‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 270 sur 280 · SB SERVIR DES CONJONCTURES, ET SE GOIDER PAR LA RAISON · texte numérisé non relu

SB SERVIR DES CONJONCTURES, ET SE GOIDER PAR LA RAISON

pouvoir passer des exemples et des règles. Une autre erreur éga* lement daugereuse se glisse parmi les hommes : car, comme cet art de profiter de toutes choses, de celles que le peuple Ignore comme de celles qu'il sait, plus il est grand et parfait, plus il se cache et se dérobe à la vue , en cela contraire à sa propre gloire, il arrive souvent qu'on veut obscurcir le mérite des bonnes aetionâ en sMmaginant que le monde se gouverne de lui-même , par cer* taines révolutions fortuites et naturelles qu'il était impossible de prévoir ni d'éviter: opinion que les esprits du commun reçoivent sans peine, parce qu'elle flatte leur peu de lumière et leur paresse, leur permettant d'appeler leurs fautes du nom de malheur, et l'industrie d'aatrui du nom de bonne fortune. Pour voir, mon fils, comme vous devez reconnaître avec soumission une puissance supérieure à la vôtre et capable de renverser quand il lui plaira vos desseins les mieux concertés , soyez toujours persuadé , d'un autre côté , qu'ayant établi elle-même l'ordre naturel des choses, elle ne les violera pas aisément ni à toutes les heures , ni à votre préjudice ; ni en votre faveur. Elle peut nous assurer dans les périls, nous fortifier dans les traTaux, nous éclairer dans les doutes y mais elle ne fait guère nos affaires sans nous, et quand elle veut rendre un roi heureux , puissant , autorisé , respecté , son chemin le plus ordinaire est de le rendre sage , clairvoyant, équitable, vigilant et laborieux.

Mais je reprends la suite des choses. Comme je n'avais fait que mon devoir en soutenant la dignité de ma couronne, ce différend avec une nation qui aura toujours des intérêts opposés aux nôtres, n'empêcha pas que le roi d'Espagne ne me donnât depuis en toute rencontre des marques de son estime et de son amitié. 11 me témoigna son estime d'une manière dont j'avoue que je fus agréablement flatté, quand, après la mort de don Louis de Haro, il dit publiquement, devant tous les ambassadeurs des princes étrangers, que c'était à mon exemple qu'il ne voulait plus avoir de premier ministre. Car il me semblait tout ensemble bien généreux pour lui, et bien glorieux pour mol, qu'après une si longue expérience des affaires, il reconnût que je lui avais Arvi de guide dans le chemin de la royauté; et sans me donner trop de vanité, j*ai

^66 AnpENuicK. Il 1662.

lien de croire qd'ën cela même plusieurs aititres princes oui regardé ma conduite p6iir Régler la ledr : té qtii nous doit bien exhorter, mon àls, et ^oiis ei moi, à peser tontes nos actldné; cjuand ndas considérons quel bien nous faisons en faisant bien , et quel mal par conséquent en faisant ni^l, puisque le^ inaavdi^ exemples trouvéïii encore pln^ d'imitateurs que les bons. — ^ Il me témoigna son amitié eh tihë ëhbse qù*ll p<Juvaii me refuser avec Justice. Par le traité des Pyrébéè^, lés Espagnols étalent en droit et en possession de visiter tous les bâtiments français, qa*ils rencontraient à cinquante milles des côtes du Portugal , et cette possession leur était importante à conserver. Il voulut bien néanmoins s^eii départir, sur les pressantes instances que Je lui en fis, et favorisa en cela le commerce maritime de mes sujets, qui en receriit beaucoup de préjudice. — J'avais pris ombrage d*un moine français qui résidait secrètement à sa cour ; mais encore quMl n'y fitt pas obligé, pour me faire voir combien il souhaitait de bien vivre avec moi, il s'offrit à me déclarer, en parole de roi, que ce religieux n'avait parlé d'aucune affaire qtii régardât la France; et en effet, je sus qu'il h'âvaii fait que quelques propositions touchant le Portugal. — Je repondais à ces démonstrations d'estime et d'amitié par d'autres semblables , toutes les fois que l'occasion s'en présentait ; et c'est pour cela que Je donnai alors au marquis de Fuentes, son ambassadeur, des entrées libres et familières auprès de moi , que les autres ambassadeurs n'ont Jamais eues ni prétefkdues, le recevant comme mes propres domestiques dans ma maison et dans mes divertissements. Cela n'eût pas été sans danger en d'autres temps, quand tous ceux qui approchaient du roi ou da ministre avaient part aux secrets et presque aux résolutions, on pouvaient du moins les péhéti*er par cent marques extérieures. Je pense y avoir pourvu autrement ; et de quelque sorte qu on ait les yeux ouverts sur mes desseins y si Je ne nie trompé , ceui qui ne bougent dû Louvre n'en sâveiil guère davantage qiié ceux <im id'èù approchent Jamais.

Je ne m'arrêterais pas avec vous, dion ills. k un carrousel qm fiit faii ah commencement de l'été, si ce n'était lé premier divertissement de quelque éclat que Je rencontre clans la suite de ces

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