‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 264 sur 280 · UN ROI DOIT PRÉSIDER LUI-MÉMB A SES FINANCES · texte numérisé non relu

UN ROI DOIT PRÉSIDER LUI-MÉMB A SES FINANCES

pendant ttttl de ect projais ot les finavcee n^entrent de quelque cdié* Ce n'etl pet asaes dire ! il n'y a pes nu de eee projets qui n*eB dépende absolnment el eatendellement , car ee qui est grand et Ji)eaQ quand nous le pouvons par Tétat où se trouvent nos fi* uanees» deirient ebinérique et ridieule quand nous ne le pouvons pas. Songes donc» Je vous prie, comment un roi pourra gouverner et n*étre pas gouverné, dont les metllenres pensées et les plus nobles, à cause qu*il ignore ce détail de ses flnances, seront soumises ^ an caprice du premier ministre, ou du surintendant, ou du trésorier de i*épargne, ou de ce commis obscur et inconnu, qu*il sera obligé de consulter comme autant d'oraeles, en telle sorte qu'il ne puisse rien entreprendre sans s'expliquer à eux, qu'avec leur permission, et sous leur bon plaisir. Mais oo peut trouver, vous dira^ tHMi, des gens fidèles et sages qui, sans pénétrer dans vos desseins, ne vous tromperont point sur ce détail des finances toutes les fois que .vous voudrez le savoir. Je veux, mon fils, que ces qualités soient aussi communes qu'elles sont rares, Ce n'est rien dire encore : s'ils ont seulement le cœur fait autrement que nous, et ils l'ont toujours ainsi, si leurs vues et leurs inclinations sont différentes des nôtres, c# qui ne manque jamais d'arriver, ils nous tromperont par affection. Ce sera alors, pour le bien de r£tat entendu à leur fantaisie, qu'ils s'opposeront secrètement à nos volontés, et nous mettront dans l'impossibilité de rien faire, leurs bonnes intentions produisant le même effist que leur infidélité. ]>'ailleurs, mon fils, ne vous y trompex jamais, nous n'avons pas affaire k des anges, mais k des bommes à qui le pouvoir excessif donne presque toujours k la fin quelque tentation d'en user. Dans les affaires du monde, la discussion du détail et le véritable crédit ont une liaison nécessaire et inévitable, et ne se séparent jamais. Nul ne partage votre travail, sans avoir un peu de part à votre puissance. K en laissez k autrui que ce qu'il vous sera impossible de retenir : car quelque soin que vous puissiez prendre, il vous en échappera toujours beaucoup plus qu'il ne serait à soubai ter.

n survint bientôt après une occasion en elle-même flicbeuse, mais utile par l'événement, qui fit assez remarquer à mes peuples fiombien J'étais capable de ce même soin du détail pour ce qui ne

regardait que lears intérêts et leurs aTSutiges. La stérililé de 1661, quoique grande, ne se fit proprement sentir qu'an commeicément de Tannée 1662 , lorsqu'on eut consumé, pour la plu grande partie, les blés des précédentes : mais alors elle affligea tout le royaume au milieu de ces premières prospérités, comme si Dieu qui prend soin de tempérer les biens et les maux eût yoqIh balancer les grandes et heureuses espérances de TaTenir par une infortune présente. Ceux qui en pareil cas ont accoutumé de proiter de la calamité publique ne manquèrent pas de fermer lears magasins, se promettant dans les suites une plus grande ciierté, et par conséquent un gain plus considérable. On peut sMmagioer cependant, mon fils, quels effets produisaient dans le royaume les marchés vides de toutes sortes de grains, les laboureurs coutraiots de quitter le travail des terres pour aller chercher ailleurs la sabsistance dont ils étaient pressés, ce qui faisait même apprébeader que le malheur de cette année ne passât aux suivantes; les artisans qui enchérissaient leurs ouvrages à proportion de ce qu'il lenr fallait pour vivre ; les pauvres faisant entendre partout leurs piaiiH tes et leurs murmures ; les familles médiocres qui retenaient lears charités ordinaires par la crainte d*un besoin prochain; lesphu opulents chargés de leurs domestiques, et ne pouvant suffire i tout; tous les ordres de FÉtat enfin menacés des grandes maladies qic la mauvaise nourriture mène après elle, et qui, commeuçaDtptf le peuple, s'étendent ensuite aux personnes de la plus haute qualité: tout cela ensemble causait par toute la France une désolatioi qu'il est difficile d'exprimer. EHe eût été sans comparaisou pi» grande, mon fils^ si je me fusse contenté de m'en afQig^inotilencBt, ou si je me fusse reposé , des remèdes qu'on y pouvait apporter, sur les magistrats ordinaires qui ne se rencontrent que trop son* vent faibles et malhabiles, ou peu zélés, ou même corromptf> J'entrai moi-même en une connaissance très-particulière et très* exacte du besoin des peuples et de Tétat des choses. J'obligeai les provinces les plus abondantes à secourir les autres , les partico' liers à ouvrir leurs magasins, et à exposer leurs denrées à un pHx équitable. J'envoyai en diligence mes ordres de tous côtés, pour faire venir par mer , de Dantzig et des autres pays étrangers, le plus de blés qu'il me fut possible ; je les fis acheter de mon épar*

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