TEXTE A DES MÉMOIRES DE
15* CAHISB (DB L'iNTiODOCnON).
Dès ' Tannée précédeote, ayant eu avis du prodigieux dégât qui $'était fait en toutes les forêts du royaume^ j'ordonnai procnptement que Ton sursit à toutes sortes de ventes de peur que le mal ne s'augmentât, en alten-
1 . Pour ce fragment, au Heu de donneren Tariantes les partie» de phrases de Pellltson, phrase par phrase, ainsi qne nous avons fait en 1661, comme Tordre de développement estai^sez sensiblement différent, nous préférons reproduire le texte de Peliisi^on dans son ensemble, en distinguant chaque sqjet. — Sur la question des forftts, on reoiarqueni que les réflexions générales exprimées dans la 3*, la 4* et la à* phrase de Pellisson, ne sont même pas en germe dans le texte A. — Pellisson (éd. 1806 des Œuvres de Louis XIV, p. lOl'tÙdt t. 1) : « Je m'appliquai aussi celte année à un règlement poar les forêts de mon royaume, où le désordre était extrême, et me déplaisait d'autant plus que j'avais formé de longue main de grands desseins pour la mAine. Les cau^^es principales du dééordre peuvent servir à votre inslruotion, mon fli«. G'e«t une simplicité sans doute que de confier nos intérêts, en matière d'argent, aux mêmes personnes à qui nous faisons, d*un autre «"Até, quelque tort considérable dans \e^ levées, et qui peuvent le réparer en nous trompant. W n'appartient à la vérité qu'aux rois de se fbire Justice «ux-mêmes, depuis que les particuliers y ont renoncé pour l'utilité publique et pour la leur propre, en se soumettant à la loi civile. Mais, quand ils peuvent impunément et secrèlemenl rentrer en i^ossesslon de ee droit naturel, leur fidélité n'est guère à cette épreuve, et c'est alors une vertu presque héroTque dont le commun des hommes n*est pas ca- |»able. L^a guerre et l'invention des partisans pour faire de l'argent avaient produit une infinité d'oiH«'ier^ des eaux et forêts comme de louUts les au» très sortes; la guerre et les mêmes inventions leur étaient ou leur retrancliaient leurs gages, dont on ne leur avait fait qu'une vaine montre, en établissant leurs offices, ils s'en vengeaient et s'en payaient, mais avec usure, aux dépens des forêts qui leur étaient oommisei, et cela d'aitant
dant que j*eusse le loisir d'examiner plus particulièrement les remèdes que Ton y pourrait apporter.
Ceci est ajouté en marge :
Je conçus incontinent de quelle importance était ce bien pour le général du royaume. Car, outre les usages auxquels il est ordinairement employé, les vues que j'avais dès lors pour le rétablissement de la navigation me faisaient connaître combien il était nécessaire de faire un bon ménage des bois que nous avons chez nous, pour construire ou pour réparer les vaisseaux avec moins de frais et avec plus de promptitude.
Le texte reprend :
Ce fut cette année que je commençai à travailler sérieusement à cette affaire dans la discussion de laquelle je reconnus que les officiers mêmes qui étaient préposés pour la conservation des forêts en avaient seuls causé la ruine.
plus facilement, que peu de personnes étaient intelligentes ea ces matières, hors celles qui avaient part au crime et au profit. Il n'y arait sortes d'artifices dont ces officiers ne se Tussent avisés, jusqu'à brûler eiprès une partie des bois sur pied, pour avoir lieu de prendre le reste comme brûlé par accident. J'avais su et déploré cette désolation de mes Torèls dès l'année précédente; mais mille autres choses plus pressées m*cmpêchant d*y pourvoir entièrement, j'avais seulement empêché le mal dé s'augmenter, en détendant qu'il se fît aucune vente jusqu'à ce que j'en eusse autrement ordonné. Cette année j'y apportai, par le règlement dont je vous ai déjà parlé, deux remèdes principaux : l'un fut la réduction des ofllclers à un pelit nombre qu'on pût payer de leurs gages sans peine, et sur lesquels il fût plus aisé d'avoir les yeux ; l'aulre fut la recherche des malversations passées, qui ne servait pas seulement d'exemple pour l'avcoir, mais qui, par les restitutions considérables auxquellra ils furent condamnés, fournissait en partie au remboursement des officiers supprimés, et rendait cette réduction également juste et facile. •
RÉFORMB DONS L*A01I1NISTRATI0N DES FORÊTS. 473
Par diverses Créations, ils avaient insensiblement été multipliés jusqu'à un nombre excessif, et (dans le désordre général des affaires de finances) ne touchant aucuns gages réglés, ils s'étaient cru permis dedégrader toutes les forêts du royaume sous prétexte de toucher leurs appointements. Mais, outre cet abus général que Tusage semblait avoir autorisé, j'appris qu'il se commettait plusieurs autres crimes secrets que les coupables savaient artiûcieusement revêtir de toutes les formes de la justice, jusque-là que souvent on brûlait exprès une partie du bois sur le pied pour avoir lieu de prendre le reste comme brûlé par accident.
