‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 17 sur 46 · DE M. DE GOULANGES A LA MARQUISE D UXELLES · texte numérisé non relu

DE M. DE GOULANGES A LA MARQUISE D UXELLES

LETTRE i*\ M. de Coulanges a Madame la Marquiss

d'UXELLES.

A Paray-lc-Monial , ce 26 septembre i;o5.

Il ne sera pas dit, madame, que je ne voieaie pas remerciée par une quatrième lettre des trois bonnes que vous m'avez lait l'honneur de m'écrire, et que je quitte ce pays sans prendre conçé de vous. Le temps de mon départ seroil déjà venu, s'il avoit plu à la rivière de Loire de me fournir assez d'eau pour in y embarquer ; mais jusqu'ici elle s'est moquée de moi: pomme moquer d'elle à mon tour, notre cardinal 1

(1) Le cardinal de Bouillon, disgracié', ctoit alors dans son château de Paray-le-Monial. On a imprime à la suite des lettres de madame de Sévigoé à M. et à madame de

3qO LETTRES

ma mené au port de Digoin (i), où je comptois membarquer, et me ]a fît traverser d'un bord à l'autre dans son carrosse ; mais ce qui me surprit encore davantage fut de voir les bêtes à quatre pieds, toutes les plus basses, la passer sans nager, et les hommes et les femmes avec de l'eau seulement jusqu'à la cheville du pied. Ainsi présentement j'en suis à prendre d'autres mesures; en attendant que je les aie trouvées , je ne suis pas bien à plaindre , au moins en aussi bonne maison que celle où je suis, et en la bonne compagnie de notre grand cardinal, qui ne cesse point de me caresser et de me marquer combien il est aise de

Guitaud, deux lettres écrites par M. de Coulanges à la marquise d'Uxelles. (Voyez les lettres inédites , Paris, Bossange, 1819, in-12 , pag. 262 et 265. ) Celle que nous publions leur fait suite. On voit, par une lettre de madame de Coulanges, du 12 septembre 1701 , n° I2i)4 de notre édition, que Coulanges alla en 1701 voir ce cardinal; mais ces lettres ne peuvent avoir été écrites en 1701, puisque la première de celles que M. Bossange a fait connoitre est du samedi Ier août. Le Ier août étoit un lundi en 1701 , et un samedi en 1706. Il y a dans le volume indiqué une erreur sur la date de la seconde lettre; elle a été écrite de Paray et non de Paris. (Voyez le manuscrit copie de lettres de la marquise d'Uxelles , a la bibliothèque de McmsiEUB , dite de l'Arsenal.)

(1) Digoin , sur la Loire , à une lieue et demie de Parayle-Monial.

DE M. r>i; COTJLANi l -. 3p)l

me tenir dans son désert, rjui est . à vous dire \ rai , le plus agréable dii blonde, Je o'ai jamais \ h un si joli paya , ni ;m\ êm irons des promenades plus à la main. Il accommode fou château; et c'est un grand secours à qui ne veut point se livrer aux visites de ses voisins de prb\ iriee, que d'avoir des ouvriei d'un

atelier chez soi , pour Paire quelque diversion aux occupations ordinaires. Noire cardinal soutient avec vérité bien noblement sa rétraite . et sa bonne santé rend un bon témoignage de sa résignation ;i la providence et de la fermeté de son esprit. Voici cependant, a qui le voudrbit(i) une habitation qui ne seroil pas toutà-fait dans Ja Thébaïdej car nous sommes s cinq lieues toUl au plus loin de bien des gens qui ont des noms.

Lr noble château de Para}

Dé Doble^Sfi eil tOUl < nlmur ;

(i) Le cardinal <le Bouillon ne \ < ■ v« u ? pe\ «ne, <t il eerivoit peu à ses .unis. Voici CC qtfil mandoil le •() juillet i;oi à la marquise d'Uxelles : * Quelque résolution, « madame, que j'aie pri>c de n'avoir, dàtfs l'étal du je sois . «tant <|u'il durera, aucun Commerce dé lettres areè lés « personnes même quej'èSthne et <| ne j'aime le plus... je (. ne puis riéanhïoins être jïfu's long-temps s ihs succomber

« à la tentation «I ■ | OUS i < h Otfl ■ I. I . tOttl \ ieu\ dojen

h je Stfia «lu sacré collège^ Une passion qt roua «naître dans mon cobur... il \ à pires d<

■ etc. »

3o2 LETTRES

De noblesse plus ou moins riche, Des Chamron, d'Amanzé, Foudras, Des Ragny, Montperaux, La Guiche (i), De toutes sortes de Damas.

