‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 265 sur 280 · LE ROI REMÉDIE A LA DISETTE. SA RÉCOMPENSE · texte numérisé non relu

LE ROI REMÉDIE A LA DISETTE. SA RÉCOMPENSE

gne; j'en distribuai gratuitement la plus grande partie au petit peuple des meilleures Yiiles, comme Paris, Rouen^ Tours et autres ; Je fis vendre le reste à ceux qui en pouvaient acheter ; mais j*7 rais un prix très-modique, et dont le profit, s*il y en avait, était employé aussitôt au soulagement des pauvres, qui tiraient des plus riches, par ce moyen, un secours volontaire, naturel et insensible. A la campagne, où les distribulions de blés n'auraient pu se faire si promptement, je les fis en argent, dont chacun tâchait ensuite de soulager sa nécessité. Je parus enfin à tous mes sujets comme un véritable père de famille qui fait la provision de sa maison» et partage avec équité les aliments à ses enfants et à ses domestiqués. Je n*ai jamais trouvé de dépense mieux employée que celle-là. Car nos sujets, mon fils , sont nos véritables richesses et les seules que nous conservons proprement pour les conserver, toutes les autres n*étant bonnes à rien , que quand nous savons Tart d*en user, c'est-à-dire de nous en défaire à propos. Que si Dieu me fait la grâce d*exécuter tout ce que j'ai dans l'esprit, je tâcherai de porter la félicité de mon règne jusqu'à faire en sorte, non pas à la vérité qu'il n'y ait plus ni pauvre ni riche, car la fortune, l'industrie et l'esprit laisseront éternellement cette distinction entre les hommes, mais au moins qu'on ne voie plus dans tout le royaume ni indigence , ni mendicité , je veux dire personne, quelque misérable qu'il puisse étre^ qui ne soit assuré de sa subsistance, ou par son travail ou par un secours ordinaire et réglé.

Hais sans aller plus avant. Je reçus à l'instant même une grande et ample récompense de mes soins, par le redoublement d'affection qu'ils produisirent pour moi dans l'esprit des peuples. Et c'est de cette sorte, mon fils, que nous pouvons quelquefois changer heureusement en biens les plus grands maux de l'État. Car si quelque chose peut resserrer le nœud sacré qui attache les sujets à leur souverain, et réveiller dans leur cœur les sentiments de respect, de reconnaissance et d'amour qu'ils ont naturellement pour lui, c'est sans doute le secours qu'ils en reçoivent dans quelque malheur public et non attendu. A peine remarquons- nous Tordre admirable du monde, et le cours si réglé et si utile du soleil, jusqu*à ce que quelque dérèglement des saisons, ou quelque désordre apparent dans la machine, nous y fasse Caire un peu plus de ré-

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ll0iioB8. Tint qoe Urat prospère dtiis «n État, on paat oibfier lei biens infinis qile produit It royamé y et enrier senlemsBt osn qa*eUe possède : l'iiomoie nitnrdlement ambitieux et orgnetUsn ne tronve jamais en loi-mèase pourquoi nn antre loi dmt coomander, jasqn*è ee que son besoin propre le lui fasse sentir. Util ee besoin même, anssitèt qu*il a un remède oonsiant et réglé, li coutume le lui rend insensible. Ce sont les aeeidents extrsordiasini qui lui font considérer ce qn*il en retire ordinairement d'acte, et que, sans le eommaadement, il serait lui-même la proie da plu fort, il ne trou? erait dsns le monde ni Justice, ni raison, ai ssasranee pour ce qu*il possède, ni ressource pour ce qu'il anit perdi: et c*est par là qu'il Tient à aimer Tobéissanoe, aoUnt qu'il aime tt propre Tie et sa propre tranquillité.

J'eus encore presque en môme temps diterset oceasions de té* moigner mon affection à mes peuples.

La chambre de justice, ayant reconnu quHl s*était aliéné un Billion de rentes sur les tailles dont Je n'a?ais polm touché le prit, en ordonna la suppression à mon profit; mçis je commandsl n** sitôt que le fonds qui s'en dotait leter fût diminué sur le brM de la uille, sans en tirer nul a? antage que cehii de mes sujets.

La môme raison m*empêcha de considérer, en une autre ehoK de cette nature , Tintérôt des rentiers contre celui de tMrte h France. Le droit comman permet à chaque particulier de rtefc^ ter les rentes constituées, en rendant le véritable prix qa*il es i reçu, en imputant sur ce prix principal ce qu*ll a payé d*srrérages au delà de Tintérôt légitimo. La chambre de Justice juges qsejt ne devais être de pire eonsidération pour les renies constituées 0i mon nom sur Thôtel de tille de Paris. Les particuliers qoi h* avaient acquises à til prix et en étalent joui longtemps ne ttottèrent pas leur comptée cette imputation, par oh leur remboor#' ment était réduit à peu de chose; mais je ne crus pas dew^ perdre une occasion si Juste et si favorable d'acquitter facileflie>t mes peuples plutôt que moi de quatre millions de rente ioanelh qu'il eût fallu leter sur eux.