J'employai deux moyens à la fois pour faire cesser ce désordre. L'un fut d'en retrancher les principaux auteurs afin que leur punition fit exemple; l'autre fut de réduire cette multitude immense d'officiers à la quantité qui serait précisément nécessaire pour la conservation des forêts. Ainsi la diminution du nombre des officiers faisait que ceux qui restaient pouvaient être commodément payés de leurs gages, et les restitutions auxquelles on condamnait les coupables produisaient un fonds presque suffisant pour le remboursement des supprimés.
Ces soins ' que je prenais sans cesse pour réparer la
1. Le texte de Pelliuon (éd. 1806. p. 209-211), présente d'une manière différente cette augmentation de l'épargne du Roi. Le texte A donne d'abord les réflexions; il tire les eonséquences des faits ; il expose ensuite les faits eux-mêmes. Pellisson expose d'abord les faits ; il les juge ensuite en vue du présent et de ravenir. Ainsi, pour comparer les deux textes, il faut ehereher à la fin de l'un ce qui est au commencement de l'autre. — Pellisson : « J'augmentai d'ailleurs cette année mon revenu ordinaire de quatre miilioDs «d un seul article, d'un cdlé, enjoignant les en-
474 MÉMOIRES POOII 1662.
mauvaise administration des affaires passées faisaient qu'après avoir acquitté toutes les charges légitimes j'a^ vais encore chaque année un fonds très-considérable de reste ; et je crus que je ne pouvais mieux employer ce profit de mon épargne qu'a retirer les droits que la dissipation précédente avait engagés.
Je prévoyais qu'il surviendrait quelque jour des affaires pour lesquelles on serait obligé d'augmenter la dépense de l'État. Et je ne pouvais souffrir que Ton eût incessamment recours à ces moyens extraordinaires qui surchargent les peuples en tant de façons, pendant que divers particuliers seraient en possession des fonds que l'on avait originairement imposés pour la subsistance du royaume.
tré«ii de Paris è la ferme des aides, ce qui épargnait aux fermiers beaucoup de frais et leur donnait le moyun d'en porter les enchères plus haut: de l'autre, en m'asëujettissant moi-même à ne donner ni l'une ni l'autre qu'en la meilleu»*e MiiKon, qui ei^t celle du quartier d'octobre, et MUS certaines conditions où ils pourraient trouver leur avantage et le mien; mais principalement en retirant et réunissant à celle des aides quantité de droite qui en avaient été distraite durant la guerre, et aliénés aux perëonnes les plus puiManlea . chacun en ayant acquis ce qui était à sa bienséance, aux lieux où il avait d'ailleurs le plus de revenu et da crédit, et cela ordinairement à très-vil prix, ou m^me sans deniers comp- .tants, pour de très-mauvaiftes marchandises qu'on m'avait données en payement. Je ne fis injustice k qui que ce soit, liquidant équitablemeot le remboursement qui leur était dû.
