‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 266 sur 280 · ACQUISITION DB LA LORRAINE · texte numérisé non relu

ACQUISITION DB LA LORRAINE

Pyrénées donnail lieu aax autres potentals de sUiktéresser daas celte querelle; et la présomption qui est toujours contre le plus fort, pour peu que mon procédé eût été douteux, m'aurait fait accuser dUojustice et de violence. D*an autre côté, on avait peine à comprendre quMl fût possible d*en venir à bout par négociation et par traité. Gomme il est vrai qu*on persuade difficilement à un prince libre et mattre de ses actions une affaire telle que celle-là, son consentement même semble ne pas suffire sans celui des autres intéressés, c*est-à-dire de tous ceux qui ont droit à succession. Â moins enfin que le traité ne soit bien solennel et bien authentique, à moins qu*il n'ait un grand fondement d*équité, on pourrait doater encore si les successeurs des successeurs, quoiqu'ils soient alors à nattre, n'ont point droit de réclamer quelque jour contre le préjudice qu'on leur a fait. J'avais donc toutes ces difficultés à considérer, qui faisaient croire à une partie de mes ministres, qu'il n'y avait rien à espérer de ce dessein.

Mais il y a grande différence, mon fils, entre les lumières gêné* raies sur les choses et la connaissance particulière des temps, des circonstances, des personnes et des Intérêts. Je connaissais le duc de Lorraine pour un prince à qui son inquiétude naturelle rendait toutes les nouveautés agréables, fort attaché à l'argent, sans nuls enfans légitimes, avide d'amasser des trésors, et soigneux de les cacher en divers lieux de l'Europe^ soit par la confiance qu'il y prenait lui-même dans ses diverses fortunes , soit pour enrichir quelque jour ses enfants naturels qu'il aimait. Il était mattre de nom plutôt que d'effet d'un pays désolé par la guerre, où il ne tenait aucune place de considération , et par là même plus disposé à céder ce qu'il aurait en tout temps beaucoup de peine à défendre. Quant à ceux de son sang et de sa maison, je savais la passion qu'ils avaient d'être tenus pour nos parents du côté de Gharlemagne; qu'en leur donnant quelque prérogative qui pût flatter cette prétention, on en obtiendrait toute chose ; qu'au fond leur maison était assez illustre pour être considérée , après la nôtre^ au-dessus de toutes les autres dans TÉtat, surtout si l'État en pouvait recevoir dès lors même quelque grand et insigne avantage, comme de leur côté ils en recevaient un très-grand et trèsglorieux par une pareille distinction.

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Il nMmqvait une ooeaslon bien nttureDe pouf proposer ee qut j'âttU dftBs resprit, «t elle ee préieDU d'elle-aiéBe plos fittorâble que je n^eniee ofé Teipérer. Le priace Gtaariet , oefea du due, ei le ploa intéreeeé dane cette affaire comme aon héritier présomptif, pea content de lui, et teoatit poar suspecte raffection qu'il témoignait à ses enfants naturels, voulait alors s'engager à un aiariage avec mademoiselle de Nemours, maintenant duchesse de SavoiOf principalement par Tespérance de ma protection, et qu^après la mort de sou oncle je le maifitiendrais en? ers et contre tous dans les États qui lui dataient retenir. Le duc, irrité et jaloux de la liaison que ce jeune prince tâchait de prendre atec moi, laissa échapper, dans son dépit, quelques paroles qui pouvaient être expliquées suivant mou dessein, et qu*on me rapporta. Je trataillai sur Thettre même à en profiter^ de peur que, son chagrin passé, il ne changeât de pensée : ce qui lui était ordinaire même en des choses bien moins importantes. Lionne, que Je chargeai de la négociation, me rendait compte^ de temps à autre, de ce qui s*y passait; je poussai l'affaire si tltement , qu^elle ftit entièrement résolue bientôt après* Le duc , par un traité que nous signâmes le 6 fétrier« ne fit une cession de tous ses États, à la réserve de l'usufïruit durant sa vie, que je lui faisais valoir pour le revenu jusqu'à sept cent mille livres, sans rien augmenter aux Impositions. le lui donnais de plus cent mille écus de rente, qu'il pouvait faire passer au comte de Yaudemont, son fils naturel, ou à telle autre personne qu'il lui plairait : savoir ^ cent mille livres sur une de mes fermes, et demx cent mille en terres, dont il y en avait une portant titre de duché et pairie. Je me chargeais de toutes les dettes du due, onde ses prédécesseurs, auxquelles ces trois cent mille livres de rente pourraient être hypothéquées, moyennant !*hÔte! de Lorriine qu'il m'abandonnait en propriété. Je donnais enfin â ceux de la maison de Lorraine le privilège de princes après les derniers princes de mon sang , avec tous les droits que ce rang leur pourrait acquérir à l'avenir, plus éloignés sans doute, mais aussi, sans comparaison, plus grands que ceux dont ils se déparuient pour eux et pour les leurs en cooseutant à ce traité. Mais j'étais d'accord avee le duc que pas un d'eux ne .s'en pourrait prévaloir qu'ils ne l'eussent tous signé, et que cette condition serait ijoe-

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tée, eomuieflla le fat dtiu rettregittrement ra ptrkwiaiiti oit Jt le pomi mèl-^niéiiie le 27 da même mois de féTrier.