L'excès des impositions , durant la guerre et ma nrioorhéi ataient réduit presque toutes les communautés et toutes les viHei de mon royaume k emprunter de grandes sommés, imanièreBeit

TAILLE. RENTES. DETTBft DES VILLES. IBOHITS DES PAYSD'ÉTATS. 651

60 engagetm les droite d'octroi , lewn deniert 6t autre» retenus pnblicSf pals sur le crédit des prlDcipaux habitants qui s'obligeaient solidairement pour les antres. Les intérêts 4ni s'accnmnlatent incessamment les mettaient presqae hors d*état d*y pou? oir jamais satisfaire de leur propre fonds. Les plus riches, ponrsniris vivement pour ces dettes commanes , devenaient pins misérables qne les antres, forcés d'abandonner leurs héritages, la culture des terres et le commerce des choses les plus nécessaires à la vie, par les saisies continuelles que l'on faisait sur eui, et pilr la crainte de la prison. Le comble du mal était qne les consuls et autres administrateurs se servaient du prétexte de ces dettes pour dissiper les deniers publics. Je délivrai les communautés de cette misère, en nommant des commissaires pour liquider leurs dettes, et pour en régler le payement suivant que Tétai des choses pourrait le permettre, en ordonnant qu'il serait fait par mes propres receveurs.

U me fut aisé de voir aussi que mes peuples répondaient à mon affection dans les provinces les plus éloignées comme dans les plus proches. La taille qui, jusque-là, était à peine levée en deux ou trois ans, se leva dès lors en quatorze ou quinze moi», en partie à la vérité parce que les charges étant moindres devenaient plus aisées à porter, mais aussi principalement par la bonne volonté de ceux qui les portaient, qui, se voyant soulagés, faisaient, gaiement et sans chagrin, tout ce qu'ils pouvaient faire. Les pays d*étatsqul, en matière d'impositions, s'étaient autrefois estimés comme indépendants, commencèrent à ne plus se servir de leur liberté que pour me rendre leur soumission plus agréable. Déjà les états de Bretagne, l'année précédente 4661, avalent accordé à mes commissaires, sans délibérer et sur le théâtre même , tout ce qui leur avait été demandé de ma part, prêts à aller plus loinpour peu que j'eusse témoigné le souhaiter. Mais j'étais à Nantes , et on pouvait croire que ma présence seule avait produit cet effeté Les états de Languedoc , qui se tenaient à deux cents lieues de moi an commencement de cette année 4669, suivirent un changement ri avantageux pour moi, en m*accordant sans difficultés, comme ils faisaient auparavant, et sans en rien retrancher, la somme demandée. L'usage avait été jusque alors non-seulement de leur

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demander de grandes sommes pour en obtenir de médiocres, mais aussi de souffrir qu'ils missent tout en condition , de leur tont promettre, d*éluder bientôt après sons différents prétextes umt ce qu'on leu^ avait promis y de faire même un grand nombre d'édits sans autre dessein que de leur en accorder, ou plutôt de leur on vendre la réTOcation bientôt après. Je trouvai en cette métliode peu de dignité pour le souverain et peu d'agrément pour les sa- Jets. J'en pris une toute contraire que J'ai toujours suivie depuis, qui fut de leur demander précisément ce que j'avais dessein d'obtenir, de promettre peu, de tenir exactement ce que j'avais promis, de ne recevoir presque jamais de condition , mais de passer leur attente quand, par la voie des supplications, ils se confiaieot à ma justice et à ma bonté.

Je fis, cette année, par deux divers traités, deux acqnisitioBS très-considérables, celle de la Lorraine et celle de DuDkerqae. k les joins ici ensemble , mon fils, pour votre instruction , comme deux objets de même nature, quoique les traités aient été conclus et signés à quelques mois l'un de l'autre.

La situation de la Lorraine ne me permettait pas de douter qu'il ne me fût très-avantageux d'en être le maître, et me le faisait souhaiter. C'était un passage à mes troupes pour l'ÂlIemagoe, pour l'Alsace, et pour quelque autre pays qui m'appartenait déjà, une porte jusqu'alors ouverte aux étrangers pour entrer dans nos États. C'était le siège d'une puissance voisine peu capable, à U vérité, d'inquiéter par elle-même un roi de France, mais prenanl part de tout temps à toutes les brouilleries du royaume ; toQjonrs prête à se lier avec les mécontents, et à les lier avec d'antres princes plus éloignés; et s'il fallait ajouter l'honneur à Inutilité, c'était l'ancien patrimoine de nos pères, qu'il était beau de rejoiadre au corps de la monarchie dont il avait été si longtemps séparé. Il m'était aisé d'acquérir ce pays par les armes, et la conduite du duc, toujours inquiet et inconstant, et ne tenant ancno compte de traités ni de promesses, ne m'en fournissait pas seulement des prétextes honnêtes, mais même d'assez légitimes sujets. Mais au fond c'était interrompre la paix de l'Europe : ce que je ne voulais pas faire alors sans une absolue nécessité. Le traité des

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