LE ROI TIENT A SON DROIT DE PRÉSÉANCE
▼oyer an-devait délai, comoie ajanl changé d'aTîs, ei Toulant «b user de même qae les derniers ambassadeurs extraordinaires A ' cela, d^Ëslrades, instruit auparavant par mes lettres^ répon<Ut que l'alliance et l'amitié étroite qui étaienl entre la France et la Suède ne lui permettaient pas de manquer à ce devoir, sans que j4» le trouvasse mauvais. Mais encore qu'il eût rassemblé tous les Français qui se trouvaient à Londres, qu'il eût fait venir de Gra vélines, dont il était gouverneur, quelques officiers de son régiment et quelques cavaliers de la compagnie de son fils, que tout cela ensemble pût aller à quatre ou cinq cents hommes, que ceux qui accompagoaient son carrosse» ou ceux qui les devaient soutenir, et le marquis d'Estrades son fils qui était à leur tète, fissent tout ce que pouvaient de braves gens k un pareil tumulte, il ue leur fui p«s possible de l'emporter sur une multitude infinie de peuple, déjà naturellement mal disposé contre les Français, mais encore alors excité par les émissaires de Yatteville qui, si on m*a dit la Térité, avait armé plus de deux mille hommes, et employé près de cinq cent mille livres k cette belle entreprise. Le roi d'Angleterre, qui s'était secrètement engagé à d'Estrades de me conserver mon rang, avait fait publier, quelques Jours devant, des défenses è tous sujets de prendre aucun parti ^ ni pour l'un, ni pour l'autre, et placé ses gardes en divers lieux de la ville pour empêcher ce qui arriva. Mais il n'en fut pas le maître ; et tout ce qu'il put faire, fut d'apaiser le tumulte après plusieurs personnes tuées et blessées de part et d'autre, et presque autant du côté des Espagnols que des Français. Cependant ils croyaient déjà avoir défait mes armées par ce misérable avantage, qui leur coûta encore plus dans les suites qu'il n'avait fait jusqu'alors : mais ils changèrent d'avis quand ils virent de quelle sorte je ressentais cet outrage, et ce que j'étais capable de faire pour le réparer.
Aussitôt après en avoir reçu la nouvelle , je fis commander au comte de Fuensaldagna , leur ambassadeur, de sortir incessam-» ment du royaume , sans me voir, ni les reines , le chargeant de plus d'avertir le marquis de Fuentes, qui venait d'Allemagne pour prendre sa place , qu'il eût à ne point entrer dans mes États. Je révoquai le passe-port que j'avais donné au marquis de Caracena, gouverneur de Flandre, pour passer par la France, en se retirant
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en Espagne , j'ordonnai aH gonYernear de Péronne de le lot foire savoir de ma part. Je mandai aux commissaires que j*aTais nommés pour rexécuUon de la paix de surseoir et de rompre tout commerce avec ceux du roi Catholique. Je dépêchai en diligence à Madrid l'un des gentilshommes ordinaires de ma maison, aTec ordre à rarehevéque d'Embrun , mon ambassadeur, de demander une punition personnelle et exemplaire de Yatteville, et une réparation non-seulement proportionnée à Toffense, mais aussi qui m'assur&t k l'avenir que les ministres d'Espagne ne feraient plus de pareilles entreprises sur les miens. Je lui commandai enfin de déclarer hautement que je saurais bien me rendre à moi-même la justice qui m'était due, si on me la refusait. Je fis aussi faire instance par d*Estrades auprès du roi d'Angleterre, pour ]fi châtiment des coupables, et lui ordonnai ensuite de se retirer de cette cour, comme d'un lieu où il ne pouvait plus être ni avec sûreté, ni avec dignité et bienséance, jusqu'à la réparation de cet attentat. Il ne ftit pas dilBBcile de persuader à tout le monde, par ces démonstrations, ce qui était en effet dans le fond de mon cœur. Car il est vrai que j'aurais porté jusqu'aux dernières extréaiités un ressentiment aussi juste que celui-là, et que même dans ce mal j'iurais regardé comme un bien le sujet d'une guerre légitime, où je pusse acquérir de l'honneur, en me mettant à la tête de mes armées. La cour d'Espagne n'était pas dans des sentiments pareils : mais elle se confiait en l'art de négocier, où cette nation croit être la mattresse des autres. Don Louis de Haro, qui était sur la fin de sa vie, sentant la faiblesse de l'État et la sienne propre, ne craignait rien tant que cette rupture. Il cherchait seulement, par des conférences longues et réitérées avec mon ambassadeur, à gagner du temps en cette affaire, s'imaginant que tout y deviendrait plus facile, après qu'on aurait laissé passer la première chaleur. 11 fat bien surpris quand il vit que les choses avaient changé de face entre la France et l'Espagne : car au traité des Pyrénées, c'était le cardinal Mazarin qui tâchait de le persuader par des raisonnements, auxquels il répondait toujours en deux mots par des ordres précis de son roi et du conseil d'Espagne, qu'il ne pouvait ni n'osait passer ; ici, au contraire, c'était lui qui raisonnait, et moD ambassadeur qui tenait ferme sur mes ordres précis, l'obligeait
