‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 41 sur 280 · NÉCESSITÉ DE SAVOIR TOOT GB QUI SE PASSE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE SAVOIR TOOT GB QUI SE PASSE

dans tous les lieux où ils peuvent avoir des intérêts. Ni les ministres que nous employons, ni nous-mômes, ne pouvons délibérer de rien sûrement, si nous n'avons une connaissance très^exacte de tout ce qui se passe autour de nous; et comme la raison même, qui tient Tempire sur toutes les facultés de Thomme, ne peut régler ses opérations que sur le rapport des sens, les souverains ne peuvent agir dans leurs conseils que sur les nouvelles que leurs agents leur envoient sans cesse du dehors.

Tout homme qui est mal informé ne peut s'empêcher de mal raisonner ; et si vous voulez rechercher dans les siècles passés toutes les fautes remarquables que Ton impute aux souverains , à peine en trouverez- vous une seule qui ne soit rapportée au défaut d avoir su quelque chose qu'il devait savoir. D'où il arrive que, parmi les hommes en général, il n'est point de façon plus commune de s'excuser de quelque manquement que ce puisse être que de dire : je ne savais pas ou je ne pensais pas.

Toutes les fois qu'après avoir terminé une affaire, nous apprenons quelque circonstance qui nous était inconnue, nous remarquons incontinent que si nous l'avions su plus tôt nous aurions fait quelque chose de plus ou de moins que ce que * nous avons effectivement résolu -, et, pour tout dire en un mot, je crois qu'on peut tenir pour certain que tout homme qui serait bien averti et bien persuadé de tout ce qui est ne ferait jamais que ce qu'il doit. Ainsi ^ ce n'est pas une chose dont on

1. Ici commence le fragment Isolé du texte X (t. I, f^ 146). Nous nous conformons à son texte.

Page 1