Mais, I dire la mérité, Je ne hasardais rien pour une alTaire doit je potitals espérer de grandes suites. Le duc était du moins lié ed son particulier par ce traité, obligé par là à lirre aiec mol dans une pins grande dépendance : ce qui était toujours beaucoup. Ceux de sa maison^ 8*lls consentaient tous, éublissalent tellement mon droit pour rayenlri que la plus grande rigueur des lois ordinaires n*y pouTalt rien trouver à redire : car ils quittaient seulement des droits incertains pour d*autres droits, mais sans comparaison pltis grands et si illustres quMls s'en detaient tenir éternellement honorés. Quelqu'un de ceux qui, pouf être plus proches de la succession, la regardaient comme présente , poutait bien refuser de signer, mais en ce cas-là je n'étais engagé à rien pour les autres que je mettais par là même dans mes intérêts. 11 me restait seulement un traité personnel avec le duc, qui subsistant à mon profit me donnait lieu de gagner peu à peu par d'autres avantages , généralement , tous les intéressés, en mille conjonctures que le temps pouvait produire. Ce traité fut rendu public et enregistré au parlement, avec la condition que j'ai dite, par le consentement de tous ceux de la maison de Lorraine , excepté du prince Charles, qui se retira de ma cour aussitôt qu'il vit la chose arrêtée, et me donna lieu de suspendre à tous les autres la jouissance des privilèges de prince du sang. 11 est encore incertain, quand J'écris ces Mémoires, quels seront un jour à cet égard les avantages de ce traité pour mol, mais vous avez vu du moins qu'il ne me po»» vait être nuisible.

L'acquisition de Dunk^que n'éuit pas de si grande étendue, mais elle était d'une importance non moindre et d'une utilité plus certaine.

Peu de personnes ont su par quelle suite d'affaires cette place si considérable était passée entre les mains des Anglais, durant le ministère du cardinal Mazarin. Il faut pour cela remonter jusqu'à ma minorité et aux factions qui obligèrent deux fois ce ministre à sortir du royaume. Gromwell, à qui le génie» les occasions

et le malheur de sod ptjs avalent inspiré des pensées fort audessus de sa naissance, au commencement simple oflBcier dans les troupes rebelles du parlement, puis général, puis ProCectew de la république, et désirant en secret la qualité de roi quMI refusait en public, enflé par le bon succès de la plupart de ses entreprises, ne Toyait rien de si grand , ni au dedans , ni au dehors de son tle, à quoi il ne pensAt pouvoir prétendre ; et bien qu*il ne manquât pas d'affaires chez lui, il regarda les troubles de mon Eut comme un moyen de mettre le pied en France par quelque grand établissement : ce qui lui était également aTantageux, soit que la puissance royale se confirmât en sa personne et en sa famille, soit que le caprice des peuples et la même fortune qui Tafaient élevé si haut entreprissent de le renverser. 11 savait de qnelle sorte presque tous les gouverneurs des places et des province! traitaient alors avec le cardinal Mazarin, et qu'à peine y avait-il de fidélité parmi mes sujets, qu'achetée à prix d'argent on par des récompenses d'honneur, telles que chacun s'avisait de les souhaiter. 11 dépêche le colonel de ses gardes au comte d'Estrades, gouverneur de Dunkerque, il l'exhorte à considérer l'état des choses pour en tirer ses avantages particuliers , lui offre jusqn'à deux millions payables à Amsterdam ou à Venise, s'il veut loi livrer la place, et de ne faire jamais de paix avec la France sans obtenir pour lui les dignités et les établissements où il peut aspirer. 11 ajoute que tes affaires du cardinal, son bienfaiteur, et qui l^avaH mis dans ce poste, sont désespérées, n'y ayant pas d'apparence qœ ce ministre, dont on avait mis la tête à prix, puisse par ses propres forces revenir ni dans le ministère, ni dans l'État ; qu'il ne le soutiendra pas seul avec Dunkerque, mais périra avec lui. Si toutefois il veut porter son affection et sa reconnaissance pour lai jusqu'au bout, qu'il prenne cette occasion de le servir utilement par la seule voie peut-être que sa bonne fortune lui ait laissée de reste; qu'il peut offrir au cardinal, avec la même condition de remettre Dunkerque aux Anglais, non-seulement les deux millions, mais aussi tels secours de troupes qui lui seront nécessaires pour rentrer en France; qu'il se fera par là, auprès de lui, un mérite après lequel , si ce ministre est rétabli, il n'y a rien qu'il B*en doive espérer. D'Estrades , par une conduite très-louable, aprèf