« Mais celte justice même avait besoin d'une autorité aussi établie que la mienne l'était alors, pour se faire recevoir avec soumisêfon et sans murmure. Après la réunion de ces droits aliénés, les deux fermes jointes ensemble furent portées, à duuie millions au lieu de huit, sans que j'eusse rien fait néanmoins que remettre toutes choses en leur situatioo naturelle où elles auraient dû être toujours, le ne me proposais pas seulement en cela pour but l'intérêt présent, quoique considérable, mais un bien sans ft>mparaison plus grand et plus général pour TaYenir, qui était de faire en sorte, s'il était possible^ qu'eu nul temps, qu'en imlle oooa-
KAGHATS De DROITS; AMÉLIORATION DES BEVENUS. 475
Ceci est «Jouté en marge :
Je voulais, durant le temps de la paix, retirer soigneusement tous les revenus publics , aûn qu'au plus fort des guerres qui pouvaient arriver, les particuliers pussent jouir paisiblement de leurs patrimoines, et que la France fût en tel état, que, pendant que Ton combat-^* trait de toutes parts sur ses frontières, tous les habitants possédassent leurs biens dans une parfaite tranquillité.
Le texte reprend :
C'est pourquoi outre les quatre millions cinq cent mille livres de rente, dont je vous ai parlé au commen-
sioa, 00 ne fût réduit désormais à ces aliénations misérables qui avaient désolé mes ûnances et mon Ëtat. Je safais jusqu'à quelles sommes par an on avait monté la plus forte dépense de la guerre. Je ne trouvai pas impossible de porter mon revenu Jusque-là, et même par la seule éot^ nomie dont je voyais tous les jours de »\ grands vlTets. Et je regardait comme une grande félicité pour moi d'établir à tel point celle de mes peu* pies, que la guerre môme, si elle revenait, ne lût presque piui» capable de la troubler, qu'ils ne fussent plus du moins exposés aux aOkires extraordinaires, accompagnées de tant de vexations pour eux. ni obligés, commo autrefois, A gémir an dedans des prospérités du dehors, où ils ne trouvaient qu'un vain honneur acquis par une véritable misère. Mais je passais encore plus avant, mon OU. Car, en supposant, comme il est arrivé en effet depuis, que je porterais bientôt mon revenu ju»(|u'à celte somme que je m'étais fliéo, suffl.^aote pour soutenir la plus grande guerre Mins crédit et sans secours extraordinaires, je résolus en moi-même de ne plut rien ajouter à ce revenu, mais de diminuer chaque année des impositions ordinaires, au profit de mes sujets, ce que j'aurais augmenté d'un autre côté à mes finances ou par la paix ou par l'économie , on par le rachat de mes anciens domaines, ou par d'autres voies justes et légitimes : en sorte qu'on n'eût jamais vu, s'il était pocMble. ni le prince plus riche, ni les peuples moins chargés. > — Toute cette dernière partie de Pellisson depuis : « llau je pansais erioore plus avant .. » n'est )»as dans te texte A, qui dissertera tout i l'heure sur la justice et la sagesse néceasaires dans la pratique de l'économie (V. p. 478).
cernent de cette année, j'entrepris encore depuis de retirer toutes les aides aliénées '.
Cette affaire était assurément difficile. Car ceux qui s'étaient rendus adjudicataires de ces droits étaient gens de considération et n'avaient acquis que ce qui se levait sur leurs propres* terres, ou du moins dans les lieux où ils avaient le plus de crédit. En sorte que dans un temps où l'autorité eût paru tant soit peu chancelante, les poursuites que Ton eût faites pour les déposséder eussent eu malaisément leur exécution. Mais en Tétat où j'avais |>orté les choses, tout ce que j'avais une fois estimé juste devenait incontinent facile.
Ainsi, reconnaissant la vileté du prix pour lequel les aides avaient été vendues, sachant les mauvaises marchandises que Ton avait fait prendre en payement d'un bien si clair, et ayant eu avis que les liquidations s'étaient faites {(vec tant de fraude que la vente n'avait été réglée, en plusieurs endroits, que sur le pied de la moitié du véritable revenu, je ne voulus pas laisser plus longtemps les acquéreurs en jouissance d'un bien de si grande valeur pour une finance si modique. Cest pourquoi je fis publier une résolution sur cette affaire par un édit du mois de juillet ^. Et, sitôt qu'elle parut, tous les intéressés de quelque rang qu'ils fussent s'y soumirent, ou par le respect qu'ils me portaient, ou par la justice qu'ils y reconnurent.
Le rachat de ces droits étant ainsi exécuté, je crus qu'il valait mieux les joindre a la ferme générale des ai-
1. Au manuscrit ce mot est barré, il rend cependant la pbrue plui claire.