‹ Mémoires de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin. D'après les textes originaux avec une étude sur leur composition, des notes et des éclaircissementsChapitre 7 sur 280 · A ; « chacun on particulier, t · texte numérisé non relu

A ; « chacun on particulier, t

DBVOthS DBS PRINCES ENVBltS LE SOfJVBftAlK LEUR PARENT. 1 1

s'élever à leurs dépens. Gir outre le tort qu'ils se font en affaiblissant l'éclat d'un diadème dont ils tirent toute leur grandeur \ et en désolant un héritage dont eux ou leurs descendants peuvent un jour être légitimes possesseurs, la seule vue de ce qu'ils sont obligés de souffrir dans le temps même de leur emportement, fait voir qu'en ce point le crime et la punition sont de bien près attachés Vun à Tautre, et donne lieu de s'étonner comment ils*en est trouvé un si grand nombre qui se soient voulu précipiter en de si grandes incommodités ^

Quand un prince se met à la tête des factieux , pour un seul maître dont il fuit la présence, il se fait une infinité de compagnons qui ne vivent pas même fort bien avec lui. Comme on ne voit en sa personne qu'un pouvoir emprunté, il ne trouve dans les autres que peu de déférence '.

1. Cette idée : « en affaiblissanl l'éclat d'un trône dont ils tirent toute levr grandenr, » est une addition à la marge du texte A, f" 118 r*.

7, A, il n'y aTait d'abord que celte phrase t « La seule Toe de ce qu'ils •ont obligés de souffrir en leurs personnes Tait qu'on a peine à conr»- ▼olr qo'il s'en soit troa?é un si grand nombre... m Le reste a été ajouté ao baa de la page.

3. A, r* 1 13 v«, ceci est ajouté au bas de la page : « On a pour lui peu de respect, parce qu'il a peu d'autorité : mais souvent même on a peu d'eslime* parce que la mauvaise démarche qu'on lui voit faire semble être une marque de son peu de vertu ; et ceux qu'il croit les plus in* Urnes sont souvent ceux qui le méprisent davantage, parce qu'ils savent mieux qne personne avec quelle facilité il était engagé dans la ponrsuite de leurs secrets intérêts. » Cette phrase languissante passe d'abord au texte B, f^ 58 v^ Elle disparaît, dans une autre minute, pour faire place à celle-ci, que nous lisons plus loin (Y . p. i 1) : « Souvent même on peKI pour lai TeeUme aussitôt que le respect, parce que la niaiivaise démarehe oà l'on le voit engagé fait soupçonner en lui quelque faiblesse. » — On peut rapporter Ici une phrase qui a été commencée et est restée inachevée r 1 là r* du IcUe A ; • Cvui même qu'il croit ses plus confidente,

1^ moindre chose qui manque à ses gens lui est incontinent imputée, et si par hasard il se trouve en état de faire quelque grâce importante, pour un seul qu'à peine il satisfait, il s'attire le mécontentement de tous les autres. S'il peut avoir quelque heureux succès, chacun d'eux en veut être estimé Tauteur, et s'iriui arrive quelque disgrâce, il n'en est pas un qui ne pense a le quitter. L'on ne saurait exprimer les défiances dans lesquelles il se trouve, pour peu que de lui-même il soit éclairé \ car il n'est pas longtemps sans reconnaître que ses principaux adhérents ne l'ayant suivi que par intérêt, sont toujours en état de l'abandonner dès lors qu'ils y trouveront leur compte. Il apprend que chacun fait négocier par ses amis particuliers ^ le nombre des chefs et des soldats diminue à toute heure, et ceux qui demeurent auprès de lui, se tenant plus fiers de sa faiblesse et du besoin qu'il a d'eux, lui font acheter chèrement leurs services par les bravades qu'ils lui font essuyer * . On lui parle avec arrogance , on murmure avec liberté ^, et souvent même l'on perd pour lui l'estime aussitôt que le respect, parce que la mauvaise démarche oix l'on le voit engagé fait soupçonner en lui quelque faiblesse.