CROHWELL A CONVOITÉ GBTTB PLACB PENDANT LA FRONDE. 557

atoir obligé cet envoyé à lai faire ces propositions dans an conseil de guerre, et ensuite à les signer» le renvoie à Cromwell avec sa réponse: il se plaint qu'on Tait cm capable d*ane infidélité» ni de rendre cette place par d'autres ordres que les miens ; que tout ce qu'il peut est de me proposer à moi-même la condition des deux millions» et en même temps celle d'une étroite alliance avec moi par laquelle le Protecteur s'engagera à rompre sur mer et sur terre avec les Espagnols; à me fournir dix mille hommes de pied et deux mille chevaux pour leur faire la guerre en Flan* dre ; à entretenir cinquante navires de guerre sur les côtes, da> rant les six mois de l'été, et une escadre de quinze durant l'hiver» pour croiser la mer, agissant de concert suivant les desseins qu'on pourrait former ensemble. Cromwell accepta ces propositions qui me furent aussitôt envoyées par d'Estrades à Poitiers où j'étais, et n'arrivèrent que deux jours après le retour da cardinal Mazarin. Ce ministre les trouva très-avantageuses» ayant pour maxime de pourvoir» à quelque prix que ce fût» aux affaires présentes» et persuadé (pie les maux à venir trouvaient leur remède dans l'avenir même. Mais le garde des sceaux Gh4teauneuf» qu'on avait été obligé de rappeler durant ces troubles» l'emporta contre lui dans le conseil et auprès de la reine ma mère , et les fit absolument rejeter. Cromwell, ayant reçu cette répqnse^ signa le même jour un traité avec les Espagnols, leur fournit dix mille hommes et vingtcinq vaisseaux pour le siège de Gravellnes et de Dunkerque, qui par ce moyen furent prises sur moi en la même année, Tune à la fin de mai, l'autre au 22 septembre (1652)» mais au profit des Espagnols seulement.

Cependant mon autorité s'étant affermie dans le royaume, et les factions qu'ils y fomenUient étant absolument dissipées, ils furent réduits quelque temps après à ne pouvoir soutenir que difficilement l'effort de mes armes en Flandre. Cromwell , qui ne s'était lié avec eux que pour cette entreprise particulière, et qui avait toujours augmenté depuis en pouvoir et en considération dans toute l'Europe, se voyait également recherché de leur côté et du mien ; ils le regardèrent comme Tunique ressource à leurs affaires de Flandre, et moi comme l'unique obsucleà leurs progrès, au temps oti je voyais la conquête entière de ces provinces presque

SM APPBNMCB. n 1662.

certiiM, ti on ne m'aceordtU tout ce que Je poavaif «onbaitet pour It ptiK. Lui, qui n'avait pas oublié son premier desacin de s*acqaérir nn poste considérable au delà de la mer, ne Yonlaiit «e déterminer qa'à cette condition y proposait en même temps aux Espagnols de se joindre à enx dans cette guerre, d'assiéger Calais qni lui demenrerait, ce qu'ils étaient près d'accepter avec joie, et à moi d'assiéger Dankerqne et de le hii remettre. Le cardinal Mazarin, à qni cette ou? ertnre n'était pas nonvelle, et qui l'aTait approuvée autrefois lors même que Dunkerque était an povyoir des Français, s'en tronva sans donte moins éloigné. Et bien qne J*y ensse beancoop de répugnance, Je m'y rendis rafin, non^sevlement par le cas que Je faisais de ses conseils, mais aussi par les avantages essentiels que J'y trouvais pour la guerre de Flandre, et par la nécessité de choisir de deux maui le moindre, ne voyant pas de comparaison , puisqu'il fallait nécessairement voir les Anglais en France, entre les y voir mes ennemis ou mes amis, ni entre m'exposer à perdre Calais que j'avais , eu leur promettre Dunkerque que Je n'avais pas encore. Ce fut donc par cet accommodement, qu'après avoir repris Dunkerque, Je le leur remis entre les mains, et il ne faut point douter que leur union avec moi ne îtx comme le dernier coup qui mit l'Espagne hors d'état de se dé* fendre, et qui produisit une paix si glorieuse et si avantageue pour moi.

J'avoue pourtant que cette place au pouvoir des Anglais m'in» qutétait beaucoup. 11 me semblait que la religion catholique y était intéressée. Je me souvenais qu'ils étaient les anciens et irréconciliables ennemis de la France, dont ellenes'étaitsauvéeautrefois que par un miracle ; que leur premier établissement en Normandie nous avait coûté cent ans de guerre, et le second en Guyenne trois cents ans, durant lesquels la guerre se faisait toujours au milieu du royaume à nos dépens, de sorte qu'on s'estimait heureux quand on pouvait faire la paix et renvoyer les Anglais chei eux avec de grosses sommes d'argent pour les frais qu'ils avaient faits, ce qu'ils regardaient comme un revenu ou un tribut ordinaire. Je n'ignorais pas que les temps étaient fort changés; mais, parce qu'ils pouvaient encore changer d'une antre sorte, J'étais blessé de cette seule pensée que mes successeurs les plus éloi-

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