‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 259 sur 280 · YATTEVILLE PREND LE PA8 A LONDRES SUR D*ESTRADES · texte numérisé non relu

YATTEVILLE PREND LE PA8 A LONDRES SUR D*ESTRADES

lemps auparavant, dans une occasion toute semblable , qui était rentrée d*iin ambassadeur extrordinaire de Venise, il avait fait dire à d*EstradeSy que pour conserver Tamitié entre les rois leurs maîtres, et pour imiter le cardinal Mazarin et don Louis de Haro qui, k rtle de la Conférence, avaient, disait-il, partagé toutes cboses, la terre, Teau et le soleil, il serait d'avis qu'ils n'envoyassent, ni l'un ni l'autre, leurs carrosses au-devant de cet ambassadeur : sur quoi n*ayant reçu qu'un refus bien formel, et d'Estrades lui ayant protesté au contraire qu'il entendait y envoyer et y couserver son rang, il témoigna de son côté la même cbose, et qu'il enverrait aussi son carrosse, à moins, ajouta-t-il, que l'ambassadeur eût pris le même parti que d'autres ambassadeurs extraordinaires^ qui était de ne notifier son arrivée et son entrée à personne, auquel cas personne n'était obligé de s'y trouver. Là-desdessus ayant fait venir le résident de Venise, qui était son ami, et avec qui il était déjà d'accord, ce résident- confirma que l'ambassadeur voulait imiter le prince de Ligne, qui, étant aussi ambassadeur extraordinaire quelque temps auparavant, avait cru se distinguer avantageusement des ambassadeurs ordinaires en ne notifiant son arrivée à qui que ce soit. Le roi d'Angleterre, qui n'avait autre intérêt en cette dispute que d'empêcher toute sorte de bruit et d'émotion dans sa ville capitale, et qui était sollicité par Vatteville, n'eut pas de peine à intervenir ensuite, et à faire prier mon ambassadeur et tous les autres de ne point envoyer à rentrée de celui de Venise, qui aussi ne le désirait pas, puisqu'il ne les en faisait point avertir : en un mot , on en usa ainsi pour cette fois. J'en fus très-irrité aux premiers bruits qui m'en vinrent assez confusément : il me semblait que le roi d'Angleterre , qui alors me témoignait beaucoup d'amitié , avait eu tort de se mêler de ce différend ; que d'Estrades devait se défendre non-seulement de ses prières, mais de ses ordres exprès , s'il en avait envoyé, et répondre qu'un ambassadeur ne recevait aucun ordre que de son maître, enfin, se retirer plutôt que de consentira cet expédient qui me paraissait honteux. Mais je n'eus rien à dire quand j'appris par ses lettres ce qui s'était passé, et que le roi n'avait ajouté que sa simple prière à la résolution déjà prise par l'ambassadeur de Venise, qui, dans l'ordre commun, devait empêcher tous

les autres d'envoyer av-dersnt de hii ; et j'anls i&diis de sujet dé m'en plaindre ^e persenne, parce que dans ma propre oonr ft- ▼aie pratfiqné et comme Inventé cet expédient, pea de temps an* parafant, ponr éviter la concnrrence de quelques ambassadeurs, à la vérité mieux fondée que celle qu^on voulait établir entre FEspagne et la France.

Mais Je voyais à quoi allait la subtilité des Espagnols^ et que par des négociations semblables avec les ambassadeurs qui entreraient à Tavenir, sur le prétexte toujours plausible d'éviter un désordre, ils tàcberaient de foire oublier une préséance qui m'appartient si légitimement. J'en étais en possession par toute l'Europe, et surtout k Rome , oii les gardes mêmes du pape ont été qudquefois employés à la conserver à mes prédécesseurs; et ni là, ni à Venise, les ambassadeurs d'Ei^gne ne se trouvaient plus depuis longtemps aux cérémonies publiques, où les miens assistaient. En na temps, et même dans le plus iSorissant état de leur monarebie, elle n'est venue à bout d'éublir l'égalité où elle aspirait. Et qutnd mes prédécesseurs occupés par leurs troubles domestiques se seol le plus rellcbés sur ce sujet, tout ce que ses ministres onC pu l^ire, a été d'usurper, comme au concile deTrente, quelque rang bizarre, qui n'étant ni le premier, n^ égal au premier, pût passer dans leur imagination pour n'être pas le second , quoiqu'il le fût en effet. Ainsi, je ne pouvais digérer de voir mon droit éludé par l'artifloe de Yatleville, et cet artifice souvent répété pouvait former è la fia non-seulement la prétention, mais presque la possession d'un droit contraire. Au point où J'avais déjà porté la dignité du nom français. Je ne pensais pas la devoir laisser à mes successeurs moindre que Je ne l'avais reçue. Et me souvenant que dans les matières d'État il faut quelquefois couper ce qu'on ne peut dénouer, Je mandai nettement à d'Estrades, qu'à là première entrée d'ambassadeur, soit ordinaire, soit extraordinaire, soit qu'elle lui eût été notifiée ou non, il ne manquât pas de lui envoyer son carrosse, et de lui faire prendre et conserver le premier rang. Il se oit eo état de m'obéir à cette entrée de l'ambissadeur de Suède* qui * la vérité lui avait notifié d'abord son arrivée, et le Jour qu'il mtreraii, mais qui, depuis, à la sollicitation des Espagnols, et pevtétre du roi d'Angleterre même , l'avait fait prier de ne point en-

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