SA VIE ET SES TRAVAUX LIX
ornés de portraits des comtes de Provence*. Selon sa coutume, Louvet, dans sa préface, expose avec beaucoup de simplicité et de bonhomie le but de son ouvrage :
Mon cher Lecteur, ne vous rebutez pas du Titre de ce Livre qui a donné matière à tant de célèbres Auteurs qui ont écrit l'Histoire de ce Païs qu'il semble qu'il n'y ait plus rien à dire après eux ; c'est ce que j'avoue ingénuement ; mais comme j'ay vu pratiquer cette manière d'abréger par ceux mêmes qui ont laissé des marques éternelles de leur scavoir à la postérité, témoins Monsieur de Sponde, Eveque de Pamïes, & le Père Salian Jésuite & autres ; j'ay crû faire service au public de donner quelque teinture de l'Histoire à ceux qui ne pouvant avoir les ouvrages des Sieurs Nostradamus, de Ruffi, Bouche et Pithon, qui sont plutôt Pièces de cabinet que Livres à la main, qui pour être d'une trop longue lecture, ennuyante & mal commode à la mémoire, embarrassent l'esprit plus qu'ils ne l'instruisent. L'Histoire Chronologique du P. S. Romuald Feuillan a été mise en abrégé. Celle du Sieur Meseray de même. Monsieur Chorier en a fait autant de son Histoire de Dauphiné, j'en ay fait autant de celles de Savoye & de notre France, sous le nom de la France en son splandeur, et des Provinces de Guienne et de Languedoc ; maintenant je fais celle de Provence qui est ma seconde patrie, & où j'ay fait la pluspart de mes études ; & il est bien juste qu'après avoir tiré de si belles lumières de ces Savans Professeurs en Médecine, dont la mémoire sera immortelle, je consacre une partie de mes peines au soulagement de ceux qui en ont tant pris pour moy. J'ay donc fait cet Abrégé pour le profit de ceux qui voudront donner quelques heures à l'étude de l'Histoire du Païs : ce Livre portatif à la campagne et à la ville n'embarrassera pas la mémoire du Lecteur, & il en scaura assez sans s'aller rompre la tète après la lecture de divers Actes qui ne sont bons que pour des chercheurs de vieilles difficultez, ou plutôt pour l'ornement d'une bibliothèque, sans parler de l'embarras et de la confusion que l'on rencontre parmy tant d'Auteurs qui ont toutes les peines à s'accorder &
ï- Séance de rassemblée générale des Communautés de Provenu du 2) novembre iSjj. ^' 47. f" 36 vo. — Le sieur assesseur a dit que le sieur Tétrode marchand libraire, de la \'i\l{i d'Aix, a fait imprimer l'abrégé de Thistoire de Provence composé par le sieur Louvet, en deux volumes, qui sera de grande utilité et comoditéà plusieurs particuliers qui voudront s'instruire de tout ce qui dépand de ceste Province, lequel livre il a dédié à ceste assemblée et il espère qu'elle lui accordera quelque rcconoissance pour Tin- Jamniser d'une partie des fraits de l'impression, ayant dessein d'en donner un exemplaire à tous les adcistans ;
Surquoi l'assemblée a, par la pluralité des opinions, délibéré qu'il sera payé audit sieur Tétrode la somme de trois cent livres dont il lui sera expédié mandement par messieurs les procureurs du païs. (Arch. des Bouches-du-Rhône ; Comm. de M. Blancard.)