Car il s'en faut de beaucoup , madame, que madame la duchesse de Nevers soit persuadée qu'ils soient tous de Gênes comme le sien (2) ; cependant j'apprends, par la chronique du pays, qu'ils entrent dans tous les chapitres où l'on n'entre point sans preuves de noblesse. Cela soit à leur honneur; mais tous ces beaux noms-là ne font pas toujours la bonne compagnie, il en faut demeurer d'accord. Je me suis tellement pressé de mander de tous côtés qu'on ne m'écrivît plus , que je ne sais plus qui vit ou qui ne vit pas. J'ai pourtant écrit, pour n'arriver pas à Paris dans une si excessive

(1) Cette maison, originaire du Mâconnois , subsiste encore en la personne de M. le marquis de La Guiche, pair de France. Nous aimons à rappeler les obliga lions que nous lui avons, et qui sont communes à tous les amis de uiadaine de Sévigné.

(2) Allusion aux protentions singulières de madame de Damas-Thianges , mère de la duchesse de Nevers. On sait qu'elle ne considéroit que les La Rochefoucauld à cause de leurs alliances avec les Rochechouart , et qu'elle dispuîoit d'ancienneté avec le roi. ( Voyez la note de la lettre 884 de madame de Sévigné.) Les Thianges descendent des Dalmas qui étoicnt du Forez; j'ignore quelle est l'origine génoise qu'indique ici M. de Coulanges.

DE II. DF. < i. i l > \ <• I S.

Ignorance, qu'on m'adressai à Briare, au maître de la poste, les lettres qu'on voudra bien y hasarder, avec ordre à lui de me les garder pour me Les rendre à mon passage. Je crois présentement madame <!«' Coulangea dans sa pi <>\ ince d ( hcmesson , on je lui souhaite tranquillité et repos avec son sage voisin le maréchal de Gatinat(i), et je fais pour vous mêmes souhaits dans la bonne ville de Paris. Conservez -vous bien, je vous supplie, madame, et faites-moi L'honneur de m ci oire toujours , avec beaucoup de respect et un très sincère attachement, mille lois plus (pie je ne vous le puis dire , \ otre très liuim t très obéissant ser\ item ,

Notre grand cardinal m'ordonne toujours de vous dire, madame , mille bonnes choses d< sa part. A vue de pays , je pr& ois bien que je ne partirai point encore d'ici cett me:

Dieu veuille que ce soit pour le commencement de la suivante!

(0 Le maréchal <le Catiuai vivoit retire d ras Bon château de Saint -Gi.iiiin , <l ras I i vall près d'Ormesson, où étoil alors madame 'dé Coulantes. rue vue <lc ce chai • m . illustre p r le souvenir d p,r. uni homme . a < té p! m Cuti-

nat , publiés par Mongie aine en 1819.

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Du même a la même.

A Choisy, mercredi 2 octobre 1709.

C'est bien à faire à madame Galand, quoique votre bonne voisine , à vous écrire quand je suis à ses côtés. C'est un honneur qui m'appartient, madame, et que je disputerai toujours même aux plus haut huppés, tout bas huppé que je sois. Vous voulez des nouvelles de mademoiselle de Barbésieux (1). Est-ce que vous la voulez marier avec M. le maréchal d'Uxelles (2) ? hé bien , il vous en faut dire , madame: la fièvre qui l'avoit prise avant-hier à^ trois heures après minuit , la quitta hier d'assez bonne heure ; elle lui a permis de passer une nuit tranquille ; en sorte que le quinquina

(1) Anne- Catherine -Ëléonore Le Tellier-Barbésieux , mariée le 3 juillet 1 7 1 3 à Charles-Sigismond de Montmorenci-Luxembourg , duc d'Olonne , comte de Luxe. Elle mourut à l'âge de vingt-trois ans, le 21 octobre 17 16, sans laisser de postérité.

