‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 60 sur 280 · LE ROI DOIT VEILLER SUR LES BIENS DE TOUS SES SUJETS · texte numérisé non relu

LE ROI DOIT VEILLER SUR LES BIENS DE TOUS SES SUJETS

si visible qo^il n'est pas besoin d'un long discours pour vous la faire comprendre, et la perte qu'en souffre indirectement le souverain par la diminution de ses revenus. Mais ^ quand ils ne s'y trouveraient point intéressés, il est sans doute qu'étant obligés par honneur de garantir leurs États de la violence des étrangers, ils doivent bien plus les garder du pillage de leurs propres troupes. Et il ne ^ faut pas qu'en jugeant sur les intérêts du soldat et du paysan vous vous imaginiez, comme font peut-être beaucoup d'autres, que ces gens qui sont enrôlés dans vos troupes soient pour cela plus à vous que tout le reste de vos sujets ni que vous ayez plus d'intérêt de les favoriser que les autres.

Tout ce qui se trouve dans l'étendue de notre empire, de quelque nature qu'il soit , est également commis à

1 . Toule cette phrase est ajoutée en marge. — L'idée est remaniée deux ou trois fois, dans la seconde rédaction (t. III, f« 211), avant d'arriver à sa dernière forme que voici : « Tout prince qui ctiérira sa réputation avee un peu de délicatesse ne doutera pas qu'elle ne soit aussi bien engagée à défendre le bien de ses sujets du pillage de ses propres troopes que de celles de ses ennemis. » — L'idée qui fait opposition avec eelle-ià fournit à ce même texte (t. III, f^ 211) une phrase que d'autres textes ont gardée en la modifiant un peu : ■ Ce n'e^t pas seulement par Tertu, mais par intérêt même qu'il est obligé de rendre la juetice égale entre le soldat et le pajsan. » — C'est surtout dans la troisième rédactfon (t. 111, r* 121) que la « diminution des revenus du souverain • est appréciée longuement: «Tout ce qu'il laisse prendre sur ses peuples, en qoelque manière que ce puisse être, ne se prend jamais qu'à ses dépens. Ce qoe perdent les moindres particuliers tourne, par un circoit nécessaire, au dommage du souverain, et il n'e^t pas malaisé de voir que plin les provinces sont épuisées par les gens de guerre ou par quelque antre cause que ce soit , moins elles sont capables de contribuer aux autres charges publiques. »

2. Cette phrase est dans la seconde rédaction (f°2l2], mais y a été «liMée.

notre garde*, et nous doit être également cher. Une faut pas se mettre dans l'esprit que les deniers que nous tenons dans notre cassette doivent être par nous mieux ménagés que ceux qui sont dans la bourse des ^ particuliers ; que les terres de notre domaine doivent être plus soigneusement conservées que celles du moindre ' gentilhomme ] que les troupes qui sont sous notre nom soient plus dépendantes de nous que les autres , et que ceux qui prennent les armes soient plus engagés à nous servir que tous les autres hommes qui vivent sous notre domination. Tous ^ nous doivent le même respect, et nous devons à tous la même justice. Nous ne sommes jamais obligés à prendre part pour ^ Tun contre Tautre; mais nous devons toujours être juges désintéressés et pères communs de tous.

Chaque profession contribue, selon son pouvoir, au maintien et à la grandeur de la monarchie. Les laboureurs sont peut-être plus nécessaires que les soldats puis-

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