Mais aussi, à dire vrai, quelle considération pourraient conserver pour un chef de révolte ceux qui l'ont déjà perdue pour leur légitime seigneur, et si lui-même a

connaissant mieux la fante qu'il a eue à w. laisser séduire , et la faiblesse de son esprit... •

1. A, f* 114» il y avait d*abord : « par les hauteurs qu'ils prennent avec lui. »

2. ▲, après celle phrase, on lit : « Et quelquefois même on pasM; iuipunémenl aux menaces. »

LE13R RÉEBLLION NE LES REND PAS PLUS FORTS. tS

donné un exemple de désobéissance envers celui que les lois de rÉtat et les droits du sang lui avaient donné pour souverain, que doit-il attendre de ceux que le crime seul engage sous ses enseignes?

Mais si les gens de guerre se comportent de cette manière à son égard, les peuples des villes et les principaux bourgeois lui montrent encore bien plus d'insolence. Il n'est point de magistrat qu'il ne soit obligé de flatter, et qui ne prétende aussitôt devenir son premier ministre *, point de capitaine de quartier qui ne lui obéisse que suivant son sens ^ point d*habitant qui ne se donne la liberté de dire et de faire même devant lui tout ce qui lui vient en fantaisie ; et personne enfin qui ne désire malgré lui de faire la paix, dès lors qu'il faut souffrir la moindre imposition pour l'entretien de la guerre. En sorte que, manquant bientôt de toutes les choses nécessaires, après avoir épuisé les biens de sa maison et la fortune de ses plus fidèles serviteurs, il se trouve souvent bien heureux qu'on lui permette de rentrer dans son devoir à des conditions plus fâcheuses que celles qui l'en avaient fait sortir.

N* a. — V. t. I, page 119, note 4.

m^ kl prééMiMMe en MuvcralA, «ont 11 flolt étMjttléiut, •« 4«^ d«l( sontonlr yar sa werta. On Bevolra en Bol mwt la BiaMlere de Tlrre •▼«« mmm pgaclim, iivol^ve, etc.

Mous empruntons le second titre au Journal même du Roi (V. t. I,p. 6ô);cette réflexiony vient à propos d'une maladie de

Monsieur le 19 août. Le < quoique • est comme on reproche ou une menace lancée contre les princes du sang. La pensée qui \a être développée est le pendant et comme la contre-partie de celle qui remplit le précédent appendice. On vient de voir les obligations des princes envers le ciief de leur maison. Ici c'est l'obligation principale de ce chef redoutable. Il a pour devoir de garantir contre toute atteinte sa prééminence qui est déclarée nécessaire ; seulement, il sera beau à lui de rehausser cette supériorité due à la naissance par le mérite et par la vertu. Les témoignages d*amitié dont Louis XIV a comblé son frère quand ils perdirent leur mère, en janvier 1666, ont été l'occasion de la leçon générale et trop vague adressée aux princes : on s'empressait de les encourager à la reconnaissance et surtout à la docilité. Une demande inopportune de Monsieur est le prétexte de la sortie assez directe (on le verra) qui est faite contre lui , et de la confirmation de cette doctrine sur la prééminence inaccessible du souverain qui est devenue loi d'État depuis Richelieu. La forme donnée à ces réflexions est encore trop générale , mais l'application audacieuse qui en est faite sous mots couverts , en mots terrièles, à un prince d'un rang si élevé , les fait sortir un peu de la classe des banalités politiques ou morales qui ont servi de remplissage aux deux premières compositions des Mémoires, et dont s'est débarrassé, pour marcher plus lestement, le dernier rédacteur. Les variantes ou additions tirées du premier texte ont plus d'intérêt que la belle copie du texte B , seule reproduite par l'éditeur de 1806 (t. II, p.