(2) Le maréchal d'Uxelles mourut le 10 avril 1730, sans avoir été marié

DE M. I»r. COtJL ANGES.

lui a été ordonné ce matin. Vous voyez bien que DOU6 voilà hors rie tout malencontré et dans l 'esjM fwm< ■«• «le la voir incontinent dans lie chemin de la convalescence. Madame de Louvois (i) ni ordonne de vous faire beaucoup de compliments de sa part, ci de vous bien remercier de tout l'intérêt que vous prenez a ce qui se passe a Choisy. Grand nombre de ses domestique- sont encore sur le grabat , mais dans un canton si reculé que le château /■<>) rt/que nous habitons paroi) à ! abri de toute maligne influence, Pour moi, j'y suis venu samedi a\ee cette bonne cuirasse de jeun et de santé qui jusque^ ici m'a rendu invulnérable, Comme le pain esl fort <\w\- ■».'., je serai

(i) Anne tic Souvrc, marquise de Couri du marquis de Louvois, avoil cédé* Meudon m en i (»<).">. el elle avbit reçu en échange le ch&te a dé Choisy, qui devoil ses principaux embellissements à mademoiselle de Montpensier. Coulanges, l'intimité de madame de Louvois , Pappeloii en plaisantant

onde femme. Madame là marquise de Loir. voulu confier un poitrail de celte dame que le libraire^ éditeur a fait graver pour être joint à cette lettre.

(2) L'hiver «le 1- | eàt un <!<•> j>lu^ malheureux dont le souvenir ait été ( < >n ne mangea d ms P

dit Voltaire . que du • pain bis pendant quelques mois ;

«plusieurs familles, a Versailles même, se nourrirent de

«pain d'avoine. Madame de Maintenon ém'donn 1 L'exemple. » ( Siècle de Louis XI f- chap. XXI. )

ici tout le plus long-temps que je pourrai, car la dame de ce château n'y regarde pas de si près; et par son ordre je viens d'écrire à madame de Coulanges non seulement de venir vivre sous son empire, mais d'y amener encore l'anachorète Sévigné (1). Voici en vérité une bonne maison, madame, et votre voisine est pardonnable de la préférer à la sienne, quelque avantageux que lui soit votre voisinage, dont elle connoît tout le mérite : rien ne lui fait tant d'honneur dans cette cour que d'être informée par vous de tout ce qui se passe et de tout ce qui se dit dans le monde pour son intérêt et pour le nôtre. Continuez, madame, à nous faire part de toutes vos lumières, car souvent quelques bonnes habitudes que nous ayions à Versailles et à Marly , il nous échappe bien des petits riens qui ne laissent pas de faire plaisir. Traitez -nous donc à-peu -près

(1) Le marquis de Sévigné menoit alors la vie la plus retirée ; il avoit déjà manifesté ce goût du vivant de sa mère, qui mandoit au président de Moulceau, le 2.5 octobre 168O: « Il s'en est retourné chez lui avec un fonds « de philosophie chrétienne, chamarré d'un brin d'ana- « chorète. » Et madame de Coulanges écrivoit à madame de Grignan , le 7 juillet 1^03: «Je suis persuadée qu'il « va être le compagnon du P. Massillon j c'est son pre- « mier métier que celui d'être dévot. »

comme vous traitez M. de La Garde depuis tant d'années, et soyez persuadée que vous ne sèmerez point en terre ingrate, .le vous promets pour récompense d'augmenter votre potpourri de beaucoup d'herbes odoriférantes. Tous les jours il en naît quelques unes dans mon potager, mais le s3 août dernier il en parut une , contre I ordinaire <l une très mauvaise odeur, pour toute autre personne moins ambitieuse que je ne le suis. Cependant sans me troubler, Apollon mavant inspiré 1 air ah! petite brnnetle , je pris ma lyre et je chantai :

Septante et mx pi intemps

Veulent qu'on les regrette; l'ourlant, par eux je prétends Etre un jour dans la gazette.

Seroit-elle muette

Si |'allois à cent ans (t)?

Adieu, madame, soyez bien persuadée que je vous honore d'un culte très particulier et que je suis, plus que personne du monde, votre, etc.

Cor la m. i -

(t) On voit par ce passage que Coulantes avoit pu soixante-seize ans le 23 août i ;<.>(), ainsi il étoit né le 23 août i(333.

Que ne vous dit point votre bonne voisine? volontiers elle voudroit vous écrire dans cette lettre pour vous marquer sa reconnoissance, mais je veux que cette lettre soit de moi tout .seul.

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