‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 56 sur 280 · CONTESTATIONS DB RANG ENTRE LES CORPS. RÉFLEXION · texte numérisé non relu

CONTESTATIONS DB RANG ENTRE LES CORPS. RÉFLEXION

denne Rome que Louis XIV n'avait guère étudiée. L'éditeur de 1806 les a reproduites (t. II, p. 18-20).

Car il faut demeurer d'accord que, de toutes les rencontres où l'autorité d'un seul peut être utile au public, il n'en est point qui soit si manifeste que celle delaguerre, dans laquelle on sait que les résolutions doivent être promptes, la discipline exacte, les commandements absolus, l'obéissance ponctuelle, que le moindre instant que Ton perd à contester fait échapper pour toujours * Toccasion de bien faire, et que les moindres fautes qui se commettent sont souvent expiées par beaucoup de sang. Cette ancienne Rome, qui témoignait tant d'aversion pour l'autorité souveraine, s'y soumettait pourtant toutes les fois qu'elle avait à se garantir de quelque ennemi redoutable *, et sachant bien que l'égalité qui se trouvait entre ses conseils n'était pas propre aux expéditions militaires, elle se choisissait un dictateur qui la gouvernait avec un pouvoir absolu.

Mais aussi que pourrait-on jamais attendre que tumulte et confusion dans un corps où ceux qui doivent obéir De sauraient distinguer celui qui a droit de leur commander, où ceux qui aspirent à l'autorité songent pIutM à vider leurs différends particuliers qu'à rechercher l'avantage et la sûreté des troupes qui leur sont commises?

Il n'est rien qui échauffe si puissamment les esprits que la jalousie de la supériorité. Les prétentions des chefs engagent nécessairement les gens qu'ils ont sous leur charge ; chacun des soldats croit qu'il s'agit de son propre intérêt^ tous ç'animept à l'envi, et dans un seul

camp il se forme deux armées ennemies qui , toutes deux, oubliant en un moment le service de leur prince et le salut de leur pays, ne pensent plus qu'à contenter, aux dépens de leur propre sang, la brutale fureur qui les transporte : malheurs qui ne pouvaient être sûrement évités qu'en réglant comme j'ai fait tous ces différends, en telle sorte que, quelques troupes qui se pussent trouver désormais ensemble, on n*eût plus aucun lieu de douter du rang ni de l'autorité de celui qui les devrait commander.

N* 28. ^ V. t. I, page 242, note 2.

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Les textes A et B, au 9« cahier (A, t. II, f* 263 ; B, t. II, f» 80), exposent avec complaisance les occupations du Boi, qui devienoent ses seuls divertissements. Delà des considérations sur le plaisir qu'a le prince à faire son devoir. Ou ne manque pas, bien entendu , de laisser comprendre que c'est bien plus difficile et bien plus méritoire pour un Bol que pour un simple particulier. L'éditeur de 1806 (t. II, p. 76-81) reproduit les faits et la réflexion. Il y a très-peu de âifférence entre les deux textes qui ont précédé le nôtre.

Je n'oubliais aucun des moyens que je croyais propres a mettre mes troupes en bon état, et, ne me contentant pas de rapporter à ce point la plus grande partie des résolutions que je prenais dans mes conseils, je voulais même y faire servir mes plus ordinaires divertis-

tmUTÊ ET PLAISIR DANS LE DEVOIR REMPLI. 125

semenls. I^es entretiens auxquels je me plaisais le plus consistaient à louer ceux qui avaient soin des corps qu'ils commandaient, à ' m'informer particulièrement de tout ce qui se passait en chaque quartier, me faire connaître les choses que je désirais que Ton pratiquât en cette matière*

Je retranchai dès lors ce que j'avais accoutumé d'employer chaque année en meubles, en pierreries, en tableaux, ou en autres choses de pareille nature, ne trouvant plus de dépenses agréables que celle que je faisais pour l'armement ou pour la commodité des gens de guerre. Et au lieu de me divertir comme auparavant à la chasse ou à la promenade , j'employais souvent mes heures de loisir à faire exercer devant moi tantôt un corps, tantôt un autre, et tantôt plusieurs ensemble.

Ici commence la réflexion dont le Roi fait, à la fin, une leçon directe au Dauphin :

C*est un avantage fort grand et fort singulier de pouvoir trouver notre satisfaction dans les choses qui servent à notre grandeur, et de savoir par étude nous faire une espèce de plaisir de la nécessité de notre ministère. Il n'est personne assurément d'assez mauvais goût pour ne pas trouver cette méthode très-bonne et très-utile; mais il est peu de gens assez sages pour la savoir bien pratiquer, et peut-être môme que Ton s'y applique plus rarement chez les souverains que chez les particuliers. Car, à dire vrai, la douce habitude que les princes pren-

I. A, r 263 ▼*, ce membre de phrase est ^joaté en marge; il fait partie du texte B.

nent è commander leur rend plus incommode toute sorte de sujétion ; et se voyant élevés au-dessus des règles ordinaires, ils ont besoin de plus de force et de plus de raison que les autres pour s'imposer eux-mêmes de nouvelles lois.

Les hommes privés semblent trouver un chemin tout frayé vers la sagesse dans l'observance des ordres publics auxquels ils sont assujettis. La prudence delà loi qui leur prescrit ce qu'ils doivent faire, le concours de tout un peuple qui la suit, la crainte du châtiment, et Tespoir de la récompense , sont des secours continuels attachés à la faiblesse de leur condition, et dont l'éclat de la nôtre nous a privés.

Peut-être qu'il y a beaucoup de bons sujets qui seraient fort mauvais ' princes. Il est bien plus facile d'obéir à son supérieur que de se commander à soi-même^ et quand on peut tout ce que l'on veut, il n'est pas aisé de ne vouloir que ce que l'on doit. Pensez-y donc de bonne heure , mon fils, et si vous sentez maintenant quelque répugnance à vous soumettre aux ordres de ceux que j'ai préposés pour votre conduite , considérez comment vous pourrez entendre un jour les avis de la raison lorsqu'elle vous parlerasans interprète, et qu'elle n'aura plus personne auprès de vous qui soit en droit de défendre ses intérêts. Profitez soigneusement des préceptes que je vous fais donner tandti» qu'il vous est permis d'en recevoir ^ et puisque dans la place qui vous attend après moi, vous ne pouvez plus, sans honte, être conduit par d'autres lumières, ni contraint par une au-

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