‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 233 sur 280 · De même · texte numérisé non relu

De même

FÉCONDITÉ DE LA FRANCE; DÉSORDRES PASSÉS. 47p'

des que d^en faire un bail séparé. Car je savais que la multiplicité des fermiers produit nécessairement une multiplicité de dépenses. Et ce fut par cette même raison que je résolus dès lors d'y réunir encore les entrées de Paris. L'adjudication n'en fut pourtant faite que vers le mois d'octobre suivant, parce que c'est la saison où ces sortes de droits se perçoivent plus abondamment et s'adjugent aussi plus avantageusement.

Cependant la soigneuse observation de toutes ces mesures fit que je portai jusqu'à douze millions de revenu ce qui n'en produisait auparavant que fauit, sans que, pour trouver un profit si considérable sur une seule ferme, j'eusse eu besoin de faire autre eflort que de remettre les choses dans leur situation naturelle, et d'employer utilement pour l'État les sommes que le même État m'avait fournies en une seule année.

Toutes ^ les fois que je considère ces choses, je ne sais ce que je dois le plus admirer, ou la fécondité naturelle de la France dans laquelle un peu d'économie trouve en si peu de temps de si grandes ressources, ou le désordre des temps passés, pendant lequel tirant des sommes immenses de toutes les parties du royaume et consommant encore l'avenir avec le présent, on ne trouvait pourtant qu'à peine à satisfaire aux dépenses les plus pressées. Je ne puis concevoir par quel prodige il se pouvait faire que dans un État si riche et si florissant l'on vit à la fois les peuples accablés de subsides, les ar-

I. Les coDsidérationB qui saiTeot ne sont pas gardées par Pelliiaon. EUes semblent aToir été inspirées par le Mémoire de Colbert sar les flnanees (V. 1. 1, noire Ëtude sur la Composition des Mémoires, p. ix-xi).

4yS tIÉMOIRES POUR 1662.

mées dépourvues des choses les plus nécessaires, les dettes de TÉtat accumulées dans un excès prodigieux, et le trésor royal toujours sans argent.

II est assurément malaisé que la Tue d'une chose si surprenante n'excite Vindignation publique. Hais ce qui doit consoler la France sur ce point, c'est que l'excès des maux qu'elle a soufferts durant quelque temps a vraisemblablement été la cause des principaux avantages dont elle jouira désormais. Car il y a grande apparence que si je n'eusse été vivement excité par la vue du malheur pressant de mes peuples, je ne me serais pas aisément chargé d'un travail inconnu à tous mes ancêtres, et ne serais jamais entré dans cette discussion particulière, dans laquelle j'ai si heureusement trouvé les moyens d'établir pour toujours l'abondance en dedans de rÉtaty quelques grandes affaires qu'il puisse avoir au dehors.

Les différentes choses qu'exprès je vous ai, jusqu'ici, expliquées dans toutes leurs circonstances, et celles que vous verrez encore chacune en particulier dans Tordre du temps où elles sont arrivées, vous rendront sans doute aisément capable de continuer ce que j'ai commencé. Mais pour vous donner en cet endroit une instruction générale dont vous pouvez faire l'application à tout ce qui se présentera sur celte matière, je vous dirai que les deux qualités dont les princes ont le plus besoin dans la pratique de l'économie sont, à mon avis, la justice et la sagesse.

Cette dernière leur apprend à se régler en telle sorte qu'ils nedépensentqu'autant qu'ils peuvent légitimement recevoir. Elle leur fait discerner les moyens solides et

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