‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 261 sur 280 · LES ROIS DOIVENT PRENOMS LEURS RÉSOLDTIONS D'EUX-MÊMES · texte numérisé non relu

LES ROIS DOIVENT PRENOMS LEURS RÉSOLDTIONS D'EUX-MÊMES

couronne f qui ne laisse pins douter à nos ennemis mêmes q«e te nôtre ne soit la première de tonte la ebrétienté. Ce ëoccès ponr« tant n*eût pas été tel, je le puis dirç arec vérité, si depuis le cemaenoement jnsqa*à la fin je n*eusse snivi mes propres monve^ nents, beanoonp pins qne cevx d*antnii : ce qui a été pour moi un long et dnraMe sujet de joie.

11 ne faut pas croire que l'intérêt porte tout le mxmde à nous tromper. Ce serait une défiance injuste, aussi importune et aussi cruelle pour nous-mêmes que pour autrui. Mais il y a peu de gens au monde que l'intérêt ne trompe les premiers , en leur faisant considérer plus souvent et plus fortement les raisons qui les flat-» tent que les raisons contraires. Le roi d^Angleterre n'était pas content de Vattevitle^ et préférait sans doute alors mon amitié à celle des Espagnols; mais il ne la pouvait préférer à son unique intérêt, qui était d'éviter toute sorte de rumeur et de mouvement dans Londres, au commencement d'un règne encore mal établi, et par conséquent de favoriser et de me conseiller tous les expédients proposés par Vatteville et par l'Espagne pour ne rien décider. D'Estrades sans doute n'était pas mal intentionné : je puis dire, au contraire, qu'il m'a rendu des services très^ utiles; et J'avais enfin heaucoup de sujet d'estimer son zèle et sa conduite. Mais son Intérêt, à le séparer du mien, n*était pas de se mettre sur les bras dans le cours de son ambassade une affaire aussi importante que celle-là, pleine de difficulté et d'incertitude, au lieu d'en sortir par un tempérament qui semblait devoir ne lui pas préjudicier : nul ambassadeur n'étant obligé de faire trouver son carrosse et ses domestiques k une entrée dont il n'est point averti. Aussi, quand je lui envoyai mes ordres précis pour celle-là, il me répondit, à la vérité, qu'il y serait le plus fort, les colonels écossais qui avalent servi en France lui ayant promis un bon nombre de leurs soldats ; mais en même temps il ajoutaH que la cabale d'Espagne étant grande et puissante dans Londres, tous les colonels irlandais dans les intérêts de cette nation , le peuple naturellement ennemi et envieux des Français, et Vatteville recevant et répandant pour cet ^sortes de choses un argent infini, il me laissait à considérer si on pourrait toujours conserver dans les sorties l'avantage qa*OB aurait remporté une fois , et si par conséquent il ne

sertit pas meilleur de le supposer toujours eomme entièremett acquis à la France, sans le hasarder jamais. Il faisait bien sans doate, comme ambassadeur , de prévoir et de proposer ces difficnltés; mais je faisais bien, comme roi, de ne les pas craindre. Je fais assez connaître à toute la France si je crois mes ministres fidèles et éclairés; mais il ne faudrait pas s*étonner quand leur état, leur condition, leur &ge, leur inclination, leurs desseins, leur aanient fait en ce temps-là un peu plus appréhender la guerre que je ne Tappréhendais , et craindre en particulier de demeurer responsables envers moi et envers le public de tout ce qui en poomit arriver.

Quoi qu*il en soit , il est très-certain , mon fils , que d j*essse trop donné à leurs conseils, je me serais contenté d*nne satisfaction beaucoup moindre, et ne vous laisserais que fort imparfait as avantage que vous devez infiniment estimer. Mais pour moi je nisonnais sur les circonstances du temps, sur Tétai des choses en France et en Espagne, et au dedans et au dehors, qui me permettait de tout espérer. <récoutais mon propre cœur, qui ne poanit consentir à tout ce qui laissait mon droit et le vôtre en quelqve sorte de doute. J'agissais enfin sur un principe général que je vous prie de bien remarquer : c*est, mon fils, qu*eD ces sortes de rencontres fâcheuses, comme il n'est pas possible qu'il n'en irrite dans la vie des rois, ce n*est point assez de réparer le mal, si oi n'ajoute quelque bien qu'on n'avait pas. Quand la blessure n'est que guérie et fermée, la marque ne laisse pas d*y demeurer. Pei de gens vous refuseront des paroles, quand ils vous auront offensé par des effets. Mais s'il ne leur en coûte rien de nouveau pour ce qu'ils ont entrepris , qui vous répond qu'ils ne l'entreprendroit point encore? On n'est pas trop rebuté de frapper un second coop, quand on a seulement manqué le premier. Il fallait, pour ne poist reculer aux yeux de toute l'Europe, que je fisse un pas eo avaDi comme je l'ai fait, tirant une nouvelle utilité de cette disgrke. C'était un malheur que ce tumulte de Londres ; ce serait maintenant un malheur qu'il ne fût pas arrivé.