l' ATTENTAT EST PUNI , LE DROIT DE LA FRANCE RECONNU. 537
coDilDueUemeot k descendre k des soamissioDs Irès-f&cbeuses. Il moarut là-dessus. Je me seriis de la coDjoncture : je pris pour déjà décidées, avec des ministres nouveaux et encore incertains de leur conduite, tontes les conditions qui lai avaient seulement été proposées, poor avoir encore moyen de leor en demander d*aaires. Cbacnn de mes courriers portait des ordres plus durs et plus pressants, et le conseil d*Espagne, voyant que tous les Instants de délai rendaient sa condition plus mauvaise, se hâta lui-même de conclure aux conditions que je désirais. Déjà, pour commencer à me satisfaire, on avait rappelé Yatteville, et on l'avait relégué à Burgos, sans lui permettre d*aller à la cour, le punissant d'une faute qu'il n'avait peut-être pas faite sans aveu, mais où il avait plus de part que personne , par la facilité que trouvent toujours les ministres d'un prince en pays étranger à faire agréer de loin à leurs maîtres les entreprises qu'ils proposent comme glorieuses et aisées tout ensemble. On régla outre cela par écrit une réparation publique qui fut ponctuellement exécutée ensuite, comme on me l'avait promis, et dont le procès-verbal a été publié, signé de mes quatre secrétaires d'État. Je crois nécessaire de vous en rapporter la substance : car encore que j'écrive ici les affaires de
1661, et que cette satisfaction ne m'ait été faite que le 4 mai
1662, je vous ai dit ailleurs que je ne prétends pas suivre si précisément Tordre des dates, quand il s'agit de rassembler sur une même matière tout ce qui lui appartient. Le comte de Fuensaldagna, ambassadeur extraordinaire du roi Catholique, se rendit au Louvre dans mon grand cabinet, où étaient déjà le nonce du pape, les ambassadeurs, résidents et envoyés de tous les princes qui en avaient alors auprès de moi, avec les personnes les plus considérables de mon État. Là, m'ayant premièrement présenté la lettre qui le déclarait ambassadeur, il m'en rendit aussitôt une seconde, en créance de ce qu'il me dirait sur cette affaire de la part du roi son maître. Ensuite il me déclara que Sa Majesté Catholique n*avait pas été moins fâchée et moins surprise que moi de ce qui s'était passé à Londres ; et qu'aussitôt qu'elle en avait eu avis, elle avait ordonné au baron de Vatteville, son ambassadeur, de sortir d'Angleterre et de se rendre en Espagne, le révoquant de l'emploi qu'il avait, pour me donner satisfaction ,
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etiémoicfoer contre hii la ressentiment qae méritent seseicès; qn'elle loi avait aussi commandé de m*aasurer qa*elle atait déji envoyé ses ordres à tons ses ambassadeurs et ministres, tant en Angleterre qu'en tontes les antres cours où se pourraient présenter k Tavenir de pareilles difficultés, aOn qu*ils s'abstinssent ei ne concourussent point avec mes ambassadeurs et ministres, en toutes les fonctions et cérémonies publiques oh mes ambassadeurs ei ministres assisteraient. Je lui répondis que j'étais bien aise d*avoir entendu la déclaration qoUl m'avait faite de la part du roi son maître, parce qu'elle m'obligerait de continuer à bien vivre avec lui. Après quoi, cet ambassadeur s'étant retiré, j'adressai la parole au nonce du pape et à tous les ambassadeurs , résidents, ou envoyés qui étaient présents, et leur dis qu'ils avaient entendu la déclaration que l'ambassadeur d'Espagne m'avait faite, que je les priais de l'écrire à leurs maîtres, afio qu'ils sussent que le roi Catholique avait donné ordre à ses ambassadeurs de céder la pré< séance aux miens en toutes sortes d'occasions.
Je ne serai pas fâché, mon ils, comme cette affaire est importante, que vous y fassiez quelques réflexions utiles. En premier lieu , cet exemple remarquable vous confirmera ce que j'ai déjà établi par la raison au commencement de ces Mémoires. Je veux dire qu'après avoir pri? conseil, c'est è nous à former nos résolutions, personne n'osant ni ne pouvant quelquefois nous les inspirer aussi bonnes et aussi royales que nous les trouvons en nous-mêmes. Ce succès se peut sans doute appeler heureux, puisque j'ai obtenu ce que mes prédécesseurs n'avaient pas même espéré, obligeant les Espagnols non-seulement à ne plus prétendre la concurrence, mais même à déclarer si solennellement et par un acte si authentique qu'ils ne la prétendraient plus. Et je ne sais si depuis le commencement de la monarchie il s'est rien passé de plus glorieux pour elle : car les rois et les souverains que nos ancêtres ont vus quelquefois à leurs pieds tous leur rendre hommage n'y étaient pas comme souverains et comme rois , mais comme seigneurs de qnefque principauté moindre, qu'ils tenaient en fief et à laquelle ils pouvaient renoncer. Ici c'est une espèce d'hommage véritablement d'une autre sorte, mais de roi à roi, de couronne à