Il n'y a pomt de doute que nous n'jwons rka demi iiOMS devions être plus jaloux que cette prééminence qui fait la principale beauté de la place que nous tenons ^

1. Cetta phrase du teite A, 1. 111, ^ 184-187 (7* cahier), est barrée au teite B (l. Il, fo CO).

QUE LE ROf SAC99 CONSERVER SA f^RÈéHWKNCE* 15

Toutes les choses qui la marquent ou qui ia conseryent nous doivent être infiniment précieuses ; il n'y va pas seulement de noUre propre intérêt, c'est un bien dont nous sommes comptables au public et à nos successeurs. Nous n'en pouvons pas disposer comme bon nous semble, et nous ne devons pas douter qu'il ne soit du nombre de ces droits de la couronne qui ne peuvent être valablement aliénés.

Ceux-là s'abusent lourdement qui s'imaginent que les prétentions de cette qualité ne soient que des affaires de cérémonie ; il n'est rien en cette matière qui ne soit à considérer et qui ne tire à conséquence. Les peuples sur qui nous régnons, ne pouvant pas pénétrer le fond des affaires, règlent d'ordinaire leurs jugements sur ce qu^ils voient au dehors, et c'est le plus souvent sur les séances et sur les rangs quils mesurent leurs respects et leur obéissance. Gomme il est important au public ' de n'être gouverné que par un seul, il lui est important aussi que celui qui fait cette fonction soit élevé de telle sorte au-dessus des autres, qu'il n'y ait personne qu'il puisse ni confondre ni cooaparer avec lui, et l'on ne peut, sans faire tort à tout le corps de l'État, ôter à son chef les moindres marques de supériorité qui le distinguent des autres membres.

Mais souvenez - vous pourtant, mon fils, que de toutes les prééminences , celles que vous devez le plus rechercher et celles qui vous feront distinguer le plus avantageusement, ce seront celles qui viendront de vos qualités propres et personnelles.

I. Trois eM»l9 pour un mot : A, F* l6ST<»:«aiiTQyaumo: » B, f'in r*: « à rÊUl : » aa ie%ifi 9» OP « raU aofln : « au publie. »

L'élévation du rang n'est jamais plus solide ni plus assurée, que quand elle est soutenue par la singularité du mérite, et c'est sans doute ce qui a fait croire à quel* ques-uns qu'il pouvait être avantageux i celui qui règne de voir ceux qui le touchent de plus près par leur naissance beaucoup éloignés de lui par leur conduite. Ce grand intervalle, que sa vertu met entre eux et lui, Texpose en plus beau jour et avec plus d'éclat aux yeux de toute la terre. Ce qu'il a dans l'esprit d'élévation et de solidité tire un lustre tout nouveau de la médiocrité de ceux qui l'approchent. Ce qu'on voit de grandeur et de fermeté dans son &me est relevé par l'opposition de la mollesse ' que Ton trouve en eux 5 et ce qu'il fait paraître d'amour pour le travail et pour la véritable gloire est infiniment plus brillant, lorsqu'on ne découvre ailleurs qu'une pesante oisiveté ou des attachements de bagatelles \

Dans cette différence, tous les yeux sont attachés sur lui seul ^ c'est à lui seul que s'adressent tous les vœux, lui seul reçoit tous les respects, lui seul est l'objot de toutes les espérances; on ne poursuit, on n'attend,

1. Cette forme était dans le premier texte A, f* 180 t*, où on l'a ré* dulie à ceci : « par la moUeue. » Le texte B, f* 68 v*, a repris la première phrase.

2. A, (* 186 V*, en face de cette phrase, on lit en marge une obser- ^-ation qui prouve bien que tout ceci est écrit contre le frère du Roi. 1^ rédacteur, quel qu'il soit , ayant manifestement la pensée de lui faire application d'un vilain portrait , sent toute sa hardiesse : « Ces mots semblent un peu terribles, mais si on y persiste... » La réOexion reste ainsi suspendue: il n'est pas difficile de la compléter. — La phrase: « d'une pesante oisiveté ou d'attachements de bagatelles, » commençait d'abord le f* 188, où oo Ta raturée avec grand effort. On a essayé en m irgtï une autre forme : « qn'une oisive insensibilité. •

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