INCONVÉNIENTS DE LA PRÉCIPITATION
que secret pour les adoucir, quand il ne leur est pas permis de les empêcher de naître.
Quelque opinion que nous puissions avoir de noire suffisance, il faut convenir qu'il n'est point de si grand homme d'État qui puisse voir d'abord dans une affaire tout ce que lui-même y découvrirait s'il avait un temps plus long pour y penser.
Comme toutes. les choses du monde ont différentes faces, il les faut regarder plusieurs fois pour les connaître parfaitement, et dans les plus grandes difficultés il arrive d'ordinaire que le même expédient que nous avions en vain cherché durant plusieurs jours se présente enfin à notre esprit sans aucun effort, quand il nous est permis d'y penser avec tout le loisir nécessaire ' .
Je sais bien que l'on pourrait objecter à ceci que les desseins qui s'exécutent aussitôt qu'ils sont formés, n'ayant ^ pas le temps de se divulguer, surprennent davantage les ennemis et les trouvent en plus mauvaise défense. Mais bien loin de convenir que cette maxime soit toujours véritable, je suis persuadé que le plus souvent il en arrive tout au contraire. Comme les choses que nous voulons conduire avec trop de précipitation ne se peuvent mener sans beaucoup de bruit, notre ennemi, qui ne peut pas manquer d'en entendre quelque chose, veille ' incontinent pour son salut; et s'il n'a pas d'a-
1. Là finit le 20« cahier du texte B (t. Il, f« 187). Au delà, ce texte nous manqae aa Mâc. Noos avons dit que l'éditeur de 1806, qui jusquelà a reproduit une copie faite d'après le texte B, complète les Mémoires avec la suite des cahiers du texte A : il j en a 12 cahiers, numérotés de 12 à 24.