‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 62 sur 280 · ET PROTÉGER TOUTES LES PROFESSIONS · texte numérisé non relu

ET PROTÉGER TOUTES LES PROFESSIONS

que sans eux les soldats même ne pourraient pas vivre. Les artisans ' méritent de leur part une singulière recommandation puisqu'ils fabriquent tout ce qui est à notre usage. Les marchands ne sont pas à négliger puisqu'ils travaillent sans cesse à nous faire des magasins où nous trouvons à point nommé toutes les choses nécessaires au soutien et à la commodité de la vie.

Telles sont les seules professions auxquelles ait songé d^a* bord le rédacteur : dans sa pensée primitive, qui est celle dn Journal (V. 1. 1, p. 29), les laboureurs, les artisans, les marchands, devaient lui suffire, puisqu'il s'agissait des classes qui ont à souffrir du libertinage des soldats. Mais une fois embarqué dans cette voie de l'énumération , il a oublié le but précis de sa réflexion , il a voulu généraliser, marquer le rôle et rimportance de chaque condition, qu'elles aient ou non quelque point de contact avec la carrière militaire. Voici donc ce qu'il a d'abord ^outé en marge :

Les finances recueillent les droits publies dont l'État tire la subsistance.

En vérité son imagination ne va pas bien loin. Quoi ! n'y a-t-ll pas d'autres classes de la société ? Pour l'instant le rédacteur ne voit rien déplus. Il croit sincèrement avoir épuisé le sujet , et il ferme alors l'ensemble de la réflexion par les phrases suivantes :

Et quoique ces professions aient quelque chose de moins dangereux que celle de la guerre, elles ne sont pas moins utiles, ni peut-être moins laborieuses. En tout cas, ce que les gens de guerre ont de fatigue et de pé-

1 . La première phrase fur les artisans s'appliquait mieux aux marebaods auiquels elle a été transportée.

rils à surmonter, le délai^roent qu'ils font de leur maison et de leurs affaires doit bien faire que Ton ait plus de soin de leur subsistance et de leur fortune, mais non pas que Ton ait moins d'exactitude et de sévérité dans Tobservation de leur conduite.

Ces réflexions dernières reparaîtront dans tous les textes. Le rédacteur ne tarde pas à reconnaître que la finance n'est pas la seule condition utile à la société. Il barre donc tout ce qui suit la phrase sur les financiers, et voici ce qu'il écrit (^l36 r>) :

Les juges entretiennent tous les autres dans les bornes de leur profession par la révérence des lois dont ils sont les interprètes.

Allons, voilà deux professions trouvées. Est-ce tout? Une idée survient ; on l'ajoute en interligne :

Les ecclésiastiques maintiennent parmi les hommes les intérêts de la religion...

Mais cette phrase est insuffisante; on la complète par un renvoi :

... qui plus que toute autre chose nous attire les bénédictions du ciel et conserve la sûreté parmi les hommes.

Maintenant on peut reprendre les pensées générales de la fin ; elles revêtent une forme un peu différente :

11 ne faut mépriser aucune de ces professions ; toutes tiennent leur place. Et si la plupart des autres semblent moins dangereuses, elles ne sont pas pour cela moins utiles ou moins laborieuses. Et quand un prince, porté

Page 1