus élevée que la nôtre, dont si ensuite on nous dit mille merveilles, il faut seulement examiner qui nous les dit, et quelle assurance il en a, sans nous étonner de ne les pouvoir comprendre, puisque dans le monde même, qui n'en est que l'ouvrage, il y a tant d'autres miracles que nous ne pouvons entendre, encore que nous ne puissions les nier, et qu'ils soient incessamment devant nos yeux. Ainsi, ce qui serait incroyable en soi, s'il est appuyé d'ailleurs de quelque bonne autorité , ne devient pas seulement croyable mais très-vraisemblable quand il s'agit de cette raison supérieure et si élevée, c'est-à-dire d'une chose trèsobscure pour nous, qui ne connaissons que très-imparfaitement ce que c'est que notre propre raison.

Ces premiers fondements posés, il m'a toujours semblé, mon (ils, que tout le reste suivait facilement. La variété infinie des religions peut faire peine, mais elles ont toutes au fond tant de rapports l'une à l'autre, tant de principes et de fondements qui leur sont communs, que leur diversité même confirme visiblement une seule religion, dont toutes les autres sont des copies imparfaites ou falsifiées, qui ne laissent pas de conserver les traits les plus remarquables de l'originale.

Et quand il n'est plus question que de démêler cet original d'entre ces copies, quelle autre religion le peut

46i SUPPLÉMENT AUX MÊMOlRRS DE 1661.

emporter sur la nôtre, à laquelle tout ce qu'il y a eu de gens habiles et éclairés dans le monde se sont rendus quand elle a paru, qui est aujourd'hui embrassée et suivie, non pas comme les autres par des nations barbares, ignorantes et grossières, mais par toutes celles où Tesprit et le savoir sont le plus cultivés ; qui, d'ailleurs, si on regarde Tanciennetéi est la même que la juive la plus ancienne de toutes» et dont elle n'est que la perfection et Taccomplissement , prédit, promis et annoncé plusieurs siècles auparavant par des hommes extraordinaires, en même temps qu'ils faisaient mille autres prédictions que l'événement confirmait chaque jour; qui dès ce temps-là s'est vantée hardiment, qu'aussitôt qu'elle serait à ce point de perfection qu'elle attendait, elle détruirait entièrement la païenne, dont elle était alors méprisée ou opprimée, et n'y a pas manqué : tous ces dieux qu'on adorait ayant disparu devant le sien, sans qu'il leur soit plus resté un seul adorateur dans le monde ?

Les vérités qu'elle publie sont surprenantes, mais nous avons posé que rien ne nous doit surprendre, ni paraître trop grand, en ce qui est si fort au-dessus de nous. Le monde les a apprises par ceux qui en étaient témoins oculaires, et que le bon sens ne nous permet pas encore aujourd'hui de soupçonner ni de folie, puisque leur morale , du consentement des impies mêmes, passe de bien loin celle des plus sages philosophes, ni d'imposture, puisqu'on demeure d^accord qu'ils ont vécu sans intérêt, sans bien, sans ambition, sans plaisirs, fournissant le plus souvent, par le travail de leurs mains, au peu qui leur était nécessaire } courant arec

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