‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 240 sur 280 · FRAGMENT ISOLÉ DES MÉMOIRES DE · texte numérisé non relu

FRAGMENT ISOLÉ DES MÉMOIRES DE

IPr«posllloii aonmlfle an Roi sor la JlsIrllMiUoii Jes bénéflce* J'écIlM» iBrouiUon).

C'est bien à l'année I66i qn'il faut rapporter la réflexion qu*on va lire. Le texte de révision de Pellisson, vers la fin d'un assez long morceau consacré à cette question de la distribution des bénéAces, à propos de la nomination d*un arche* \éque de Paris, reprend les idées élaborées dans le brouillon manuscrit. Nous commençons par citer la page de Pellisson (édit. 1806, t. I, p. 203-204) :

J*ai souvent pensé que pour mieux connaître nos ecclésiastiques, et de quoi ils sont capables, il serait bon de faire observer dans cette milice sacrée ce que j'observe aujourd'hui avec soin dans la plupart de mes troupes où on monte par degré de charge en charge, ce que j'apprends aussi être tout à fait conforme au premier esprit de TÉglise dans l'institution des cinq ordres sacrés. Mais comme le temps et les usages sont changés, il suffirait aujourd'hui, ce me semble, de n*admettre aux évôchés et autres dignités considérables que ceux qui auraient actuellement servi TÉglise durant un certain temps, soit dans la prédication assidue et continuelle aux grandes paroisses de Paris , soit dans les missions des provinces, soit dans une application particulière à convertir les hérétiques, soit, ce qui serait le plus important, en faisant les fonctions de curé ou de vicaire,

DE LA DISTRIBUTION DES ftÊ?l6i^inËS d'ÊGUSE* 487

qui embrassent toutes ces choses et jilUsieurs hiitres : de quoi les jeunes gens de la plus haute naissance ne seraient pas plus à plaindre qu'ils le sont, quand ilà portent le mousquet dans mes gardes pour parvenir quelque jour à commander mes armées.

Il coavient aussi, pour a<*cusei* nettement le ton du mdrcean de Pellisson, d'en reproduire et les premières et les der. nières phrases. Voici le début (ibid., p. 200) :

Qui pourrait croire, mon iils, qu*il y eût quelque chose de plus important que notre service et que la tranquillité de nos sujets? Cependant la distribution des béné* lices, par la suite nécessaire qu'elle entraine après elle^ Test sans comparaison davantage, et autant que le ciel est élevé au-dessus de la terre. Cest en apparence une riche et abondante moisson qui nous revient en toutes les saisons de Tannée, pour combler de grâces ceux qui nous servent ou ceux que nous aimons. Mais peut* être n'y a-t-il rien de plus épineux en toute la royauté '.

1. Voici la snltedes reflétions, dftiut Its texte de PelIlMon (ibid., p. 200* 203) : « Mais peut-être n'y a-Uit rien de plas épineiii en toute la royauté, s'il e»t vrai, comme on n'eu peut douter, (^w notrb consclenee demeure engagée pour peu que noui donnions trop ou à notre propre penrhant, ou ao souvenir des services rendus , ou même â quelque uUlité présente de l'État, en faveur de per^nnes d'ailleurs Incapables, ou beaucoop moins capables que d'autres sur qui nous pourrions Jeter les yeux. Je ne veux pas touteroVs, mon fils, vuns porter à des opinions rlfKoareiises qui ne se réduisent presque jamais à la pratique, et s'éloignent aussi Itf plus souTenI de la mérité. Un de no^ alf ux, pi^r la cfainte de ne pouîoir bien répondre à une obligation si déiictfte^ se dépouilla Toloiïtalrement de Ta nomination aux bénéfices. Matit qut nous a dit si d'&utres s'en ae~ quitteront mieux que noits, H si ce ne itérait point mal f^tre notre devoir pour le vouloir trop tilcn DiIroP Dieu n'entend point très^âsfuréuient, mun 61s, que noin^ fai^itlonK le choix do ptus digne comme 11 le pourrait faire lui-même , ce qui nous est impoetible. C'est asseï que nous le faé-

Voici les dernières fdirases, à la suite de la page que nous avons citée d'abord (Ibid., p. 204) :

Hais il faut, mon fils, et pour vous et pour moi, gagner peu à peu ce que nous pouvons sur notre siècle, sans prétendre de le réformer en une seule fois ; et cela même, je ne voudrais point le faire en ces matières par des édits publics, qui nous engagent ou à affaiblir l'autorité de nos propres lois, en ne les observant pas toujours, ou à pratiquer toujours les mêmes choses encore qu'elles ne soient pas toujours à propos. Il suflSt de montrer, par quelques paroles et par quelques exemples, le chemin des grâces, et vous verrez qu'on se pressera bientôt à le prendre.

Le rédacteur parle donc en ami de TÉglise, plein de défé-

sions en hommes, et en hommei bien intentionnés qai n'oublient rien ponr ne se point tromper. Alors. ]*ose le dire, nous pouvons nous assurer que c'est lui-même qui le fait par nous. 11 n'est point vrai non plus que ^ceux qui nous servent ou qui nous approchent n'aient en cela nul avantage au-dessus des autres; ils ont celui de nous faire mieux connatire ce qu'ils ralrnt, grand sans doute auprès d'un prince éclairé, qui croit beaucoup plus à ce qu'il volt qu'à ce qui lui vient par le rapport d'autroi, toujours mêlé de bons ou de mauvais ofilces. — J'ai toujours cru que trois choses devaient entrer dans cet examen : le savoir, la piété et la conduite. A l't^gard du savoir. Il nous est peut-être plus difllcile d'en Juger que de tout le reste : car il arrive très-rarement que les rois soient consommés dans ces sortes de choses, ou que, quand ils le seraient, ils trouvent le temps d'étudier en cela les talents et la portée de chacun. Contre cette dilÂcoIté , j'ai observé autant que je l'ai pu de ne donner les bénéfices importants qu'à des docteurs de Sorbonne : non pas qu'il n'y ait asseï d'inégallié entre les connaissances et les lumières de ceux qui portent ce titre, mais au fbnd on ne pe«t jamais y être parvenu sans une capacité très-raisonnable, fort éloignée de cette ancienne ignorance des prélats qui a fait tant de mal à l'Ëglise. Ainsi cette preuve . joiute à toutes les autres que nous en pouvons avoir, suffit sans doute pour nous

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