LVI PIERRE LOUVET
naise. Louvet ne peut présenter que des probabilités, ses recherches sont infructueuses. La deuxième lettre est assez curieuse pour être reproduite presque en entier :
Lyon, ce lundi 7 novembre 1672.
Ihs Maria.
Mon Révérend Père,
Je ne doute nullement que mon silence ne vous ait surpris et quand vous saurez ce qui m'a empêché de faire réponse à deux de vos lettres, Tune du 16 et l'autre du 23 septembre, je crois que vous m'excuserez facilement.
Votre Révérence saura donc, s'il lui plaît, que j'ai fait un voyage en Bourgogne, où, me trouvant à cinq lieues de Cluny, je voulus aller voir cette belle abbaye plus pour vous obliger et vous servir que pour ma curiosité.
Étant entré dans l'abbaye et demandé à parler au R. P. Prieur, il se trouva absent, en visite mais, à sa place, je rencontrai un très honnéie homme de sous-prieur, nommé Dom Henri de Beuvron, auquel ayant exposé ma venue à deux fins, l'une que j'étais en cherche de quelques pièces qui serviraient à mon histoire de Beaujolais et de Dombes qui les concernaient beaucoup, l'autre que j'avais commerce de lettres avec votre Révérence pour la quôte des pièces curieuses qu'elle faisait imprimer, il m'offrit la maison de fort bon ne'grâce que j'acceptai. Le lendemain il eut grande conférence avec moi touchant votre Révérence et le P. Mabillon que je ne connais point. Il faisait dificultés de me rien faire voir, d'autant, disait~il, que de toutes les pièces que vous faisiez imprimer qui venaient de chez eux, vous cachiez le lieu et le nom de l'abbaye de Cluny.
Comme je m'étais prccautionnc et que j'avais porté avec moi votre HJcncbus des onze tomes, j'avais par avance marqué d'une croix ■}- à la marge toutes les pièces de Cluny, afin que si j'en rencontrais quelques-unes, je ne vinsse à copier une chose imprimée, ce qui me servit bien pour justifier ma conduite et lui faire voir le contraire de ce qu'il médisait. Siirquoi ayant connu mon ingénuité, il me ht part du répertoire de ce qu'ils ont, d'autant que leurs archives sont séparées d'avec celles de l'abbé. Je ne vis là-dedans que des asservissements, des échanges, des inféodations et autres choses qui ne servent aucunement à imprimer. Je fus deux fois à la bibliothèque où il y a quantité de manuscrits, mais je n'ai pas eu le loisir de voir ce que c'est, d'autant qu'après huit jours de séjour en ce lieu-là, il arriva d'autres affaires qui ont changé de face à l'abbaye, savoir l'élection du même Dom Henri pour abbé. Vous en pouvez savoir quelque chose. Utinam permaneat^ car c'est un homme qui a beaucoup d'amitié pour moi et m'a promis de me rappeler pour faire l'inventaire des archives de l'abbaye ; ce qui ne vous sera