INCENDIE DE LONDRES. RÉPLEXION
relation avec Fautre, je ne tiens pas qa*il y ait raison de les confondre dans le jugement que Ton en fait.
Qu'importe ? Il faut que le morceau qui a été composé isolément figure dans l'ensemble des Mémoires. Le dernier rédacteur a été bien hardi de le supprimer : Louis XIY, ou doit le croire, l'avait trouvé de son goût. Les pages certainement ont passé sous ses yeux ; nous avons constaté (Y. 1 1, p. 187, note 6, et p. 188, note 5) les traces de son écriture dans Texposition des faits maritimes qui précèdent Immédiatement le morceau sur ce même 29* cahier. Le moindre signe de sa main aurait fait biffer les pages sur l'incendie et sur la réflexion qui l'accompagne, s'il n'en avait pas voulu. Cet incendie avait préoccupé le roi : le Journal en fait foi (V. t. I, p.78, et au haut de la p. 78). On lit dans le Journal du 3S décembre : « Considérations sur le dommage que l'Angleterre en peut recevoir ; » et la visite de civilité à la reine mère , dont il va être question dans le texte A, est rappelée dans les feuilles du Journal de ce même jour.
Ce n'est pas qu'à dire le vrai cet incendie n'ait produit une furieuse désolation dans l'Angleterre ; et, pour moi, le mal m'en parut si grand, que, malgré la guerre que j'avais avec le roi de la Grande-Bretagne , je crus être obligé de lui en témoigner quelque douleur, comme je fis en visitant, deux jours après , la reine sa mère. Le compliment que je lui fis sur ce sujet fut, en substance, qu'en tout ce qui se passait entre son fils et moi, je saurais toujours distinguer les intérêts de nos États d'avec ceux qui pouvaient regarder ou sa personne ou sa fortune, et que j'aimais à conserver pour lui dans le plus fort de nos différends toute l'estime qu'on peut avoir pour un prince de très-grand mérite.
Nous arrivons aux considérations générales. Toutes les
phrases qu'on va lire sont dans les Msc. mises au présent , ce qui indique mieux qu'elles ont été écrites peu de temps après révénement. L'éditeur de 1806 suit une copie qui a remplacé, on ne sait pourquoi, le présent par Timparfait.
Mais, à considérer les choses suivant la politique, il n'y a point de doute que cet accident ne doit, par ses conséquences, être avantageux à l'État français, puisqu'il affaiblit une nation qui, de tout temps, était son ennemie.
Car*, dans le vrai, le dommage que l'Angleterre en doit souffrir est de si grande étendue , que ceux même qui s'y trouvent les plus intéressés n'ont pu le concevoir d'abord tel qu'il est, et le connaîtront encore de jour en jour beaucoup plus grand qu'ils ne se l'imaginent. Cette vaste étendue de bâtiments que le feu a consumés en si peu d'heures était l'ouvrage de plusieurs générations, et il faudra des milliers d'années et des dépenses inestimables pour en réparer le débris. Comme Londres était la ville la plus puissante et presque la seule peuplée qui fût en toute cotte lie, sa ruine attire aussi l'appau* vrissement du royaume entier.
Son commerce^ et ses manufactures ne peuvent qu'ils n'aient à souffrir une grande altération, par la perte que les marchands ont faite et par la dissipation
1. Tout cet alinéa, qu'on Ut au Mk., manque dans l'édiUOD de 1806. — Le catiier 80« du texte A commence an milieu de ces plirases (U 111, f59).
2. Cette ptiraae et la suiTante, et l'autre encore, sont le résultat d'efforts trè^pénibles. Le Msc. est chargé de ratures. La première et la troisième plirase sont écrites en marge avec la forme déflniUve que nous leur Tojons.
SBS CONSÉQUENCES POUR L'ANGLETERRE, POUR LA FRANCE. l4l
qui est arrivée dans les ouvriers. Ce qui semble d'autant plus ruineux à cette tle, qu'elle est d'ailleurs obligée a beaucoup de dépenses nécessaires, manquant naturellement de quantité de marchandises, qu'elle est contrainte d'acheter chez ses voisins. Mais il me semble qu'en son particulier ce roi même y souffre quelque dommage, non-seulement en ce qu'un si grand nombre d'ouvriers sans ouvrage peut aisément se porter à des nouveautés, mais parce qu'il s*est consumé dans Loivlres une grande quantité de munitions nécessaires à la guerre, et que le seul appauvrissement de cette ville lui ôte l'Unique ressource qu'il pouvait avoir contre les étrangers dans les pressantes nécessités de son Etat.
L^alinéa suivant est biffé au Msc.
Car enfin, si après la perte d'une bataille, Tennemi étant dans ses ports, il se trouve obligé d'assembler un parlement, d'y faire résoudre une levée extraordinaire, et d'en aller recueillir les deniers dans tout le pays pour refaire une nouvelle armée, il ne faut pas douter que les deux tiers du royaume ne soient désolés avant qu'il se trouve en état de pouvoir conserver le reste.
Tous les autres sont conservés.
\ous me direz peut-être que cette affaire peut avoir ses avantages aussi bien que ses incommodités ; que souvent, de la grandeur des villes trop peuplées, il est arrivé de grands inconvénients; que celle même dont nous parlons en fournit d'assez funestes exemples, et que ce n'est pas une grande infortune au roi d'Angle*
142 SUPPLÉMENT AUX MâMOIRES im 1666.
terre d'avoir perdu une ville qui le pouvait perdre, puisqu'elle * avait bien perdu son père.
La réflexion va s'écarter singulièreroent du sujet; il ne s*agit plus des effets de Tincendie , de l'Angleterre, de la France.
Mais à cela je vous répondrai que si nous voulions nous priver de toutes les choses aussitôt qu'il nous en peut arriver du mal, nous serions bientôt dépouillés, nonseulement de tout ce qui fait notre grandeur et notre commodité, mais encore de ce qui est le plus nécessaire à notre subsistance. Les aliments que la nature produit pour la nourriture de l'homme servent quelquefois à l'étouffer ; les remèdes les plus salutaires nuisent infiniment quand ils sont mal administrés; les lois les plus prudentes font naître souvent de nouveaux abus^*, et la religion, qui devrait être l'objet de nos plus profonds respects, est elle-même sujette a souffrir les plus terribles profanations du monde '• Et cependant il n'est personne qui osât conclure pour cela qu'il fût avantageux d'être privé de l'usage des viandes, et des remèdes, et des lois, et de la religion.
Nous retrouvons Féternelle comparaison entre le prince sage et fort et celui qui manque de tête ou de cœur :
Dieu nous a donné la raison et la prudence pour nous