La seconde réflexion que vous devez faire ici , c'est qu'en ces accidents qui nous piquent vivement et jusqu'au fond du cœur* il faut garder un milieu entre la sagesse timide et le resseotineot

GARDER UN MILIBO ENTRE LA TIMIDITÉ ET l'EMPOUTEMENT. 541

emporté, làcbant, pour ainsi dire, dlmaginer pour noos-méme ce que nous conseillerions à on antre en pareil cas. Car, queU|ue effort qne nous fassions pour parvenir à ce point de tranquillité, notre propre passion, qui nous presse et nous sollicite au contraire, gagne toujours assez sur nous pour nous empêcher de raisonner avec trop de froideur et dMndiflférence. J*ai remarqué en cette occasion , comme en mille autres , que les règles de la justice et de rhonneur conduisent presque toujours à Tutilité poème. La guerre, quand elle est nécessaire, est une justice non-seulement permise, mais commandée aux rois : c'est une injustice, au contraire, quand on s*en peut passer et obtenir la même chose par des voies plus douces. Je la regardai de cette sorte^ et c'est ce qui me fit réussir. Si je n'eusse pas été intérieurement disposé à l'entreprendre au besoin pour l'honneur de ma couronne, la négociation ne m'aurait assurément point produit cet effet« Si j'eusse fermé la porte à toute négociation, portant d'abord les choses aux dernières extrémités, je ne sais quelles batailles et quelles victoires m'auraient acquis un pareil avantage, sans compter tant de sang ii répandre, le sort des armes toujours douteux, et l'interruption de tous mes desseins pour le dedans du royaume.

Et de cette réflexion, mon fils, je passe à une plus générale, mais qui me paraît très-nécessaire pour vous et pour moi : je tâche et je ticherai toujours dans ces Mémoires à élever, mais non pas à enfier votre courage. S'il y a une fierté légitime en notre rang, il y a une modestie et une humilité qui ne sont pas moins louables. Ne pensez pas, mon fils, que ces vertus ne soient pas faites pour nous. Au contraire, elles nous appartiennent plus proprement qu'au reste des hommes. Car, après tout, ceux qui n'ont rien d'éminent, ni par la fortune, ni par le mérite, quelque petite opinion qu'ils aient d'eux-mêmes, ne peuvent jamais être modestes ni humbles; et ces qualités supposent nécessairement en celui qui les possède et quelque élévation et quelque grandeur dont il pourrait tirer de la vanité. Nous, mon fils, à qui toutes choses semblent inspirer ce défaut si naturel aux hommes , nous ne pouvons trop apporter de soin à nous en défendre. Mais si je puis vous expliquer ma pensée, il me semble que nous devons être en même temps humbles pour nous-mêmes , et fiers pour la place que nous occu-

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pois, reipère quê jd Toiitliisteni aneore plat ée psiaMiea et plus de grandeur qoe je n'en «i , et je Teax croire ee qnt je souhaite y c*est-à-dire qse.Tons en ferez encore on meillevr nsage q«e moi! Mais quand tout ce qui vous environnera fera effort pour ae vous remplir. que de vou^méme , ne voos compares point, mtm fiU y ^ des princes moindres que vous , et ii ceax qui ont porté ot qui porteront encore indignement le nom de roi : ce n*est pas u grand avantage de valoir un peu mieux; pensez plalôt à tons cm qu'on a le plus sujet d'estimer et d*admirer dans les siècles passés, qui, d*une fortune particulière ou d'une puissance irès^-nédiocra, par la seule force de leur mérite, sont venus à fonder de graads empires, ont passé comme des éclairs d*une partie du monde k Tautre, cbarmé tonte la terre par leurs grandes qualités, et laisié depuis tant de siècles une longue et éternelle mémoire d*eumémes, qui semble, au lieu de se détruire, s*ai}gm«nter et se fortifier tous les jours par le temps. Si cela ne suffit pas, rendas-feas encore une justice plus exacte, et considérez de eoiabien de cboses on vous loueia, que la fortune seule aura peut-être faites pair vous, et que vous devrez entièrement k ceux qu'elle aura mis eUamême dans votre service. Descendez avec quelque sévérité à la considération de vos propres faiblesses : car^ bien que vous paissiez en imaginer de semblables en tous les bommee el mémeéaas les plus grands y néanmoins , comme vous les imaginerez at ks eroirez seulement en eux avec quelque incertitude , au lieoqae vous les sentirez véritablement et certainement en vous, elles diminueront sans douté la trop grande opinion que vous pouniei avoir de vous-même , qui est ^'ordinaire recueil d'un mérite éclatant et connu. Par U, mon fils, et en cela, vous serez humble. Uxà quand il s'agira, comme dans l'occasion dont je viens de vous parler, du rang que vous tenez dans le monde , des droits de ^<^ couronne, du Boi enfin et non pas du particulier, prenez hardiment l'élévation de cœur et d'esprit dont vous serer capable, le trahissez point la gloire de vos prédécesseurs ni l'intérêt de v» successeurs à venir, dont vous n'êtes que le dépositaire. Car alors votre humilité deviendrait une bassesse, et c'est ce que j'avais ei k Tépon<jlre moi-même aux partisans de l'Espagne, qui, étaat préoccupés en sa faveur, murmuraient alors, quoique en secret,

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